Il suffit que Dieu pardonne

Pensées pour le temps du Carême


Un théologien du Moyen Âge, Anselme de Canterbury (1033-1109), écrivit un livre intitulé en latin Cur Deus Homo ?, ce qui signifie : Pourquoi Dieu est-il devenu homme ?

Cet auteur est une bête noire pour de très nombreux théologiens d’aujourd’hui, protestants et autres. Ils lui reprochent d’avoir voulu démontrer que Dieu devait devenir homme pour expier les péchés des hommes et les racheter. C’est la raison de son incarnation, de ses souffrances et de sa mort sur la croix.

Dali : Le Christ de St-Jean en croix

Anselme, certes, a eu le tort, comme beaucoup de théologiens du Moyen Âge, de vouloir « prouver » par des arguments tirés de la raison que la mort rédemptrice du Christ était indispensable à notre salut. Démonstration, en fin de compte, inutile, car cette vérité n’a pas besoin d’être « démontrée », puisqu’elle est tout simplement enseignée par la Bible : Dieu a chargé son Fils, devenu homme et notre frère, des péchés du monde entier et lui a demandé de les expier par son sacrifice sur la croix. C’est ce qu’on appelle dans le jargon des théologiens la satisfaction vicaire. Ce qui signifie tout simplement : Jésus a satisfait aux exigences de la justice divine, et il l’a fait à notre place.
Cette doctrine clairement enseignée dans la Bible soulève les protestations véhémentes de la plupart des théologiens actuels.
On admet volontiers que la mort du Christ est une puissante démonstration de l’amour que Dieu a pour les hommes, mais on refuse de voir en elle une démonstration de sa sainte colère, une manifestation de sa justice qui exigerait le châtiment du péché. Dieu, dit-on, n’a pas besoin d’un sacrifice rédempteur. Il n’a pas besoin, s’il veut pardonner, de voir couler le sang. Il est amour et miséricorde. Il lui suffit donc de vouloir le pardon du monde pour que le pardon soit là, offert à tous.

Anselme soutient dans son livre que si on raisonne ainsi, c’est qu’on n’a pas compris la gravité du péché: « Non considerasti quanti ponderis peccatum », « tu n’as pas encore saisi quel est le poids du péché. » Et de fait, c’est ce que n’ont pas compris ceux qui soutiennent qu’ « il suffit que Dieu pardonne. »

Dieu veut pardonner aux hommes, c’est tout à fait évident, car il les aime et veut leur salut, mais il ne peut pas simplement passer l’éponge sur le mal qu’ils font. Il y a dans l’histoire de l’humanité des atrocités et des crimes tels que ce serait tout simplement injuste, un authentique déni de justice si Dieu les pardonnait « comme ça » et acquittait tout bonnement les coupables.

Rubens : Descente de Christ de la croix

Et quand on réfléchit bien, cela vaut non seulement pour les crimes particulièrement monstrueux, mais aussi pour les péchés en tout genre, ceux que nous voyons commettre autour de nous tous les jours et ceux que nous commettons nous-mêmes.
Les péchés disons « normaux », ceux de tous les jours. Dieu peut-il sans plus « tout simplement » pardonner au mari adultère qui détruit le bonheur de sa famille ?
Ou à un escroc qui a détourné l’argent des autres, leur a ravi leurs économies, les précipitant parfois dans la misère ? Peut-il pardonner « sans plus » à un calomniateur qui ne cesse de nuire aux autres en répandant ses médisances et ses mensonges? Ou à un homme violent qui fait pleurer son entourage ?
Notre sens de la justice nous dit que le Seigneur ne peut pas se voiler la face, faire comme si de rien n’était. Il ne peut pas « laisser faire ». Ce serait trop injuste et il ne ferait qu’encourager le mal sur cette terre. Allons jusqu’au bout de notre raisonnement : comment des monstres comme Hitler, Staline, Pol Pot et tant d’autres tyrans immondes pourraient-ils réparer le mal qu’ils ont fait, expier le sang qu’ils ont fait couler, les larmes dont ils ont inondé tant d’yeux ? Même en les faisant mourir plusieurs fois de suite, ils ne pourraient expier tout le mal qu’ils ont fait.
Et ce qui est vrai pour ces êtres immondes l’est aussi, même si c’est à un degré moindre, pour tous les hommes. Personne ne peut expier, réparer toutes les fautes qu’il commet. Dieu est trop saint pour cela. Ce qui signifie tout simplement que l’homme, chaque homme est dans une situation sans issue.

Nous sommes tous rentrés dans le mur. Notre avenir est gâché. Et il le serait de façon irrémédiable, si le Christ n’était pas intervenu. C’est la toile de fond qui nous permet de comprendre le sens de ses souffrances et de sa mort. Celle-ci fut le sacrifice nécessaire, indispensable, qu’il a apporté à notre place.

Jésus a fait, lui, ce que nous ne pouvions pas faire et nous a acquis ainsi une nouvelle chance. Sa mort est « satisfaction vicaire ». Jésus-Christ est devant le trône de Dieu notre « vicaire » qui satisfait à notre place aux exigences de la justice de son Père.

Personne ne l’y a obligé, ni les hommes ni Dieu son Père. Il a fait de lui-même don de ce qu’il avait de plus précieux : sa vie sainte et innocente. Il a pris le chemin de la croix parce qu’il a voulu le prendre, et il a voulu le prendre parce que c’était la seule façon de nous délivrer de nos fautes et de nous réconcilier ainsi avec Dieu.

Ce qui fait dire à Jean-Baptiste qu’il est « l’agneau de Dieu qui ôte le péché du monde » (Jean 1.29). Ou à l’apôtre Jean : « Si nous disons que nous n’avons pas de péché, nous le faisons menteur et sa parole n’est pas en nous… Si quelqu’un a péché, nous avons un avocat auprès du Père. Il est lui-même une victime expiatoire pour nos péchés, non seulement pour les nôtres, mais aussi pour ceux qu monde entier » (1 Jean 1.10 – 2.2).

Oui, c’est bien à ce prix-là que nous avons été rachetés !

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