REGENERATION

Baptistère, Llanlaf, Pays de Galles

En tapant régénération sur Google, je trouve la régénération biologique, écologique et forestière (www.fr.wikipedia.org) et la définition suivante : reconstitution d’une partie détruite, changement en bien, renouvellement, renaissance. (www.mediadico.com).

Dans nos Bibles, nous trouvons ce mot sous la plume de l’apôtre Paul : « Dieu, notre Sauveur, nous a sauvés. Il ne l’a pas fait à cause des actes de justice que nous aurions faits, mais conformément à sa compassion, à travers le bain de la nouvelle naissance et le renouvellement du Saint-Esprit qu’il a déversé avec abondance sur nous par Jésus-Christ, notre Sauveur. » (Tt 3.4-6)

Vous ne trouvez pas le mot régénération ? Effectivement, les deux nouvelles versions de la Bible (NBS et Segond 21) l’ont remplacé par « nouvelle naissance ». Pourtant le mot « régénération » est toujours utilisé en biologie, écologie et sylviculture. Pourquoi serait-il moins compréhensible dans le langage religieux ?

Baptistère, Cathédrale Metz, 2ème s., ancienne baignoire des thermes romains

Les termes « régénération » et « nouvelle naissance » disent la même chose et traduisent le mot grec παλιγγενεσία (palingenesia) de Tite 3.5. De quoi s’agit-il ?

Nous savons que nous sommes nés spirituellement « morts » (Ep 2.1), sans rien de « bon » aux yeux de Dieu (Rm 7.18), car corrompus par le péché originel, héréditaire (Ps 51.7).

Cet état n’est pas anodin, puisqu’il nous plaçait sous la « colère » et la damnation de Dieu (Ep 2.3).

Mais il a eu « compassion » de nous et s’est lui-même occupé de nous tirer de notre impasse. Car c’était une impasse.

Baptistère, Pise, Italie, Extérieur

La régénération spirituelle est quelque chose d’infiniment plus colossal et impressionnant que la régénération biologique ou écologique. Là-bas, les énergies que Dieu a placées dans la nature permettent, avec le temps, aux végétaux maltraités de reprendre le dessus. Dans le domaine spirituel, c’est différent, car il ne s’agit pas de reconstituer une partie détruite, mais de ramener à la vie quelque chose de « mort ».

Baptistère, Pise, Intérieur

Or, un mort ne peut pas se ressusciter lui-même. Un mort spirituel ne peut pas nous plus se ressusciter spirituellement et se donner lui-même la foi. Cette « régénération » ou « nouvelle naissance » ne peut être opérée que par le Saint-Esprit.

Aussi Paul l’appelle-t-il aussi « le renouvellement du Saint-Esprit ».

Cela se fait, en règle générale, lors du baptême que Paul appelle « le bain de la régénération » ou « de la nouvelle naissance ». C’est là que le Saint-Esprit veut « renouveler » les pécheurs perdus, allumer en eux la foi en leur Sauveur Jésus-Christ et leur apporter le pardon et la réconciliation avec Dieu.

Sur le champ missionnaire, le Saint-Esprit amène des adultes à la foi dès avant leur baptême, comme l’eunuque d’Ethiopie. Mais alors ils s’empressent de demander, comme lui, « le bain de la régénération ». (Ac 8.26-40)

Baptistère, Eglise Ev. Luthérienne St-Pierre, Châtenay - Le Plessis
Des parents chrétiens tiendront à amener au baptême leurs nourrissons aussi tôt que possible, pour qu’ils y reçoivent « le pardon des péchés » (Ac 2.38), la vie et le salut (Mc 16.16 ; 1 P 3.21).

L’Eglise a souligné l’importance du baptême par la magnificence des baptistères et leur place bien en évidence pour nous rappeler que là nous avons été unis au Christ, mort et ressuscité pour nous (Rm 6.3-11).

Que penser d’un baptême qui ne porte pas de fruits ?

fr0.jpg

En 1517, Luther afficha ses 95 thèses sur les indulgences, qui marquèrent le point de départ de la Réforme.

Dans le cadre de ce qu’on appelle la « décade de Luther » (les dix ans précédant la célébration en 2017 du 500° anniversaire de la Réforme), nos regards sont tournés cette année-ci vers le Baptême.

Nous poursuivrons donc dans notre bulletin paroissial notre réflexion sur ce sacrement.

Les fruits que l’on voit à côté du titre et qui illustrent la Fête des Récoltes nous invitent à poser la question :
Que penser d’un Baptême qui ne porte pas de fruits ?

La pratique qui a cours dans la plupart des Eglises protestantes, dans l’Eglise catholique et les Eglises orthodoxes est remise en question non seulement par les Eglises dites évangéliques qui rejettent le Baptême des enfants, mais depuis un bon bout de temps déjà par de nombreux parents protestants et catholiques qui ne font plus baptiser leurs enfants en prétextant que c’est à eux de faire un jour ce choix.

Cette décision n’est sans doute pas prise à la légère et quelque part je comprends ces parents, car il y a tant de « baptêmes sans suite.
J’ai moi-même baptisé bien des enfants dont les parents, parrains et marraines avaient promis devant Dieu et l’Eglise rassemblée ce jour qu’ils aideraient leur enfant à s’éveiller à la foi et à grandir en elle, à apprendre dans le culte et dans la communion de leur Eglise ce que signifie être baptisé.

Mais ils ont de toute évidence oublié l’engagement qu’ils avaient pris.
Pour bien des gens le Baptême n’est plus qu’un rite, une belle cérémonie dont on n’a pas envie de se passer.

On a l’impression qu’ils n’ont jamais appris ce que représente le Baptême. Rien d’étonnant à ce qu’il demeure alors sans suite.
On pourrait capituler devant une telle situation et se dire : l’essentiel est que les enfants soient baptisés, peu importe que leur Baptême ait une suite ou non.
Ou bien, au contraire, décider tout simplement de ne plus baptiser d’enfants.

Mais aucune de ces deux solutions n’est acceptable.
Premièrement parce que le Baptême des nourrissons manifeste clairement que l’amour et la grâce de Dieu précèdent notre décision et nos actes. Ce n’est pas nous qui apportons quelque chose pour rendre le Baptême effectif, mais c’est Dieu qui agit pour nous !

Ensuite, nous ne serions plus dans l’obligation de dire et de rappeler aux familles, aux parents, parrains et marraines ainsi qu’aux jeunes qui ont reçu le Baptême dans leur petite enfance ce que ce sacrement leur a apporté et combien il est précieux.

J’ai compris depuis longtemps qu’un simple entretien préalable au Baptême ne suffit pas pour cela. Il serait peut-être préférable d’offrir aux parents et aux parrains et marraines un enseignement sur le Baptême et la foi dès que s’annonce une grossesse. Et si, suite à cet enseignement, ils décidaient de ne pas faire baptiser leur enfant, au moins la situation serait claire et plus honnête.

Mais ce serait encore mieux s’ils pouvaient toujours découvrir chez nous – je veux dire chez ceux parmi nous qui entendent vivre leur foi avec ferveur et joie – combien c’est beau d’être baptisé et de vivre de son Baptême.

fr1.jpg

Imaginons que notre Baptême porte des fruits aussi beaux et savoureux que les fruits et légumes dont la photo figure sur la première page de notre bulletin, rien que des fruits juteux, goûteux, beaux à voir et riches en vitamines.

Ces fruits du Baptême existent. Dieu les fait pousser et mûrir sous l’action du Saint-Esprit ! Par le pardon des péchés, la proclamation de sa Parole, la Sainte Cène il purifie, nourrit et enrichit le plant de la foi qui pousse sur le terreau du Baptême.
C’est ainsi que le sacrement porte des fruits qui font la joie de notre entourage.

Efforçons-nous de vivre de telle manière que les autres contractent ce merveilleux virus et n’aient qu’une envie : vivre comme nous des richesses du Baptême. Cela commence toujours par le culte dans lequel Dieu nous bénit et agit en nous. Invitation cordiale à tous !

Jürgen Wienecke
Lettre Paroissiale SELK Landau, Allemagne, oct.-nov. 2011
(Trad. Wilbert Kreiss)

Le mot du rédacteur

croix.jpg
«Le Fils de l’homme est venu non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour beaucoup. » (Mc 10.45)

Passage bien connu … et ô combien rassurant !

Cette croix qui surplombe au loin les Grandes Jorasses et le Pic du Midi illustre bien les bras étendus du Christ qui bénit le monde en lui apportant les fruits de son expiation.

Oui, il a payé pour nos péchés et a ainsi fait sauter les chaînes qui nous retenaient, il nous a ainsi libérés de la colère de Dieu et de la damnation.
Le Créateur de cette terre si belle et si grandiose, même de l’univers immense, au lieu de venir nous obliger à le servir comme des forçats coupables, est venu servir à notre place, payer aussi à notre place dans les souffrances de l’enfer.

Voilà pourquoi notre cœur est en fête à la pensée de Pâques, voilà pourquoi nous lui rendons un culte le dimanche, son jour, « le jour du Seigneur » (Ac 20.7), car Pâques révèle avec éclat que la rançon qu’il a payée pour nous a été acceptée comme suffisante par Dieu, que Jésus nous a vraiment libérés.
C’est pour cela que nous venons régulièrement lui rendre un culte dans nos églises ; c’est pour cela que nous les aménageons à sa gloire et les remplissons de symboles qui nourrissent notre méditation (p. 11-14) ; c’est pour cela que nous y entendons son Evangile et y recevons ses sacrements (p. 7-9) ; c’est là que nous venons chercher la force de vivre en enfants de Dieu (p. 8-9 et 15-19) ; et c’est encore pour cela que des hommes se font former au ministère pastoral (p. 4-6).

Le Fils de l’homme est venu pour nous rendre le plus grand et le plus capital des services qui soit. Servons-le à notre tour : aussi imparfait que soit notre service, il l’agrée et en couvre les imperfections de sa sainteté.

Et servons les autres en témoignant par notre comportement et nos paroles, aussi par notre engagement responsable dans son Eglise, de la foi et de la gratitude que nous lui portons !

Ce passage a été choisi comme mot d’ordre pour la nouvelle année 2012.
Durant cette année vous entendrez pas mal de bruit fait autour d’une prétendue fin du monde le 21 décembre 2012. Sans doute les campagnes électorales – présidentielle d’abord, législatives ensuite – étoufferont-elles quelque peu ces bruits. Ils ne se multiplieront que d’autant plus après juin.
Nous projetons d’y consacrer un numéro prochain.

En attendant, soyez rassurés pour traverser cette nouvelle année – et les autres que le Seigneur daignera nous accorder – en vous rappelant qu’il a fait le nécessaire – donné sa vie en rançon – pour que nous puissions nous savoir gardés dans la paix de Dieu qui surpasse toute intelligence !

Une bonne et heureuse année sous son regard !

UN NOËL PAS BLANC

image00.jpg
Il y a longtemps, vivaient dans une petite maisonnette aux abords d’une petite ville un père et une mère avec leurs deux enfants : Valentin et Marinette.

Chaque matin, le père remontait la rivière non loin de leur maison pour aller travailler au moulin. Il y portait de lourds sacs de farine ou de grains du matin au soir. Mais le meunier, grippe-sou, le récompensait d’un salaire de misère.

Derrière la maison, la mère cultivait un petit jardin. Elle y plantait quelques légumes et surtout des herbes : herbes fines, herbes odorantes, herbes guérisseuses dont elle connaissait le secret.

Parfois arrivait de la ville quelque souffrant lui demandant une de ses herbes ou même un onguent de sa fabrication. Tantôt il partait en remerciant, tantôt il laissait quelques pièces. La mère les rangeait dans un gousset. Avec le peu d’argent que le père rapportait du moulin, il arrivait que le gousset était bien rond et dru, mais parfois il s’aplatissait aussi dangereusement sur la table.

Cependant, tous les quatre vivaient dans le respect de Dieu et dans une entière confiance en lui. Ils acceptaient le moindre bienfait comme venant de sa main et l’en remerciaient. Par la prière ils restaient en contact quotidien avec lui, et l’on peut affirmer que, malgré cette vie fruste, la maisonnette abritait un bonheur discret.

Hélas ! cela ne dura pas. Le malheur vint frapper à leur porte, non pas du jour au lendemain, mais il s’infiltra dans leur vie pernicieusement, petit à petit, et ce fut l’épreuve …

image01.jpg

C’était vers la mi-décembre que le père commença à tousser. Malgré les soins experts de sa femme, ses onguents avec lesquels elle frictionnait son torse, il toussa de plus en plus, eut des difficultés à respirer, perdit l’appétit. Un jour, au moulin, il s’écroula sous un sac de grains. Le meunier le congédia à la minute, « oubliant » de lui remettre le restant de sa paye.

Dès lors, cela alla de mal en pis avec sa santé. Il dut s’alliter, eut de fortes fièvres, ne mangea plus. De temps à autre, sa femme considérait son gousset, un gousset, hélas ! devenu bien flasque.

Un jour, elle déclara avec soupir : « Il le faut. Il faut appeler le docteur et … le payer … » Celui-ci arriva le 23 décembre en début d’après-midi. Il examina longuement le malade, puis il s’installa à table et se mit à écrire.

« Il faut suivre au mot ce que j’écris là. Apportez de suite ce billet à l’apothicaire. Si vous voulez que votre homme guérisse, commencez ce traitement dès ce soir, » dit-il en s’en allant.

La mère considéra encore son maigre gousset, en retira la dernière grosse pièce. « Voilà la dernière grosse pièce que je possède, » dit-elle. « Je te la confie, Valentin. Toi, Marinette, prends l’ordonnance du docteur. Dépêchez-vous, ne traînez pas en route, la nuit va tomber bientôt. Valentin, mouche-toi ; voilà encore une chandelle sous ton nez ! »

Les enfants sortirent. Dehors, un paysage féerique les accueillit. La neige était tombée, recouvrant absolument tout de sa blancheur éblouissante : c’était comme si le ciel, une fois de plus, voulait prouver aux humains qu’une pureté immaculée unanime était toujours possible.

image02.jpg

Bonnet sur la tête, cache-nez autour du cou, les deux avançaient hardiment. N’y allait-il pas de la vie de leur père ? De temps à autre, Valentin tirait son mouchoir de sa poche pour faire disparaître la chandelle.

Arrivés à destination, ils montèrent les cinq marches de la maison de l’apothicaire et s’arrêtèrent devant la porte pour souffler.

« Marinette, as-tu le billet ? » – « Oui, Valentin. Et toi, as-tu l’argent ? » Valentin se mit à fouiller sa poche, à fouiller … à fouiller … Puis, les yeux hors de leurs orbites : « Marinette, je ne l’ai plus. » – « Vite, retournons la chercher. »

Ils revinrent sur leurs pas, scrutant leurs empreintes. Hélas ! il y en avait bien d’autres, parfois effacées ou entrecoupées par des ornières de roues … Ils prirent leur temps, regardèrent partout, ne trouvèrent rien …

Arrivés à nouveau devant leur maison, il faisait nuit noire. Le cœur brisé, ils entrèrent, confessèrent tout à leur mère. Oh, il virent bien le tressaillement d’une seconde passant sur son visage d’habitude si serein !

« Mère, allume la lanterne. Nous chercherons encore. » – « Non. Allez manger votre soupe, puis nous allons prier. »

Les enfants, la gorge serrée, ne purent avaler grand-chose. Enfin, ensemble, ils joignirent les mains pour parler à Dieu. La mère, en toute humilité, le pria d’avoir pitié d’eux. Valentin, en larmes, le supplia de ne pas laisser mourir son père à cause de sa négligence, et Marinette, sereine, lui redit sa confiance, lui seul étant à même de conduire toute chose à bonne fin. Puis, sans concertation préalable, ils conclurent avec les paroles que leur père prononçait d’habitude chaque soir : « … Que ton saint ange nous garde afin que Satan n’ait aucun pouvoir sur nous … »

image03.jpg

« Maintenant, » dit la mère, « quoi qu’il arrive, le saint ange de Dieu est dans la maison et auprès de chacun de nous. »

Sur ce, les enfants prirent congé de leur père pour la nuit, montèrent dans leur chambrette mansardée. Dans le triangle de son pignon, il y avait une fenêtre ; à droite, sous la cloison pentue, le lit de Valentin ; à gauche, celui de Marinette. Longtemps Marinette entendit son frère pousser de temps en temps un soupir. Finalement, rompus de fatigue et de chagrin, mais apaisés par leur prière commune, ils s’endormirent.

Tout à coup, en plein milieu de la nuit, Marinette fut réveillée en sursaut par un grand coup frappé quelque part. Elle s’assit sur son séant, le cœur battant, l’oreille tendue : Qu’est-ce ? Dehors, une grande agitation, une tourmente gémissante ponctuée de bruits insolites secouait la maison. ET voilà encore : Vlan ! Le volet !

Marinette sauta du lit, ouvrit la fenêtre, reçut de plein fouet une bouffée de vent extraordinairement tiède. Vite, elle raccrocha le volet. Mais que se passait-il donc ? Partout, par terre, l’eau ruisselait. Des plaques de neige glissant du toit tombaient sur le sol pour s’y changer aussitôt en eau.

Oh ! le dégel ! La neige s’en va. Peut-être … Marinette ne peut plus se rendormir. Elle se mit à somnoler, par crainte de manque le petit jour.

A la première lueur de l’aurore, elle sauta du lit : « Valentin, lève-toi, la neige s’en va. » Ils s’habillèrent en hâte. « Marinette, as-tu encore l’ordonnance du docteur ? » – « Bien sûr. Viens ! »

Ils quittèrent la maison en catimini. Dehors, c’était la gadoue ; ça et là un petit tas de neige troué, prêt à fondre. Dans la ville encore endormie, ils avancèrent sur leurs pas de la veille, le regard rivé au sol, inspectant minutieusement chaque parcelle. Mais rien, toujours rien …

image04.jpg

C’est ainsi qu’ils arrivèrent à l’officine de l’apothicaire. Plus qu’à sauter le caniveau où coulait l’eau quand, soudain, Marinette poussa un cri : « Valentin, oh ! regarde ! »

Dans la rigole, un peu en contrebas de la maison, gisait, ronde et brillante, leur pièce arrêtée par deux cailloux, l’eau sautant par-dessus en cascade. Vite, Valentin la ramassa. Ne restèrent plus que quelques marches à monter.

Arrivés devant la porte, ils constatèrent avec stupéfaction qu’elle était encore fermée. « Attendons, » dit Valentin. « Oh non, Valentin, Père a besoin de la potion. Il ne faut pas qu’il meure … Tire la clochette ! »

Et Valentin tira. Il leur sembla que ce tintement insolite se propageant dans l’air ouaté du petit jour allait réveiller la ville entière. Ils s’en mordirent les lèvres. Mais le vasistas aménagé dans la porte s’ouvrit. Ils aperçurent la tête ronde de l’apothicaire coiffée d’un bonnet de nuit. Le vasistas se referma et la porte s’ouvrit.

L’apothicaire se tint devant eux, sa longue chemise de nuit voilant son ventre rebondi, ses larges pieds

enfoncés dans des babouches. « Vous, les enfants ? » – « Bonjour, Monsieur l’apothicaire. Excusez, Monsieur l’apothicaire. Notre père est très malade. Il lui faut une potion, » et Marinette lui tendit la feuille du docteur. Il ne la prit pas.

« Dites donc, les enfants, ne vous ai-je pas déjà vu hier devant ma porte ? » – « Si, Monsieur l’apothicaire. » – « Et vous n’êtes pas entrés ? » – « Non … » – « Pourquoi ? » – « Nous … nous avions perdu l’argent, la dernière grosse pièce de notre mère. » – « Ah, vous aviez perdu l’argent … Et maintenant ? » – « Nous avons cherché, hier soir. Nous ne l’avons pas trouvé. Nous sommes rentrés et … et nous avons prié. Le vent est venu cette nuit et a fait fondre la neige. Nous nous sommes levés tôt pour … chercher encore. »

« Ah, » fit l’apothicaire à nouveau, « vous avez prié et le vent est venu et vous vous êtes levés tôt, en effet. » – « Oui, Monsieur l’apothicaire. » – « Et vous l’avez trouvé ? » – « Oui, Monsieur l’apothicaire. » – « Où ? » – « Là, dans le caniveau devant votre maison, arrêtée par deux cailloux, l’eau sautant par-dessus en cascade. »

image05.jpg

Valentin ouvrit la main. Dans sa paume la pièce brillait de tous ses feux. « Ah, ah, » fit l’apothicaire. Enfin il prit l’ordonnance et disparut au fond de l’officine.

Les enfants l’entendirent remuer des bocaux, concasser quelque chose dans un mortier. Puis il revint avec deux paquets, l’un entouré d’un ruban rouge : « Celui-ci est pour frictionner, celui-là pour avaler. Il faut bien suivre les indications du docteur. » Et il remit le billet à Marinette.

Alors Valentin posa sa pièce sur le comptoir. L’apothicaire la considéra un moment, puis : « Je n’en veux pas, gardez-la. » – « Mais … mais … »

L’apothicaire se pencha en avant, continua à voix basse d’un air mystérieux : « C’est Noël aujourd’hui. Ce soir, quand vous fêterez l’arrivée de l’enfant Jésus dans notre monde pour le sauveur, vous poserez la pièce sous le sapin. Et maintenant, ouste ! filez ! »

Il se dirigea vers la porte et l’ouvrit toute grande : « Joyeux Noël, et ne perdez plus rien ! » – « Merci, Monsieur l’apothicaire ! Joyeux Noël, Monsieur l’apothicaire ! »

Les enfants filèrent. A présent la ville semblait se réveiller autour d’eux. Ça et là un volet s’ouvrait.

Ils entendirent une femme héler sa voisine : « Eh, Jeannote, tu as entendu le vent cette nuit ? Toute la neige a disparu ? Il n’y aura encore pas de Noël blanc. » – « Oh oui, » répondit celle-ci, « j’ai entendu. Quel dommage ! J’aime tant les Noëls blancs. »

Spontanément, les enfants échangèrent un regard. La tête enfoncée entre les épaules ils rirent sous cape. Tout essoufflés ils arrivèrent chez eux.

« Mère, mère ! » Ils posèrent le tout sur la table et racontèrent. Alors le visage de la mère se lissa, un sourire radieux l’illumina : « Que le Seigneur est grand ! Il est plein de bontés pour ceux qui se confient en lui. Il accomplit des merveilles. Béni soit-il à jamais, et béni soit le bon apothicaire ! Les enfants, n’oubliez jamais ce qui vous est arrivé aujourd’hui. »

Elle ouvrit les paquets et se mit à soigner son homme.

image06.jpg

Inutile de vous dire qu’il guérit. Peu à peu il toussa moins, respira mieux. L’appétit revint. Il put se lever. Un matin, tout guilleret, il déclara : « Je vais reprendre du travail, je me sens d’attaque. » – « Pas au moulin, » commenta la mère doucement mais fermement ; « c’est trop dur. » – « J’irai en ville. Je trouverai. »

Il n’eut pas besoin d’aller en ville. Lorsqu’il fut sur le pas de la porte, la carriole du maître sabotier tirée par la mule Grisette s’arrêta devant la maison. La carriole était vide, mais le sabotier en descendit, soutenant sa femme pouvant à peine marcher sur ses grosses jambes enflées. « Je vous amène ma femme, » cria-t-il de loin. « Peut-être que la vôtre pourra la guérir. »

La mère était accourue. « Guérir ? » dit-elle, « Seul le Très-Haut peut guérir. Mais soulager, je peux

toujours essayer. Mais entrez, entrez donc ! »

Elle les fit asseoir à table, leur servit aussitôt une de ses décoctions, interrogea longuement la femme du sabotier, puis disparut pour préparer le nécessaire.

Le père leur tint compagnie. Tout en sirotant le breuvage odorant, on bavardait, et le maître sabotier ouvrit son cœur : « Je me fais vieux. Je dois consacrer de plus en plus de mon temps à ma femme. Nous n’avons pas d’enfant. J’ai bien un tout jeune apprenti, mais je serais bien content de trouver un homme mûr et sûr sur qui m’appuyer. »

C’est ainsi que le père devint sabotier. Il apprit vite à choisir le bon bois, à connaître les outils appropriés, à creuser le sabot et à lui donner son galbe. Quelques années plus tard, Valentin le rejoignit et devint sabotier à son tour.

La femme du maître mourut d’abord, puis le maître. Dans son testament, il léguait son atelier et son commerce à Valentin et à son père.

Chaque premier du mois, ils remplissaient la carriole de sabot, attelaient la mule Grisette, ornaient son cou d’un collier de grelots et alors : « Hue ! » « Dia ! » en route pour les villages voisins. Ah, comme ils appréciaient le calme de la vaste campagne, comme ils aspiraient son air pur à pleins poumons !

Dans les villages, à l’appel des grelots, les clients accouraient, les saluant comme de bons amis. Très bientôt, ils emmenèrent Marinette. Il n’y avait pas son pareil à vous jauger le pied d’un client et à retirer aussitôt du tas la bonne pointure.

Valentin avait pris une habitude. Lorsqu’à l’approche de Noël un client se présentait pronostiquant avec regret un Noël pas blanc, Valentin répondait : « Oh, vous savez, celui, là-haut, qui fait la pluie et le beau temps ne commet pas de faute. Il existe sans nul doute quelque part quelqu’un dans le monde ayant un grand besoin de Noël pas blanc … » – « Vous croyez ? »

Alors, lorsque le client se montrait disposé à bavarder, Valentin lui racontait cette triste journée du 23 décembre où sa sœur et lui avaient perdu dans la neige leur dernière grosse pièce d’argent destinée à payer l’apothicaire pour une potion pouvant guérir leur père si malade.

Il racontait leur désespoir, leur prière, le foehn arrivé la nuit, la retrouvaille de leur pièce gisant dans le caniveau, arrêté par deux cailloux, au petit matin du 24 décembre.

Valentin avait encore pris un autre pli. Le premier client à se présenter au matin du 24 décembre avait sa paire de sabots gratuite. Lorsqu’il s’en étonnait, Valentin prenait un air mystérieux, se penchait en avant, tout comme jadis le bon apothicaire, et expliquait à voix contenue :

« Vous savez, c’est Noël aujourd’hui. Ce soir, quand vous fêterez l’arrivée de l’enfant Jésus dans notre monde pour le sauver, vous poserez ces sabots sous le sapin.

Pour rien au monde, et jusqu’à la fin de ses jours, il n’aurait dérogé à ce geste, Noël blanc ou Noël pas blanc.

Le mot du Rédacteur

« Pendant un court moment, je t’avais abandonnée,
mais c’est avec une grande compassion que je t’accueillerai
» (Es 54.7)

al7503_CompassionDivine_Repos.jpg
Par Esaïe, Dieu s’adresse au peuple d’Israël qui s’est détourné de lui. Il annonce le châtiment paternel (ce sera la destruction de Jérusalem et la déportation du peuple à Babylone).

Quand l’amour des parents les pousse à sévir envers leurs enfants, c’est toujours parce qu’ils ont leur bien, leur bonheur en vue.

Avec cette punition, Dieu voulait préparer leur cœur à entendre ses paroles de promesses et de réconfort : l’annonce du Messie sauveur.

Nous aussi, nous avons parfois l’impression que Dieu nous a « abandonnés ». Quand Dieu nus sépare d’un être cher, quand il retire un ouvrier précieux du travail de sa vigne (p. 18-19).

Cet « abandon » n’est qu’une impression, qu’une illusion, même si ce que nous vivons à ce moment peut être pénible, voire à la limite du supportable. Même cet apparent abandon n’est alors qu’un témoignage de sa « grande compassion ».

Au cours du Temps de l’Avent (les quatre semaines avant Noël), puis lors des jours de Noël, nous fêtons avec éclat la commémoration de la naissance de notre Sauveur à Bethléhem. (p. 8)

Si nous pouvons vivre dans la certitude d’être « accueillis » par Dieu, c’est grâce à ce que Jésus est venu accomplir et subir sur terre à partir de sa conception dans la vierge Marie.

C’est lui qui nous donne l’assurance d’être « accueillis » par Dieu à bras ouverts, non pas seulement en amis, mais en « enfants, héritiers de Dieu et cohéritiers de Christ » (Rm 8.17)

Quand nous fêtons Noël, la nativité de notre Sauveur, c’est notre salut que nous fêtons en même temps, notre « accueil » dans la famille de Dieu, « accueil » que nous devons exclusivement à la « grande compassion » de Dieu.

Cette « grande compassion » est chaque fois à l’œuvre dans nos vies quand il nous conduit d’une situation désespérée à la joie et à l’épanouissement (p. 4-7, 12 et 14-17).

Ne désespérons jamais de la compassion et de la fidélité de Dieu. Noël nous en est le garant, Vendredi-Saint et Pâques aussi.

Prenons à cœur les réflexions en pages 9-13, mais aussi 4-7, et prolongeons-les en en retirant de l’inspiration pour nos propres vies. Montrons que nous construisons nos vies « en nous appuyant sur sa grande compassion » (Dn 9.18).

Joyeux Noël en notre « Prince de la paix » et une nouvelle année bénie à la lumière de notre « Merveilleux Conseiller » ! (Es 9.5)

Amour…toujours?

C’est la question que pose une enquête publiée le 28 sept. 2011. Évidemment, ce n’est pas la seule question. L’enquête porte comme titre cette autre question, beaucoup plus globale : « A quoi ressemble le couple aujourd’hui ? ».
L’enquête comporte les rubriques suivantes :

  • 1.  Quel a été votre lieu ou environnement de rencontre ?
  • 2.  Qui a fait le premier pas ?
  • 3.  La différence d’âge dans les couples.
  • 4.  Les différences sociologiques.
  • 5.  Amour … toujours ?
  • 6.  L’infidélité : une cause de rupture ?
  • 7.  Quel est votre mode d’union ?
  • 8.  Le nombre d’enfants par couple.
  • 9.  Êtes-vous heureux en couple ?

Nous ne savons pas quelle est la valeur réelle de cette enquête. Nous ne nous focaliserons donc pas sur les taux, même si on ne peut pas nier qu’ils révèlent des tendances.
Nous nous intéresserons essentiellement au point 5 : « Amour … toujours ? » avec comme sous-titre :

« Peut-on être fidèle à une même personne toute sa vie ? »

al7509_2Fidelea1memePersonne.jpg
Nous n’allons pas répondre par oui ou par non. D’ailleurs, la question, telle qu’elle est formulée – « Peut-on ? » – ne permet qu’une seule réponse : « Oui, on peut, puisqu’il y en a qui y arrivent. » Mais il faut alors ajouter : « Oui, mais tout le monde n’y arrive pas. » Les deux tiers (66%) répondent par oui : les mariés sont un peu plus optimistes (68%), les pacsés un peu moins (61%). Mais quand on découvre ce qui se passe dans les différentes tranches d’âge, il n’y a pas de quoi être rassuré.
Si les mariés ou pacsés de moins de 25 ans sont encore confiants à 88%, plus les couples avancent en âge et plus ils sont sceptiques, voire pessimistes. Les couples de plus de 60 ans ne sont plus que 59% à croire à la fidélité.
Remarquons d’abord que la loi française demande toujours aux partenaires d’être fidèles dans le mariage. Il est vrai qu’on se demande ce que peut bien valoir cette exigence du mariage civil puisque la loi permet de toute façon qu’on rompe cet engagement à la demande.
Mais là n’est pas notre débat. Posons-nous plutôt la question de ce qu’attend Dieu de ses enfants, mais aussi de ce que Dieu apporte comme aide à ses enfants.
Que 12% des jeunes couples ne croient pas à la fidélité, cela peut aussi venir du fait que certains d’entre eux ne désirent pas non plus être fidèles. Par contre, que 88% y croient, c’est rassurant.

La tentation

al7509_1Mariage_www-mathovore-fr.jpg
Mais voilà, il y a la tentation. Même parmi les 74% de personnes interrogées qui déclarent ne jamais avoir été infidèles, 16% d’entre eux avouent être souvent tentés de l’être. Évidemment, les autres (26 %) ont cédé à la tentation, et certains d’entre eux (10%) plus d’une fois.
La tentation … La tentation fait partie de notre vie. Dans tous les domaines : pour l’alimentation (a ! ces pâtisseries !), sur la route, face à la déclaration d’impôts …
Elle peut vouloir nous inciter à être infidèles au travail comme à l’Eglise. Les tentations sont partout, et dans notre monde actuel, elles sont particulièrement présentes pour tenter d’éroder et de briser la fidélité dans le couple.
Les couples qui tiennent, ce ne sont pas ceux qui n’ont pas connu de tentation, ce sont ceux qui ont résisté à la tentation, ou qui ont su se consolider après que l’un ou l’autre ait cédé à la tentation.
Ceci dit, les tentations qui menacent un couple ne sont pas nécessairement d’ordre sexuel. Un couple peut aussi péricliter parce que l’un des deux n’a pas su résister à l’attirance de la carrière ou d’un loisir, voire des jeux d’argent, de la boisson ou de la drogue (addiction), ou par l’attirance de mauvais amis.
Les tentations sont diverses et nombreuses. Le Seigneur le savait. Un septième des demandes de son Notre Père y est consacré ! « Ne nous soumets pas à la tentation ! » (Mt 6.13)
Il le savait d’autant mieux « qu’il a été tenté en tout point comme nous, mais sans commettre de péché » (Hé 4.15), preuve, s’il le fallait, qu’on ne commet pas encore de péché en étant tenté.

Dans l’histoire de la tentation par le diable, nous voyons comment Jésus a fait face et surmonté la tentation : en s’appuyant sur la Parole de Dieu. A chaque tentation il répond par : « Il est écrit : … » (Mt 4.4+7+10)
Cherchons aussi auprès de Dieu et de ses promesses de grâce la force de nous opposer et de surmonter les tentations.
Nous n’y parviendrons jamais aussi bien que Jésus. Peut-être qu’il nous faudra d’abord mener une lutte interne. Et même si nous ne cédons pas à la tentation dans les faits, par notre comportement, cela ne veut pas dire que nous n’ayons pas mis du temps pour nous défaire d’une idée attirante, que nous ne nous y soyons pas complu un certain temps en pensées, avant de « sortir victorieux » d’une attirance, d’une addiction ou de toute autre tentation (Martin Luther, Petit Catéchisme, 6ème Demande).
On peut aussi pécher en pensées.
Heureusement que Jésus nous fait d’abord prier : « Pardonne-nous nos offenses ! » (Mt 6.12), aussi là où nous avons des moments de faiblesse dans le domaine de la Demande suivante : « Ne nous soumets [ne nous expose] pas à la tentation ! »

al7510_MariageColombeCouple.jpg
Les chrétiens de Corinthe vivaient dans une ville portuaire où ils n’étaient pas seulement exposés à l’immoralité ambiante (ce qui avait même donné le verbe « corinther » !), mais aussi à l’idolâtrie omniprésente. En fait, les deux se rejoignaient souvent.
L’idolâtrie a pris des formes différentes aujourd’hui, mais le culte de la personne, la poursuite du plaisir immédiat à n’importe quel prix, la recherche de la satisfaction personnelle sans égards pour les autres, n’est-ce pas aussi de l’idolâtrie – l’idolâtrie de soi-même –, et n’est-ce pas une des causes principales d’échec des couples ?

Pourtant, Paul écrit : « Aucune tentation ne vous est survenue qui n’ait été humaine. Dieu est fidèle, et il ne permettra pas que vous soyez tentés au-delà de vos forces ; mais avec la tentation il préparera aussi le moyen d’en sortir, afin que vous puissiez la supporter. » (1 Co 10.13)
Utilisons donc « les moyens d’en sortir » que Dieu met à notre disposition : méditer sa Parole, vivre de ses sacrements et prier.

Chaque couple épanoui est une défaite des tentations et une victoire de l’amour. Et chaque couple chrétien est un miracle de l’amour de Dieu et une défaite de Satan, du monde et de notre nature pécheresse innée.
Prions le Seigneur de nous habiter de son amour et d’imprégner nos relations de son Esprit !

Incarnation

al7508_1Incarnation-19452ab.jpg
Comme souvent dans l’ Église, le mot incarnation vient du latin, langue avec laquelle l’ Église chrétienne a remplacé le grec au haut Moyen-âge.
Vous connaissez tous des mots commençant par « in » et qui désignent un mouvement entrant : introduire, inhaler, etc. Quant à « carn » (chair ou viande), vous le trouvez dans carnivore, ou incarner.
Justement, Jésus s’est incarné, le Fils de Dieu a pris nature humaine, il a assumé une nature humaine.
Celui que Jean appelle « la Parole a été fait chair » (Jn 1.14). La Bible « Segond 21 » le rend ainsi : « La Parole s’est faite homme. » Cela rappelle le terme allemand « Menschwerdung », le « devenir-homme », pour traduire incarnation.

Nous savons quand et où cela s’est produit : en Palestine, il y a près de 2000 ans. Jusqu’à un certain point nous savons aussi comment cela s’est produit : Jésus « a été conçu du Saint-Esprit et est né de la vierge Marie » (Symbole Apostolique). Nous le savons jusqu’à un certain point, car l’incarnation échappe à toute compréhension humaine.

Depuis ce miracle, les deux natures – la divine et l’humaine – sont indissolublement liées dans la personne du Christ bien qu’elles ne se mélangent pas. Jésus est maintenant toujours à la fois Dieu et homme. « En lui habite corporellement toute la plénitude de la divinité » (Col 2.9).

Nous célébrons ce miracle chaque année plus particulièrement avec la Fête de Noël. Là, nous nous remémorons les prophéties, comme celles de la naissance virginale : « La vierge sera enceinte, elle mettra au monde un fils et l’appellera Emmanuel » (Es 7.14), « ce qui signifie « Dieu avec nous » » (Mt 1.23). Un enfant qui est Dieu !

Là, nous fêtons l’intervention miraculeuse du Saint-Esprit, car Jésus n’est pas né de l’union sexuelle entre un homme et une femme.

L’ange expliqua à Joseph : « L’enfant qu’elle porte vient du Saint-Esprit » (Mt 1.20), ce que l’ange avait déjà indiqué à Marie elle-même : « Le Saint-Esprit viendra sur toi et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre. C’est pourquoi le saint enfant qui naîtra de toi sera appelé Fils de Dieu. » (Lc 1.35)

al7508_2CrecheCroix.gif
Esaïe avait déjà présenté le Messie sous ses deux natures: « Un enfant nous est né, un fils nous a été donné, et la souveraineté reposera sur son épaule; on l’appellera merveilleux Conseiller, Dieu puissant, Père éternel, Prince de la paix » (Es. 9.5)

Jésus devait s’incarner par le Saint-Esprit en la vierge Marie pour ne pas naitre pécheur d’une relation entre deux êtres pécheurs (Jn 3.6). S’il n’avait pas été saint, toute son œuvre aurait été marquée du sceau de l’imperfection et du péché et n’aurait pas obtenu notre salut auprès de Dieu.

il est et agit maintenant toujours à la fois comme Dieu et homme, bien que ses deux natures participent chacune à ses actes selon leurs propriété respectives.
La personne de Jésus est une : elle ne se « découpe » pas en pièces détachées, l’une divine, l’autre humaine. Il est maintenant toujours et partout les deux à la fois. Quand il est « avec nous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28.20), c’est le Christ incarné qui est avec nous.

al7508_3Mt2620-30Cene.gif
C’est la raison pour laquelle il peut être présent dans la Cène avec son vrai corps, celui qu’il a « donné pour nous » sur la croix, et son vrai sang, celui qu’il a « versé pour nous » sur la croix (Lc 22.19-20).

On ne peut pas dire : Peu importe que Jésus soit à la fois vrai Dieu et vrai homme, l’important c’est qu’il nous ait sauvés. Le problème, c’est que s’il n’était pas les deux à la fois depuis sa conception par le Saint-Esprit, nous ne serions pas sauvés.

Notre Sauveur devait être vrai homme, pour pouvoir se soumettre à la Loi et souffrir et mourir pour nous.
Il devait être en même temps vrai Dieu

 a)  pour que son accomplissement de la Loi ait valeur pour tous les hommes ;

 b)  pour que sa vie et sa mort soient une rançon suffisante pour notre rachat (rédemption) ;

 c)   pour que le péché, la mort et le diable soient vraiment vaincus.

Le corps et le sang du Christ dans la Cène

La Cène (Eglise d’autoroute, Baden-Baden)

« […]. Je vais au culte dans une Eglise qui n’est pas luthérienne. […], ils restent dans le vague quant à la présence du corps et du sang du Christ dans les éléments. […]. » (courrier transmis par un pasteur.)

La présence du corps et du sang du Christ dans la Cène ne s’explique pas rationnellement, scientifiquement. Ce n’est pas pour rien que l’apôtre Paul la range avec le Baptême dans la catégorie « mystères de Dieu » (1 Co 4.1).
Cela ne signifie pas qu’on n’en sait rien, mais on n’en sait que ce que le Christ nous en dit, lui qui l’a instituée (Mt 26.26-29 ; Mc 14.22-25 ; Lc 22.15-20 ; 1 Co 11.23-29).
Il dit quand même quelques vérités qui sont tout sauf vagues, même si elles dépassent notre faculté de compréhension. Ses mots disent ce qu’ils disent, même si nous ne comprenons pas comment cela se peut.

1

Il dit d’abord d’utiliser comme éléments du pain et du vin. « Il prit du pain […], le donna aux disciples en disant : Prenez, mangez ! […] Il prit ensuite une coupe, puis il la leur donna en disant : Buvez-en tous […] de ce fruit de la vigne. » (Mt 26.26-29)
Il y en a qui aimeraient voir dans « ce fruit de la vigne » autre chose que du vin. Il faut quand même se rappeler que cela se passe en avril, des mois après les vendanges, et qu’à l’époque, à moins de faire bouillir le jus à la sortie du pressoir, on ne pouvait conserver « le fruit de la vigne » que sous forme de vin ou de vinaigre.
La « Mischna », texte faisant autorité dans les écoles rabbiniques, indique que lors de la Pâque juive, ce qu’on buvait, c’était du vin. On l’appelait « fruit de la vigne » depuis toujours.
Il est clair aussi que les éléments pain et vin n’ont pas été transformés en autre chose avant que les communiants ne les reçoivent : Paul indique que c’est toujours du pain et du vin qu’on « mange » et qu’on « boit » (1 Co 11.27).

2

Mais Jésus dit encore autre chose. En distribuant le pain, il dit : « Ceci est mon corps » et en donnant à boire le vin il dit : « Ceci est mon sang ! » (Mt 26.26-27 ; Mc 16.22+24).
Là aussi, Jésus est très précis. Les textes sacrés utilisent le verbe être qui indique clairement qu’en recevant le pain et le vin de la Cène nous recevons son corps et son sang. Les paroles sont claires, même si cela nous dépasse.
On ne peut même pas faire valoir que notre Seigneur recourrait à une façon symbolique de parler, que ce ne serait pas vraiment son corps et son sang que nous y recevrions. On ne peut le dire, car il précise sans ambigüité :

 a) ce que nous recevons en même temps que le pain, c’est « mon corps qui est donné pour vous » (Lc 22.19 ; 1 Co 11.24) ; et

 b) ce que nous recevons en même temps que le vin, c’est « mon sang versé pour le pardon des péchés » (Mt 26.28 ; Mc 16.24 ; Lc 22.20).
A moins de soutenir que Jésus n’a pas donné son vrai corps sur la croix ni versé son vrai sang (et donc que toute la scène de la crucifixion était du bluff), il est impossible d’affirmer que Jésus ne nous donne pas son vrai corps et son vrai sang dans la Cène.
Incompréhensible ? D’accord. Les apôtres et évangélistes n’avaient pas pour mission de démontrer l’Evangile mais de l’annoncer, d’en être les « témoins » (Ac 1.8). Un témoin rapporte ce qu’il a vu ou entendu, même s’il ne peut pas l’expliquer.
Aussi, s’agissant du « corps » et du « sang » de notre Seigneur, parlons-nous de « manducation sacramentelle », d’une façon de manger et de boire propre à ce sacrement et distincte de la façon naturelle avec laquelle nous recevons les aliments et les boissons.

Cela demeure un « mystère », mais un mystère annoncé en des termes simples et clairs, un mystère surtout qui nous apporte réconfort et joie … « pour le pardon de nos péchés » (Mt 26.28), pour notre vie et notre salut.

La Cène (Utrecht, 1430)

Le gouvernement seul responsable ? 

Beaucoup de chrétiens s’inquiètent pour l’avenir de leur pays à cause de certaines décisions prises par leur gouvernement. Ils votent des lois encourageant la haine, ce qui pourrait affaiblir la santé morale de la société et menacer la liberté religieuse.

Une telle législation peut engendrer des brimades envers les pasteurs qui enseignent que l’homosexualité est contraire à la volonté de Dieu. Des persécutions ont déjà eu lieu au Canada et en Europe.

La législation qui devrait protéger l’égalité des droits des citoyens est finalement utilisée pour censurer ceux qui désirent pratiquer leur religion dans la paix et défendre les valeurs chrétiennes.

Il serait trop facile de faire reposer toute la responsabilité de la décadence morale de notre pays sur le gouvernement. Le problème est bien plus profond que cela.

Dans une revue chrétienne, un auteur observe : « Les racines du mal sont l’apostasie et les compromissions des églises. Le problème n’est pas au sein du gouvernement, mais dans la maison de Dieu. »100000000000019B000001A337E1C4FC.jpg

Les églises portent une grande responsabilité dans l’apparition de certains problèmes dans le pays. Cela est dû au fait que beaucoup d’entre elles ne sont plus des maisons de Dieu, parce que sa Parole n’y est plus annoncée avec fidélité.

Cela est vrai pour celles qui se disent chrétiennes, mais qui défendent le droit à l’avortement et rejettent la définition biblique du mariage. Le christianisme que prêchent ces églises n’est qu’une façade plutôt qu’un fondement de la foi et de la vie chrétienne.

Un pays ne peut espérer la bénédiction de Dieu que s’il est fidèle à Sa Parole et si ses églises sont vraiment des maisons de Dieu. « Car c’est le moment où le jugement va commencer par la maison de Dieu » (1 P 4.17).