Raccourcis, détours, chemins de traverse ou chemin de Dieu ?

Beaucoup de choses menacent l’église et la foi des chrétiens.Au dehors ce sont toutes les tendances nouvelles et les dérives qui nous assaillent et contre lesquelles il faut lutter sans relâche.En nous, c’est l’angoisse et la crainte qui nous obsèdent lorsque nous voyons que les vocations se font rares, que les gens désertent leur lieu de culte et que l’Évangile du salut ne semble plus intéresser grand monde.Face à cette crise spirituelle beaucoup sont alors tentés de chercher ailleurs une religion qui aurait plus de succès et serait mieux adaptée à notre temps. D’autres se culpabilisent de l’insuccès de l’Évangile et vont parfois jusqu’à douter de la volonté divine de sauver tous les hommes.Lorsque le découragement nous gagne, lorsque la peur de l’avenir nous paralyse et nous déprime, c’est que nous avons oublié ce que Dieu nous dit à ce sujet.Une première chose devrait nous réjouir, c’est la formidable promesse qu’il nous a faite : « Cette bonne nouvelle du royaume sera prêchée dans le monde entier, pour servir de témoignage à toutes les nations. » (Mt 24.14).

Il nous encourage donc à ne pas baisser les bras mais à continuer de répandre cet Évangile qui est « puissance de Dieu ». En effet, c’est Dieu seul qui convertit une âme, qui crée la foi dans un cœur et qui, par sa Parole, annonce la Bonne Nouvelle du salut en Jésus. Pour que nous ne soyons pas surpris ni découragés de voir si peu de monde suivre le sentier qui mène à la vie éternelle, il nous prévient : « Mais étroite est la porte, resserré le chemin qui mènent à la vie, et il y en a peu qui les trouvent. » (Mt 7.14)Si la porte est étroite et le chemin resserré, ce n’est pas la faute à Dieu car « il veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité. » (1Tim 2.4) Mais la porte est rendue étroite et le chemin resserré par l’opposition d’un monde incrédule qui méprise la grâce et la miséricorde de Dieu en s’opposant de toutes ses forces à l’Évangile du salut.Tout enfant de Dieu baptisé et sauvé par le Christ a été placé sur le chemin qui mène à la vie éternelle, et ce chemin, Jésus le définit bien clairement pour que nous sachions toujours si la voie que nous suivons est la bonne : « Je suis le chemin, la vérité, et la vie. Nul ne vient au Père que par moi. » (Jn 14.6)Ce chemin resserré traverse la forêt hostile qu’est le monde. A gauche il est bordé par les arbres immenses et menaçants de l’incrédulité. A droite il est bordé de plantes et de fleurs vénéneuses que sont le péché, les tentations, les séductions du diable et du monde. Et, curieusement, la forêt de gauche et le jardin à droite sont traversés par un large et spacieux chemin qui mène à la perdition et qu’emprunte, hélas ! une foule nombreuse.L’enfant de Dieu est alors tenté de quitter le chemin de la vie en prenant un raccourci, un chemin de traverse pour rejoindre le large chemin. Il se dit qu’un petit détour pour connaître ce qui se passe sur ce chemin fort séduisant, suivi par tant de gens, n’est finalement rien de bien grave et de dangereux.Mais le diable, notre féroce ennemi, nous attend au coin du bois et soyez assurés qu’il fera tout pour nous perdre, corps et âme.En effet, quitter, même momentanément, le sentier bien balisé par notre Dieu pour partir à l’aventure n’est pas sans risque. Le diable et le monde nous proposent chaque jour une multitude de raccourcis séduisants, des voies attirantes et faciles, pimentées de mystères, nous invitant à quitter les sentiers du Seigneur pour des chemins nouveaux et inconnus qui nous conduiraient vers une liberté absolue et un bonheur sans pareil. La publicité du diable est : « Quittez la routine pour des routes nouvelles ! »Voilà un slogan qui a un énorme succès et nombreux sont ceux qui y succombent.C’est ainsi que Satan va nous suggérer que prier, lire sa Bible, méditer la Parole de Dieu et aller à l’église le dimanche matin, c’est perdre son temps, c’est se cantonner dans de bien vieilles traditions aujourd’hui complètement obsolètes, démodées, dépassées.Ce qu’il faut c’est sortir des sentiers battus et prendre des voies nouvelles. Jetez aux orties ce que vos pères vous ont enseigné ! Soyez modernes ! Soyez dans le vent ! Libérez-vous des carcans, des tabous, des interdits et goûtez aux choses nouvelles que vous offre la vie !Alors il nous arrive d’envier les gens qui circulent sur le vaste chemin qui mène à la mort surtout au moment des épreuves et des difficultés que Dieu nous envoie pour nous corriger, nous fortifier dans la foi et l’espérance et pour nous maintenir fermement sur le seul vrai chemin qui conduit au bonheur éternel.Nous pouvons alors faire nôtre cette confession du psalmiste : « Toutefois, mon pied allait fléchir, mes pas étaient sur le point de glisser ; car je portais envie aux insensés, en voyant le bonheur des méchants. » (Ps 73.2-3) « Lorsque mon coeur s’aigrissait … J’étais stupide et sans intelligence … jusqu’à ce que j’aie pénétré dans les sanctuaires de Dieu, et que j’aie pris garde au sort final des méchants. » (Ps 73.20-21+17)Que Dieu dans sa grâce nous donne, par son Esprit Saint, la sagesse et d’intelligence pour dire comme le poète : « Je me sentais percé dans les entrailles, j’étais à ton égard comme les bêtes.Cependant je suis toujours avec toi, Tu m’as saisi la main droite ; Tu me conduiras par ton conseil, puis tu me recevras dans la gloire. Quel autre ai-je au ciel que toi ? Et sur la terre je ne prends plaisir qu’en toi. Ma chair et mon coeur peuvent se consumer : Dieu sera toujours le rocher de mon coeur et mon partage. Car voici, ceux qui s’éloignent de toi périssent ; tu réduis au silence tous ceux qui te sont infidèles. Pour moi, m’approcher de Dieu, c’est mon bien : Je place mon refuge dans le Seigneur, l’Éternel, afin de raconter toutes les œuvres. » (Ps 73.21-28)Il nous dit aussi pourquoi tant de gens désertent leur lieu de culte :« Car il viendra un temps où les hommes ne supporteront pas la saine doctrine ; mais, ayant la démangeaison d’entendre des choses agréables, ils se donneront une foule de docteurs selon leurs propres désirs, » (2 Tm 4.3) et beaucoup de gens aujourd’hui, comme au temps d’Esaïe, demandent à leur pasteur : « Ne nous prophétisez pas des vérités, dites-nous des choses flatteuses, prophétisez des chimères ! » (Es 30.10)Nous savons aussi par Jésus que les derniers jours du monde ne seront pas faciles pour les chrétiens puisqu’il s’interroge : « Quand le Fils de l’homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? » (Lc 18.8)Par ces paroles Jésus nous montre que vers la fin des temps les hommes seront de plus en plus rebelles à sa Parole et qu’ils rejetteront avec violence son Évangile.Aussi, pour ne pas être entraînés par un monde si hostile, il faut nous attacher fermement à cette Parole et en vivre pleinement chaque jour afin que notre foi ne soit pas une foi de façade, fragile et vulnérable, mais totalement et profondément ancrée et fondée sur le Christ Sauveur. C’est pourquoi Jésus nous dit :« Prenez donc garde à la manière dont vous écoutez ; car on donnera à celui qui a, mais à celui qui n’a pas on ôtera même ce qu’il croit avoir. » (Lc 8.18) En effet, si nous n’écoutons pas la parole de Dieu d’une façon sérieuse, nous risquons de nous la voir ôtée et donc de tout perdre en méprisant les instructions, les exhortations, les mises en garde et les avertissements que nous adresse le Seigneur.Face à l’impiété qui nous entoure, ne jetons pas le manche après la cognée en disant : « A quoi bon évangéliser, à quoi bon vouloir instruire et répandre la Parole de Dieu si elle n’intéresse plus personne ? »Dieu veut que nous continuions à annoncer l’Évangile afin que personne ne puisse dire au jour du jugement dernier : « Je ne savais pas ‘que Dieu avait tant aimé le monde’ » (Jn 3.16).D’ailleurs Dieu fera tout pour qu’il en soit ainsi ! Il nous le dit : « Cette bonne nouvelle du royaume sera prêchée dans le monde entier, pour servir de témoignage à toutes les nations. Alors viendra la fin. » (Mt 24.14)« Et, si ces jours n’étaient abrégés, personne ne serait sauvé ; mais, à cause des élus, ces jours seront abrégés. » (Mt 24.22)Ici Jésus nous annonce des jours terribles pour la foi, mais il fera tout pour que ceux qui espèrent en son salut soient mis à l’abri des forces du mal et de ses ravages.

On peut donc dire que lorsque l’Évangile aura atteint les coins les plus reculés du monde selon la miséricordieuse volonté de Dieu, il hâtera le retour du Christ pour que ses élus ne soient pas entraînés par l’impiété et les forces maléfiques des ténèbres qui règneront sur terre à la fin des temps. Alors, face aux dangers qui nous guettent, reprenons courage et laissons-nous guider par la sainte parole de notre Dieu qui nous dit comment est son chemin et où il conduira ceux qui se confient en Lui.La Bible nous donne beaucoup de bons conseils pour rester fermes sur le chemin et pour ne pas tomber dans les pièges de Satan ou succomber aux séductions du monde et aux tentations de notre propre chair.Aujourd’hui encore, comme pour Israël, Dieu nous dit : « Voici, je mets devant toi le chemin de la vie (qui est en Jésus-Christ) et le chemin de la mort (Jé 21.8) ; et par la bouche de Moïse il précise : « J’ai mis devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction », et le Seigneur qui connaît le cœur de l’homme insiste en disant : « Choisis la vie afin que tu vives et pour t’attacher à Dieu. » (Dt 30.19)Chaque jour, notre prière devrait être : « Seigneur, fais-moi connaître les sentiers de la vie véritable car il y a d’abondantes joies devant ta face, des délices éternels à ta droite. » (Ps 16.11)Et lorsque Dieu nous éprouve ou nous punit, sachons lui dire : « Seigneur Éternel, tes préceptes sont une lampe et ton enseignement une lumière et les avertissements de la correction le chemin de la vie. » (Pr 6. 23) « Donne-moi la sagesse pour que je suive le sentier qui mène en haut et que, guidé par ta Parole, je me détourne du séjour des morts qui est en bas. » (Pr 15.24)Dieu nous met aussi en garde contre les mauvais amis, les fréquentations douteuses, les personnes de mauvaise vie et les tentations de la chair. Ces avertissements sont particulièrement à prendre au sérieux surtout de nos jours où la dépravation des mœurs, le vagabondage sexuel et les mauvais exemples sont fort nombreux.C’est ainsi qu’il nous ordonne de « nous éloigner du chemin qui conduit vers la femme aux mœurs douteuses, de ne pas nous approcher de sa maison, car sa maison c’est le chemin du séjour des morts et que celui qui le prend descend vers la demeures de la mort » (Pr 5.8 et 7.27) « car aucun de ceux qui vont à elle ne revient et ne retrouve les sentiers de la vie. » (Pr 2.19)Ps 119.9 : « Comment le jeune homme rendra-t-il pur son sentier ? En se dirigeant d’après ta parole. »Il nous met aussi en garde contre les hommes méchants et impies. « Si des pécheurs veulent nous séduire ne nous laissons pas gagner, ne nous mettons pas en chemin avec eux et détournons-nous de leur sentier car leurs pieds courent au mal. » (Pr 1.1-19) « Ne marchons pas dans la voie des hommes mauvais. » (Pr 4.14) « Ne fréquentons pas les hommes violents et colériques. » Etc.Esaïe indique pourquoi : « Car leurs œuvres sont des œuvres d’iniquité et les actes de violence sont dans leurs mains. Leurs pieds courent au mal, et ils ont hâte de répandre le sang innocent ; leurs pensées sont des pensées d’iniquités, le ravage et la ruine sont sur leur route. Ils ne connaissent pas le chemin de la paix, et il n’y a point de justice dans leurs voies ; ils prennent des sentiers détournés. » (Es 59.6-8)C’est pourquoi, restons fidèles au Dieu de notre salut et il nous fera connaître le sentier de la Vie véritable qui est en Jésus-Christ notre Sauveur. Ce Dieu, qui, dès notre saint baptême, « nous a fait connaître le sentier de la vie, nous remplira aussi de la joie de sa présence. » (Ac 2.28) Le psalmiste a raison de dire que l’homme qui place sa confiance en Dieu trouve dans son cœur un chemin tout tracé, car c’est la sainte parole de Dieu qui le garde et non des préceptes d’hommes. Dans notre vie de chrétien il nous arrive d’être déboussolé par les changements que nous constatons, et nous finissons par ne plus savoir quel est le bon chemin. C’est pourquoi Dieu nous dit :

« Placez-vous sur le chemin et regardez, et demandez-vous quels sont les anciens sentiers, qu’elle est la bonne voies ; marchez-y et vous trouverez le repos de vos âme. » (Jé 6.16)En effet la Parole de Dieu est immuable et droite et toutes ses promesses s’accomplissent avec fidélité. Elle ne change pas au gré des temps, des modes et des moments; elle reste la Vérité souveraine, le fondement certain, solide et inaltérable de la foi chrétienne.Hélas, Dieu doit souvent faire ce triste constat : « Mon peuple m’a oublié, il offre de l’encens aux idoles ; il a été conduit à chanceler dans ses voies, à quitter les sentiers anciens pour suivre des sentiers, des chemins non frayés. » ( Jé 18.15)Chaque jour notre prière devrait être : « Fais-moi dès le matin entendre ta bonté car je me confie en toi. Fais-moi connaître le chemin où je dois marcher car j’élève mon âme à toii ! » (Ps 143.8) « Eternel, montre-moi le chemin que je dois suivre et ce que j’ai à faire ». » (Jé 42.3)Le psaume 25 donne une belle définition des sentiers par lesquels Dieu fait passer ses enfants : « Ils sont miséricorde et fidélité pour ceux qui gardent son alliance et ses commandements. » ( Ps 25.10).

Il nous arrive que notre chemin se transforme soudain en chemin de Damas parce qu’aveuglés par l’orgueil nous nous sommes opposés à la volonté de Dieu, ou que nous avons cru pouvoir nous passer de sa grâce. Alors Dieu, qui ne veut pas nous perdre, nous secoue parfois violemment afin que nous ne nous perdions pas corps et âme, mais que nous revenions à lui dans la repentance et la foi. « C’est ainsi qu’il restaure notre âme et qu’il nous conduit dans les sentiers de la justice à cause de son nom. » ( Ps 23. 3) Et la maman du grand Samuel, qui avait éprouvé combien Dieu est fidèle, bon et miséricordieux, confesse : « Il gardera les pas de ses bien-aimés. Mais les méchants seront réduits au silence dans les ténèbres ; car l’homme ne triomphera pas par la force. » (1 S 2.9)Notre Bible est le guide le plus sûr et le plus complet. Le saint livre permet à tout enfant de Dieu de savoir s’il marche sur le bon chemin ; il permet aussi à celui qui s’est égaré un instant de retrouver dans la repentance et la foi le bon sentier où Jésus, son Sauveur, l’attend pour le prendre dans ses bras et pour le porter dans son royaume. Soyons vigilants, veillons, prions, écoutons et méditons chaque jour la sainte Parole de notre Dieu, car les jours sont effectivement mauvais. Alors comme David et comme tant d’autres croyants après eux, prions souvent les Paroles du Psaume 25

Le mot du rédacteur

« J’étais mort, et voici, je suis vivant pour les siècles des siècles. Je détiens les clés de la mort et du séjour des morts ! » (Ap 1.18)

Voilà comment notre Seigneur Jésus-Christ s’adresse à nous. C’est là son message de Pâques qui remplit nos cœurs de paix, de joie et d’espérance. Quelque part, nous avons de la chance dans l’hémisphère nord, de pouvoir célébrer Pâques au printemps, au moment où Dieu fait suivre le printemps à l’hiver, selon sa promesse (Gn 8.22), durant la saison où la terre se réveille et où la végétation se met à revivre.C’est un peu une métaphore de la résurrection du Christ, une parabole vivante de ce qui nous attend après le sommeil de notre corps.« J’étais mort. » Cette vérité et la raison pour laquelle notre Seigneur s’est donné dans la mort, vous pouvez le lire dans l’article « Il suffit que Dieu pardonne » (p. 4).Toute la portée du « Et voici, je suis vivant ! » est présentée dans l’article « L’être et le paraître » (p. 6).La joie que cela déclenche en nous transparaît dans le concept biblique traité cette fois-ci : « Hosanna et Benedictus » (p. 9), aussi dans l’article sur « Maystre Loys Bourgeois » (p. 13).L’Eglise habitée par la foi, la joie et l’espérance de Pâques organise sa vie autour de cet Evangile de grâce et de vie (article « Polykarp Leyser », p. 14) et va avec cet Evangile à la encontre du monde (article « Friedrich Wyneken au Far West », p. 16).Comme activités particulières, ce numéro présente le travail de l’équipe d’expédition d’Amitiés Luthériennes (p. 19), le travail radio (p. 18) et une initiative intéressante dans la Paroisse St-Pierre de Châtenay – Le Plessis (p. 18).Les relations avec nos frères africains sont abordées en p. 20, et le besoin d’être porté par votre prière et votre engagement est souligné aussi bien en pages 19 et 23.Je vous invite tout particulièrement à relire au dos de ce magazine déclaration avec laquelle notre oeuvre se présente. Je ne cite que le début.« Amitiés Luthériennes est un mouvement qui rassemble, à l’intérieur de la francophonie, les amis ou sympathisants de L’Heure Luthérienne. Elle veut être une aide au progrès dans la foi chrétienne et au témoignage évangélique. […] »C’est grâce à vous que cela nous est possible. Sans vous, nous ne sommes pas grand-chose. Certes, le Seigneur peut faire des miracles. Mais il les fait surtout dans les cœurs quand il les attire ans la foi à lui et par gratitude dans l’engagement dans les activités de Son Eglise.Vous vous demandez sans doute pourquoi nous ne parlons pas des catastrophes à Haïti, au Chili, et dans l’Ouest de la France. D’abord, parce que les médias en ont amplement parlé, ensuite parce que nous comptons y en parler davantage dans le pro consacrer quelques pages du prochain numéro.En attendons, joyeuse Pâques en notre Seigneur qui « détient les clés de la mort et du séjour des morts ! »

Tante Aline — Conte de Noël

Ah, comme il avait fait bon vivre dans la maison de Berni et de Lulu au temps où papa était encore là ! Ah, les belles promenades dominicales le long du canal où passaient les péniches, les joyeuses sorties au zoo ou aux marionnettes !

Et, dans la maison, les bons moments passés au sous-sol où papa avait installé un réseau de trains électriques, sans compter les mémorables séances de « boxe » ayant souvent lieu le soir dans la chambre des enfants.

Papa entrait, attaquant son fils Berni, s’en prenait à sa fille Lulu. Tous deux, en pyjama, sautaient alors de leurs lits, ripostaient de toute la force de leurs petits poings. Chaque fois que Lulu touchait papa, il poussait un cri de douleur, se pliait en deux. Et, chaque fois, la partie, copieusement arrosée de fous rires, se terminait par un papa étendu sur le tapis, suppliant : « Grâce ! Grâce ! Pouce ! KO ! »

Tout était clair, net, gai dans la maison où régnait le bonheur.

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Hélas ! Comme tout avait changé depuis le départ de papa. Comme la maison était devenue silencieuse, vide, triste. Et maman, que faisait-elle ? Elle pleurait, non pas devant les enfants, mais dans sa chambre. Les enfants n’en étaient pas dupes.
Comment cela était-il arrivé ? Oh, pas d’un seul coup. D’abord les absences de papa s’étaient espacés. Mais un jour, les enfants entendirent maman crier :
« Va-t-en, tu me fais trop souffrir ! Je ne veux plus te voir ! »
Alors papa ne revint plus.
Chaque matin, papa les avait conduits à l’école. Maintenant, c’était maman.
« Ton papa est parti ? » demandaient les camarades.
Alors Berni serrait les lèvres : « Oui … » et il ajoutait le gros mensonge : « en voyage … »
« Oui, … en voyage … » répétait Lulu à ses côtés.
Lorsque ses camarades l’agaçaient trop, Berni leur tirait la langue. Et Lulu ne manquait jamais de montrer, elle aussi, le joli petit bout rose de la sienne, sauf pour

Suzie, sa camarade de classe assise à côté d’elle. Suzie lui avait confié que son papa aussi était parti, mais au ciel.
Un jour, maman fut convoquée à l’école. « Bernard travaillait si bien, » se plaignit son maître du CE2, « et voilà qu’il est dissipé on ne peut plus. En récréation, il récolte punition sur punition. Il est devenu agressif et cherche querelle partout … »
Et la maîtresse de CP de Lulu : « Lucette a été une si bonne élève, mais voilà qu’elle est toujours partie en rêve, absente, désintéressée, brouillonne … »
Maman est rentrée pleurant encore …

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Cependant, il y avait de temps en temps un grand rayon de soleil dans leur maison, allégeant tout, assainissant l’atmosphère, suscitant sérénité et espoir. Ce rayon de soleil s’appelait : Tante Aline.
Un jour où elle fut là, les enfant l’entendirent parler à maman : « Voyons, Nelly, arrête de pleurer. Applique-toi plutôt à pardonner. Tu ne fais que t’enfoncer davantage dans la rancune. Ce n’est pas ainsi que les choses s’arrangeront. Voyons, Nelly, pardonne, conduis-toi en chrétienne. Je connais mon frère Henri. Il regrette amèrement, il souffre autant que toi, sinon plus. »
« Aline, » répondit maman, « reste là, passe la nuit à mes côtés. »
« Ah non, Nelly, » répliqua tante Aline péremptoirement, « ce n’est pas ma place. Je dormirai en haut, dans la chambre à côté des enfants. »

Elle frappe à leur porte :
« Petits,’ leur dit-elle, « vous voudriez que papa revienne, n’est-ce pas ? »
« Oh oui, tante Aline ! »
« Eh bien, je connais un moyen. »
Les deux se dressèrent dans leur lit : « Comment ? »
« Ecoutez bien. Ici, dans cette chambre, il y a bien vous deux et moi. Mais il y a encore quelqu’un d’autre, quelqu’un que vous ne pouvez pas voir. Mais lui, il vous voit, vous ; il vous connaît, il voit tout ce que vous faites, il connaît même vos pensées. Ce quelqu’un, c’est Dieu. On l’appelle aussi le Tout-Puissant ou l’Eternel. On peut lui parler. On appelle ça « prier ». A partir d’aujourd’hui, vous allez prier chaque soir en demandant à Dieu de faire revenir votre papa. »
« Mais je ne sais pas prier ! » se lamenta Lulu.
« Je vous apprends, » dit tante Aline. « Vous joignez les mains en entrelaçant les doigts, ou paume contre paume. Vous fermez les yeux, vous pensez à Dieu, votre Père au ciel, et vous dites :
« Père au ciel, toi qui peux tout, fais revenir notre papa auprès de nous !  » …
je suis sûre, Dieu vous entendra. »
A partir de ce soir, sans faute, les enfants dirent leur prière à Dieu.
Un soir, lorsqu’ils furent couchés, tout à coup, Lulu éclata en sanglots, des sanglots à vous briser le cœur. Elle tremblait, et tout son petit lit tremblait avec elle.
Berni, alarmé, se dressa sur son séant. « Lulu, qu’as-tu ? »
Mais Lulu hoqueta de plus en plus fort.
Alors Berni sauta de son lit, s’étendit près d’elle et passa son bras sous sa nuque : « Arrête, Lulu, oh, arrête ! Je t’en prie, ne pleure pas comme ça. Dis-moi, qu’as-tu ? »
Finalement, Lulu arriva à s’expliquer : « Tu sais, Suzie à l’école, son papa est au ciel. Elle … elle … m’a dit qu’elle aura un … un … un autre papa !! Je ne veux pas d’autre papa, moi ! »
« Oh non, Lulu, non, » dit Berni.
Jamais il n’avait envisagé une telle alternative. Et pendant qu’il essayait de calmer Lulu avec toutes les forces vives de son cœur aimant, des larmes silencieuses coulaient une à une sur ses propres joues.

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« Tante Aline, » déclarèrent-ils lors de son passage suivant, « notre Père au ciel ne nous entend pas. »
« Que dites-vous ? » s’insurgea-t-elle. « Eh bien, vous vous trompez. Vous manquez de patience. « L’Eternel a de la bonté pour qui espère en lui. […] Il est bon d’attendre en silence. »1 Vous voulez lui prescrire le « quand » et le « comment » ? »
Un autre jour, tante Aline dit à maman : « Tu sais, Nelly, dans les bureaux il y a de ces écervelées. Par leur habillement et leur conduite, elles font tout pour séduire un homme, quitte à crier par après au harcèlement inconvenant. Elles sont oublieuses de leur Créateur qui, lui, de ses propres mains, a habillé correctement l’homme et la femme pour qu’une vie décente soit possible sur terre. Elles ignorent le mal qu’elles font. Henri est tombé dans le piège. Il regrette amèrement. Il souffre à présent autant que toi, sinon plus. Pardonne-lui. Chaque repentir mérite le pardon. Dieu nous en donne l’exemple. »

Cependant, les journées passèrent monotones, maman toujours abattue, la maison morne. Noël approchait. Comment vivre Noël sans papa ? Inimaginable.
« Tante Aline, viendras-tu à Noël ? »
« Bien sûr, les enfants ! »
Elle arriva tôt dans l’après-midi, chargée d’emplettes, s’affaira de suite dans la cuisine, parla encore à maman : « As-tu reçu sa lettre ? As-tu répondu ? Es-tu sûre de rester sans rancune, ni reproches ultérieurs ? »

Quand elle eut terminé de s’affairer dans la cuisine, elle ferma les deux battants de la salle à manger.
« Interdiction d’entrer ! dit-elle au enfants.

Mais à peine eut-elle quitté la pièce, que Berni ouvrit la porte, tout juste une petite fente permettant de glisser un regard.
La table était mise, avec les verres de cristal, les chandeliers, la porcelaine des jours de fête.
Vite, il retira la tête. Subitement, interloqué, il regarda encore. « Bizarre, » dit-il à Lulu, « il y a cinq couverts ; nous ne sommes que quatre. »
A son tour, Lulu avança sa tête bouclée, l’y laissa longtemps : « Y en a cinq, » confirma-t-elle.
Vite, ils refermèrent la porte.
« Venez, les enfants, nous allons décorer le sapin ! »
Tante Aline était si gaie, incitant les enfants à chantonner avec elle, de sorte qu’ils oublièrent presque qu’ils faisaient d’habitude cette besogne avec papa.

Dessin de crêche

Le soir venu, tante Aline et Berni allumèrent les bougies. Maman s’installa dans un fauteuil au fond de la pièce. Tante Aline ouvrit la Bible et lut :
« En ce temps-là, parut un édit […]. »2
Soudain, arrivée au passage : « paix sur la terre parmi les hommes qu’il agrée ! » elle eut un chat dans la gorge, la racla et reprit d’une voix claire : « Paix sur la terre parmi les hommes qu’il agrée. »
Arrivée à la fin du récit, elle enchaîna : « Notre Père qui es aux cieux […]. »
Bizarre… Arrivée au passage « […] comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés […] », elle eut encore un arrêt, se reprit vite, répéta le passage d’une voix lente et nette, continua : […] Ne nous soumets pas à la tentation, mais délivre-nous du mal […] »
Soudain, la sonnette de la porte d’entrée retentit. Tante Aline se leva et ouvrit prestement. Les enfants l’entendirent :
« Oh, bonsoir, Père Noël ! Comme c’est gentil à vous de venir nous voir. Mais entrez, entrez donc ! »
Une voix de très vieil homme, haute, tremblante, fluette, demanda : « C’est bien ici qu’habitent Bernard et Lucette ? »
« Oui, Père Noël, c’est ici. »
Parut alors sur le seuil du salon, enveloppé dans son manteau rouge vif, un Père Noël superbe, avec une longue barbe blanche, un bonnet bordé de fourrure tombant jusque sur le nez.
Pourtant, il sembla hésiter, restant un instant immobile, mais entra finalement : « Bonsoir, les enfants, approchez, approchez ! » chevrota-t-il.
Ils s’approchèrent.

Le Père Noël posa une main gantée de blanc sur la tête de Berni, l’autre sur celle de Lulu : « Avez-vous été sages ? »
Berni baissa la tête, pensa à ses mauvaises notes, à ses nombreuses punitions. Lulu, courageuse, sauva la situation, leva sa frimousse ronde, fixa le Père Noël et lança : « Nous sommes sages ! »
« Avez-vous appris une prière ? »
Ça oui ! Ils joignirent leurs mains et récitèrent : « Bon Père du ciel, toi qui peux tout, fais revenir notre papa auprès de nous ! »
Mais il s’approcha : « Vous avez mérité un cadeau. »
Il tira de sa poche une magnifique maquette de locomotive.
« Oh, c’est pour mon train ! » s’écria Berni.
A Lulu il offrit un petit moulin à vent qu’il mit en marche. Les ailes se mirent à tourner en débitant aux oreilles émerveillées de Lulu la jolie chanson du « meunier qui dort ».

Un moment, le Père Noël les laissa à leur joie. Mais il n’en avait pas fini.
Le Père Noël eut un recul de deux pas. De ses mains tremblantes de vieillard il tira un mouchoir de sa poche et se le fourra plusieurs fois sous le nez. Avait-il le rhume ?

« Et maman, a-t-elle été sage ? » demanda-t-il soudain.
C’est encore Lulu qui répondit. « Maman est sage ! » lança-t-elle comme un défi.
« Alors, elle aussi aura un cadeau. »
Il s’approcha d’elle, toujours assise au fond dans son fauteuil. Puis, devant les yeux éberlués des enfants, il se mit à genoux devant elle, tira de sa poche une petite boîte, la posa sur son giron et l’ouvrit.
Les enfants virent briller de loin le chaton d’une bague.
En même temps, il arracha sa barbe, releva son capuchon, se défit de son manteau.
Les enfants, hébétés, furent cloués sur place.
« Papa ! Papa ! » Et ils furent sur lui.
Tante Aline contempla la scène de loin, les yeux plissés, un sourire en coin des lèvres.
Après quelque temps : « Venez, les enfants, c’est Noël ; nous n’avons pas encore chanté. »

Elle se mit au piano. Berni à sa droite, Lulu à sa gauche, ils entonnèrent un de ces chants séculaires de Noël glorifiant ce Dieu qui « visite la terre, qui vient du ciel jusqu’en notre misère », la voix d’ange de Berni dominant celle de tante Aline et le gazouillement de Lulu.
Lorsqu’ils eurent terminé, ils se retournèrent. Papa était assis à côté de maman. Elle avait posé sa tête sur son épaule. Sur ses genoux, leurs mains s’enlaçaient.
Mais les yeux de papa … étrange ! Décidément, il devait avoir le rhume …
« Vite, les enfants, au réveillon ! Berni, allume les bougies de la salle à manger ! »

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Bientôt ils furent assis à table, papa et maman en face des enfants. Tante Aline présidait.
Comme Maman était jolie ! Elle avait changé de robe, lissé ses beaux cheveux fauve ui tombant sur les épaules. Et comme ses grands yeux brillaient ! Tout son être respirait la douceur d’une heureuse convalescence.
Cependant, tante Aline grommela : « Vous ne mangez pas ! Je réchauffe tout demain. »
C’était vrai. Le retournement de la situation, la réapparition de papa, trop d’émotions avaient quelque peu engourdi leur appétit.
Pourtant, tante Aline apporta le dessert, une pyramide de petits choux à la crème dans un plat creux.
« Allons, Henri, sers-nous ! »
Papa saisit la cuiller et la fourchette, décocha aux enfants un clin d’œil avertisseur, attaqua la pyramide, non par le haut, mais à la base. Tout l’édifice s’écroula …
S’échappa alors de la gorge de Lulu un éclat de rire argentin, puissant, cascadant comme un torrent dans tous les recoins de la pièce.
D’autres rires s’y mêlèrent, toute gêne rompue. Cette fois-ci, papa était vraiment revenu, papa farceur, papa boute-en-train, papa complice et, avec lui, le bon ordre, celui instauré par le Créateur pour le bien des humains.

Les langues se délièrent.
Berni : « Papa, tu descends avec moi aux trains ? »
Lulu : « Papa, tu viens nous boxer ? »
« Demain, les enfants, après-demain, tant que vous voudrez, mais ce soir, je reste avec maman. » Entre leurs deux couverts, il posa sa main sur celle de maman.

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Plus tard, lorsqu’ils furent couchés, tante Aline entra leur souhaiter bonne nuit.
« Tante Aline, » l’accueillit Berni, « tu es rien cachottière ! Tu savais tout, tu as mis cinq couverts d’avance ! »
« Vraiment, » répliqua tante Aline, goguenarde, « qui vous l’a dit ? Vous êtes des espions ! … A propos, avez-vous dit votre prière ? »
« Plus besoin, » jubila Lulu, « papa est revenu ! »
« Comment ça « plu besoin » ? Vous êtes de jolis ingrats ! Pendant des mois et des mois, vous avez supplié
Dieu de vous rendre votre papa. Et, à présent qu’il vous a exaucés, vous ne dites pas merci ? »
« Si, tante Aline. »
Ils joignirent les mains : « Père au ciel, toi qui peux tout, merci d’avoir ramené papa auprès de nous. »
« Et si vous répétiez cette action de grâces pendant des mois et des mois, comme vous l’avez fait quand il s’est agi de demander ? »
« C’est juste, » décréta Berni.
« C’est juste, » convint Lulu.
Nos deux champions ont-ils tenu parole ?

S’il leur est arrivé d’oublier, pardonnons-leur ; ils sont si jeunes et si heureux.
Souhaitons-leur bonne route sur le chemin de leur vie.
Que l’expérience de la prière exaucée, l’effet sauveur du repentir suivi du pardon mûrissent dans leurs jeunes âmes et y restent gravés jusqu’à la fin de leurs jours !

La Confession d’Augsbourg

Cher lecteur, la foi de l’Eglise évangélique luthérienne est exprimée
dans la «Confession d’Augsbourg».
Connaissez-vous cette confession ? Son histoire, son contenu, sa valeur ?
Ou n’en avez-vous qu’une vague idée ?
De l’histoire ancienne, direz-vous, puisque nous fêtons l’an prochain
ses 480 ans ! Mais quiconque s’intéresse au luthéranisme ne peut igno-
rer les circonstances de cet événement fondateur. Votre magazine vous permettra de mieux la connaître, ou peut-être de la découvrir.
Martin Luther n’a pas été à Augsbourg ; il avait été mis au ban de l’empire. Il ne pouvait pas défier l’empereur par sa présence. Ce fut donc un juriste, le Dr Christian Beyer, chancelier de la Saxe, qui lut cette confession (rédigée par Melanchthon) devant l’Empereur Charles Quint.

Luther et Melanchton

L’histoire de la Confession

Extraits de « J’aime mon Eglise » – Traités luthériens, Strasbourg, 1924.

Entrons dans la salle du conseil de l’évêché à Augsbourg. Trois heures de
l’après-midi viennent de sonner. Sur son trône, le jeune Charles V (il n’a-
vait que 21 ans), autour de lui les dignitaires de l’empire et de l’Eglise.
Il avait bien voulu céder aux instances des princes évangéliques et prêter l’oreille à la lecture de leur confession, contrairement aux avis des cardinaux et princes catholiques, qui faisaient leur possible pour empêcher sa lecture officielle. Ces dignitaires réclamaient tout simplement la stricte application de l’édit de Worms et au besoin l’emploi de la force. Ils avaient interdit les prédications des réformateurs à Augsbourg mais les princes évangéliques en instance continuelle auprès de leur empereur, avaient gagné sinon son cœur, du moins sa raison.

Sur son trône dans la salle du conseil, il avait devant lui cette poignée de
confesseurs; non seulement des théologiens et docteurs en robes noires, des citoyens en habits simples, mais aussi des chevaliers dans leurs cuirasses d’acier, des princes dans leurs manteaux de pourpre, qui n’a-
vaient pas honte de l’Evangile de Jésus-Christ, prêts à souffrir le ban-
nissement, le martyre pour la bonne cause.

Tout près des confessants se tenait le prince JEAN DE SAXE. Aux théolo-
giens qui voulaient se présenter seuls à l’empereur, il avait dit : « Dieu ne veut pas que vous m’excluiez ; je confesse Christ avec vous. Mon chapeau de prince n’a pas autant de prix que la croix de Christ ; celui-ci restera ici-bas, la croix m’accompagnera au ciel. »

Près de lui, l’héroïque vieillard GEORGE BRANDEBOURG, qui quelques jours
auparavant avait déclaré à l’empereur : « Je préférerais m’agenouiller
devant Votre majesté et me faire trancher la tête plutôt que de renier
Dieu et son Evangile. »

Et à ses côtés, le Prince-chevalier WOLFGANG DE GOTHA, qui en souscrivant à la Confession, disait : « J’ai fait pour de bons amis et seigneurs maintes courses ; pourquoi ne devrais-je pas, si la nécessité se présente, seller mon cheval et, sacrifiant corps et vie, aller en hâte vers la couronne d’honneur de la vie éternelle ? »

Près de lui, les représentants des villes de Nuremberg et de Reutlingen. Les premiers avaient écrit à leur magistrat : « A notre avis, il n’y a pas lieu de céder, si nous ne voulons donner plus de prix à la grâce de l’empereur qu’à celle de Dieu » ! Et derrière cette élite de chrétiens, des
milliers de protestants proches et lointains, qui tous étaient d’accord avec cette Confession.

Comme la salle ne put contenir que 200 personnes et que l’empereur
n’en aurait pas concédé de plus spacieuse, la cour et la rue étaient bondées d’amis et de curieux. Mais le Dr. BEYER força sa voix, de sorte qu’elle pénétra par les fenêtres ouvertes claire et compréhensible au-dehors. Et plus loin encore, elle fut entendue dans tous les coins et recoins de l’empire ; elle réfuta les adversaires, elle convainquit les hésitants, elle affermit les croyants, elle unit les disséminés, et cela partout où la Parole de Dieu pouvait pénétrer dans les oreilles et dans les cœurs.

Dans la salle du chapitre, la Confession fut écoutée « au milieu
d’un silence religieux et d’un étonnement profond de la part des adver-
saires » (Félix KUHN). Elle était signée « De Votre Majesté impériale, les sujets : Jean, duc de Saxe, électeur Georges, marquis de Brandebourg, Ernest, duc de Lunebourg, Philippe, Landgrave de Hesse, Jean Frédéric, duc de Saxe, Wolfgang, prince d’Anhalt, le Sénat et le Magistrat de Nuremberg, le Sénat de Reutlingen ».

MERLE D’AUBIGNÉ, dans son Histoire de la Réformation (tome IV, p. 293)
raconte ce qui suit : Marie, la sœur de CHARLES QUINT, reine de Hongrie,
avait perdu son mari pendant une bataille. Elle était encore jeune et
avait appris à aimer le pur Evangile.

LUTHER lui avait adressé le commentaire de quelques psaumes pour for-
tifier sa foi. Venue à Augsbourg pour assister à cette rencontre, elle demeurait dans le palais de l’empereur. Cette chrétienne eut le courage d’affronter son frère et les autorités religieuses en permettant aux protestants de se rassembler chez elle et de célébrer leur culte !
En effet, il avait été interdit aux Protestants de se réunir autour
des Moyens de grâces durant tout leur séjour à Augsbourg.
Admirons ici la grandeur de Dieu qui règne au milieu de ses ennemis !
La reine Marie prit donc part à tout ce qui se passait dans ces jours orageux à Augsbourg.

La Confession : son contenu et son importance.

En 2003, les Editions du Cerf, en association avec Labor et Fides, ont
réédité LA FOI DES ÉGLISES LUTHÉRIENNES(1). Cet anniversaire nous donne à nouveau l’occasion de vous encourager à ce type de lecture. L’ouvrage, bien sûr, contient la Confession d’Augsbourg dont voici les principaux articles de foi : Dieu ; le péché originel ; le Christ ; la justification ; le ministère ecclésiastique ; la nouvelle obéissance ; l’Eglise ; l’efficacité des moyens de
grâce ; le baptême ; la sainte-Cène ; la confession ; la pénitence ; l’usage des sacrements ; les ordres ecclésiastiques ; les rites ecclésiastiques ; le pouvoir civil ; l’avènement de Jésus-Christ pour le jugement ; le libre arbitre ; la cause du péché ; les bonnes œuvres ; le culte des saints.
On raconte qu’après la lecture de la Confession, le duc GUILLAUME DE BAVIÈRE reprocha aux théologiens de son église de lui avoir travesti la foi
protestante. Ils répondirent qu’ils pourraient réfuter la Confession avec
les Pères de l’Eglise, mais pas avec la Bible. Le duc s’écria alors : « Ainsi, les Luthériens sont assis dans la Bible, et nous à côté d’elle » !

Puisse le Seigneur ne jamais nous faire le même reproche !


  1. LA FOI DES ÉGLISES LUTHÉRIENNES. Confessions et catéchismes. Ed. Cerf. Réédition, 600 pages ; 28 euros.

Apocalypse – Révélation – II

Suite du premier article sur l’Apocalypse. Nous vous conseillons de lire les chapitres correspondants de la Bible au fur et à mesure de la lecture de cet article.

21. La 3ème vision (Ap 8 – 11)

Les « sept trompettes » sonnées par « sept anges » (8.2) déploient les forces de la nature pour le jugement de la terre, de la mer, des rivières et des sources, ainsi que des astres.
Le langage imagé fait penser aux dix plaies ou fléaux en Egypte (Ex 7 – 10) « Un autre ange » (8.3) – ou « aigle » (8.13) ? – annonce « d’une voix forte » le Jugement à venir. D’horribles sauterelles sortent du « puits de l’abîme » (5ème trompette ; chap. 9.1-12), suivies de 200 millions de cavaliers qui montaient des chevaux surnaturels à tête de lion et à queues en forme de serpents (6ème trompette ; 9.13-19).
Nous ne pouvons pas en donner l’explication exacte, mais on pourrait y voir des parallèles à des jugements de ces derniers temps comme les guerres atomiques ou biologiques ou des rayons mortels.

Malheureusement, à l’époque comme aujourd’hui, beaucoup de gens ratent l’occasion de se repentir et ne font que s’endurcir davantage dans leur incrédulité et leur mode de vie impie (9.20-21). « Le puits de l’abîme » est l’endroit où, en attendant le Jugement Dernier, les anges déchus, les démons, la bête, les faux prophètes et Satan connaissent leur châtiment (9.1ss ; 9.11 ; 11.7 ; 20.1-3). « L’étang de feu et de souffre » (20.10+14ss) est le lieu de leur châtiment final et définitif.

Dans la suite, nous suivrons les chapitres.

22. « Le petit livre » (Ap 10)

« Un ange puissant » – « au-dessus de sa tête était l’arc-en-ciel ; son visage était comme le soleil » (10.1-2) – déclenche « sept tonnerres » dont Jean n’a pas le droit de donner la signification (10.3-4). Ensuite l’ange « jura » sous serment qu’avec le retentissement de la septième trompette « le mystère de Dieu s’accomplira, comme il l’a annoncé à ses servi-
teurs, les prophètes » (10.5-7). Les prophètes de l’Ancien et du Nouveau Testament ont prédit que tous les problèmes de la vie allaient être transfigurés de façon définitive et libératrice à la fin des temps.
Pour Jean, c’est là une expérience aigre-douce (10.8-11), l’annonce de la Loi et de l’Evangile, du jugement et de la grâce.

23. Les deux témoins et la 7ème trompette (Ap 11)

  • « Le temple » que Jean doit « mesurer » (11.1-2) symbolise la sainte église chrétienne, la communauté des saints, ceux qui portent le sceau de Dieu (7.3ss ; 1 P 2.5 ; Ep 2.20ss ; 2 Co 6.16).
  • Les « deux témoins » (11.3) – un peut comme Moïse (Ex 7.14-18) et Elie (1 R 17.1) – représentent les témoins de l’Eglise. L’Eglise est portée par le témoignage en parole et en actes de ses saints, en premier lieu de ses martyrs, confessants, pasteurs, évangélistes, etc.
  • Les « 1260 jours » – ou « 42 mois » (11.3) ou 3 ans et demi (Dn 7.25 ; 12.7) – représentent une durée inscrite de façon indélébile dans la mémoire des Juifs. C’est le temps des souffrances et des tueries
    sous Antiochus Epiphane qui voulait exterminer la nation et la religion juives (Antiochus Epiphane IV, 175-164 av. J.-C., souverain du royaume séleucide en Syrie ; voir Dn 11.21-45 ; aussi les deux livres des Macchabées 1 Macc 1 – 6 et 2 Macc 3 – 9)
  • « La bête qui monte de l’abîme » (11.7-9) représente les empereurs romains qui ont porté des coups terribles à l’Eglise, mais aussi, de façon générale, tous les martyres et massacres de croyants qui se sont répétés au cours de l’histoire de l’Eglise. Rome symbolise « la grande ville appelée symboliquement Sodome et Egypte, là même où » Jésus-Christ est régulièrement « crucifié » dans la personne de ses croyants. Les spectateurs sont pris de panique en voyant les martyrs reprendre vie. Le paganisme a été effrayé de voir que la foi se développait dans l’empire, alors qu’il croyait l’avoir éradiqué. D’une certaine façon, le sang des martyrs est effectivement la semence de l’Eglise.
  • « Le septième ange », en sonnant de la trompette, annonce un interlude céleste (11.15-19 ; voir aussi 4.9-11 ; 5.8-14 ; 7.11-17 ; 12.10-12 ; 14.2-3+13 ; 15.2ss ; 19.1-16).

24. La 4ème vision (Ap 12 – 14)

  • « Le dragon rouge feu » qui attend de pouvoir « dévorer l’enfant dès qu’il sera né » (12.1-6) symbolise la fureur du diable contre le Seigneur Jésus (Ps 2). La mère représente la communauté de Dieu de laquelle est sorti Jésus selon la chair. « L’enfant fut enlevé vers Dieu et vers son trône » (12.5) ; cela rappelle son ascension. L’apôtre Paul utilise le même verbe – enlever – pour parler de la rencontre des croyants avec Jésus au Dernier Jour (1 Th 4.17).
  • Comme il n’a pas pu empêcher l’intronisation de Jésus-Christ (15.7-19), le diable dirige maintenant sa fureur contre l’Eglise dans le monde (12.9+15+17). Il a trouvé des alliés dans les empereurs romains persécuteurs (12.3-8) qui avaient projeté d’exterminer les chrétiens (13.11). Depuis lors, bien des puissances de ce monde ont toujours à nouveau essayé de faire de même.
  • « La bête montée de la mer » (13.1-9) avait déjà été décrite en différentes images par Daniel (Dn 7.3-7). Là-bas quatre bêtes symbolisaient quatre puissances brutales et bestiales. Ici, dans l’Apocalypse, une seule bête concentre les traits des quatre bêtes de Daniel. Les « sept têtes » et les « dix cornes » (13.1) correspondraient, selon l’avis de certains théologiens, aux empereurs romains d’Auguste au temps des Actes des Apôtres. Le culte rendu à l’empereur était le principe fondateur de la politique impériale : il devait unir les peuples et les cultures extrêmement variées dans l’empire. C’est justement cela qui a provoqué le choc entre la foi chrétienne et Rome. La confession de foi « L’empereur est seigneur ! » était du blasphème pour les chrétiens qui confessaient, eux : « Jésus-Christ est le Seigneur ! » (Ph 2.11)
    Certains voient dans « l’une de ses têtes comme blessée à mort » mais ensuite « guérie » (13.3) une allusion au mythe très répandu à l’époque que Néron serait revenu à la vie. Il est vrai que sa méchanceté et son impiété a régulièrement repris vie dans ceux qui l’ont imité depuis lors.
  • « La bête montée de la terre » (13.11-17) est parfois comprise comme symbolisant le culte impérial en liaison avec la sorcellerie et les « miracles » des cultes asiatiques.
  • « Le nombre de la bête […] est 666) ». (13.18). Ce nombre a donné lieu à une infinité de spéculations. Aucune ne peut affirmer donner la bonne solution. Tenez, un exemple : il y en a qui pensent qu’il faudrait reconnaître l’empereur Néron dans cette bête. Son nom latin et les chiffres de ses différentes lettres donneraient N (50) + e (6) + r (500) + o (60) + n (50) = 666 !

25. L’Agneau et les rachetés (Ap 14)

  • Pour les croyants, la terreur se transforme en triomphe, les soucis en chants de louange, les larmes en diamants, les blessures en couronnes (14.1-3).
  • Les « vierges » (14.4) sont ceux qui n’ont pas commis l’adultère spirituel, qui n’ont pas eu de relations avec les idoles (Ex 34.15 ; Dt 31.16 ; Os 9.
  • « Un ange avait un Evangile éternel pour l’annoncer aux habitants de la terre » au milieu du jugement (14.6-7). Aussi longtemps que nous avons
    l’Evangile, la Bonne Nouvelle du salut gratuit en Jésus-Christ, nous avons de l’espoir, nous sommes réconfortés. Le jugement prononcé contre Rome
    (14.8) l’est dans des termes analogues à celui contre Babylone (Es 21.9 ; Jr 51.8).
  • Le Christ ressuscité assemble les siens dans la gloire (14.12-13). L’ange vengeur réunit les impies pour leur condamnation. Les martyrs « vaincus » se retrouvent finalement vainqueurs, alors que les ennemis « vainqueurs » se retrouvent vaincus (14.9-11)
  • La « moisson » et la « vendange » « de la colère de Dieu » et de ses jugements (14.14-20) auraient pu s’arrêter ici, mais il reste bien davantage à rapporter :

26. La 5ème vision (Ap 15 – 16)

les tourments des derniers temps et le dernier combat entre le Christ et l’Antichrist, combat qui débouche sur l’éternité.

27. « Les sept coupes de la colère de Dieu » (Ap 16)

  • « Les sept coupes de la colère de Dieu » et de ses terreurs sont déversées sur la terre entière. En cela elles se distinguent nettement des indications du chapitre 8 où il est dit que les terreurs sont limitées par les sons des trompettes. Maintenant tout « s’écroule » sous les coups des catastrophes naturelles lancés par « la colère de Dieu » (16.1) en vagues
    successives contre ceux qui se sont moqués de lui et l’ont rejeté. « C’est fait ! » lança une voix forte lorsque « la coupe du vin de l’ardente colère de Dieu » fut déversée (16.17+19). Avec la régularité d’un métronome, les catastrophes naturelles se répètent depuis la chute dans le péché. Ce ne sont que des préludes de la fin. Elles deviennent de plus en plus fortes au fur et à mesure qu’on s’approche de la fin (Mt 24.6-8).
  • Les hommes continuent à s’opposer à Dieu, à « blasphémer le nom de Dieu » et à « ne pas se repentir » (16.9+11+21). Ils montrent par là que ni la bonté de Dieu ni sa sévérité (Rm 11.22) les amène à se tourner vers lui avec repentance et foi. Quand tout va bien, ils ignorent Dieu et considèrent ses bénédictions comme normales ; et quand cela va
    mal, ils le blasphèment.
  • « Le prétendu prophète » (littéralement : « pseudo prophète », 16.13) est mis au même plan que « la bête » (13.13ss ; 16.13-16 ; 19.20 ; 20.10). Ils symbolisent l’ensemble des prêtres païens, des fonctionnaires d’Etat, des magiciens et des sorciers qui se sont alliés à la bête de la mer pour écraser l’Eglise.
  • « Harmaguédon » (16.16) (littéralement, « montagne de Meguiddo » entre Jaffa et Tibériade de Galilée) est le nom donné à la dernière grande
    bataille entre Dieu et les ennemis de ce monde. « Harmaguédon » est un nom fortement ancré dans la mémoire des Juifs (Jg 5.19-21 ; 2R 9.27 ;
    23.29ss ; Za 12.11), un nom qui indique qu’il y aura une bataille décisive.

28. La 6ème vision (Ap 17 – 20)

  • Les figures principales sont « la femme » et « la bête ». La « femme ivre du sang des saints, du sang des témoins de Jésus » (17.6) la femme repue du carnage des chrétiens, c’est Rome, la ville aux « sept montagnes » (17.9). « La bête », c’est l’empire romain rempli de cultes idolâtres, un empire qui a trouvé ses semblables et en trouvera jusqu’à la fin du monde.
  • Les versets 10 et 11 contiennent une des devinettes de l’Apocalypse. Si on essaye de démêler le mystère de la bête au chapitre 13, on pourrait dire que « les sept têtes de la bête » sont des empereurs romains. « La bête blessée » puis « guérie » (13.3) serait alors une allusion au mythe répandu dans l’empire du Néron « ressuscité » (voir sous 24.e).
    « La bête » qui « existait, qui n’existe plus et qui est le huitième » (17.8 et 11) serait l’empereur Domitien, un véritable satan, un pire que Néron.
    « Les dix cornes » sont dix rois qui commencent par servir la bête pour, finalement, la détruire (17.15-17). Ce faisant ils accomplissent le plan de Dieu sans le savoir ni le vouloir. On voit ainsi même des gens qui s’opposent à Dieu aider à atteindre ses buts et à se détruire finalement eux-mêmes.

29. Babylone sera jetée à bas (Ap 18)

  • Nous sommes, là, en présence d’un « chant du jugement » contre le royaume renversé, un chant de jugement comme il y en a chez les prophètes, par ex. en Es 13.19-22 ; Jr 51.37 (Babylone) ; So 2.13-
    15 (Ninive) ; Es 34.11-15 (Edom).
  • L’effondrement de la plus grande ville de l’Antiquité illustre le destin d’une civilisation qui vit en tension continuelle avec Dieu (18.21-24 ; cf. Es 60.12). « La démesure de son luxe » (18.3) et sa « fierté » outrancière (18.7), « ces richesses et ces splendeurs » (18.14), mais aussi son « immoralité », y compris la « prostitution » (18.3+9), n’ont peut-être jamais été plus grands ailleurs. Des rois (18.9-10), des marchands (18.11-16) et des capitaines de navires (18.17-19) pleurent et se lamentent à cause de la perte de leurs profits.
  • « Sortez du milieu d’elle, mon peuple, afin de ne pas vous associer à ses péchés […] » (18.4). Au milieu de l’agitation fébrile du monde, nous devons être un peuple à part de saints (Jr 51.45 ; 2 Co 6.14ss).

30. Louange et noces de l’Agneau, victoire sur la bête et le prétendu prophète (Ap 19)

  • Des chaleureux « alléluias ! » retentissent au ciel (19.1-6). « Alléluia ! » signifie : « Dieu soit loué ! ».
  • L’époux (« l’Agneau », Christ) appelle son épouse (l’Eglise) – (19.7-10). Jésus et les siens sont liés par l’amour ; entre eux existe une profonde communion, joie et fidélité (Os 2.19ss ; Ez 16 ; 2 Co 11.2).
  • Jésus-Christ est à considérer comme le vainqueur absolu qui chevauche un cheval blanc (19.11-16). Son nom est « Fidèle et Véritable » (19.11), « Roi des rois et Seigneur des seigneurs », le véritable Seigneur de l’univers (19.16), « Parole de Dieu » (19.13).
    La Parole divine est plus qu’un témoignage ou qu’un rapport sur le compte du Christ : elle est réellement la proclamation et la révélation (apocalypse !) de sa grâce et de ses jugements (19.13+15)
  • La terrible image des oiseaux s’acharnant sur les cadavres (19.17-18) est prise du prophète Ezéchiel (Ez 39.17-20) et souligne la défaite et la destruction totales et définitives.

31. (Ap 20)

  • « 1000 ans » (20.2+4+7) est l’expression d’un très grand nombre d’années ou d’une période très longue (voir Jb 9.3 ; Ps 50.10). Ici cela représente le temps de l’Eglise du Nouveau Testament (de la première Pentecôte au Jugement Dernier).
    On fait violence au texte si on interprète subitement à cet endroit le symbole numérique littéralement et si on va jusqu’à en extirper un « règne de 1000 ans de Christ sur terre ».
  • « Satan sera relâché » (20.3+7) indique qu’il y aura une période de lourdes épreuves pour les croyants. Mais à travers ces terribles tensions et oppressions, la foi sortira purifiée et affermie.
  • « Gog et Magog » (20.8) désignent les forces hostiles qui s’élèvent contre Dieu (Ez 38 et 39).
  • Le Jugement Dernier inversera définitivement les verdicts de ce monde. Le monde a rejeté les chrétiens : maintenant ils voient que leurs noms sont inscrits dans « le livre de vie » (20.12).
    « La première résurrection » (20.5), c’est la régénération, la « nouvelle naissance d’eau et d’Esprit » (Jn 3.1-5).
    « La seconde mort » (20.14 ; 21.8) correspond au dernier verdict de Dieu, verdict sans appel, à l’encontre de ceux qui ont méprisé les efforts qu’il a déployés dans sa grâce pour les sauver de la « première mort », celle de l’incrédulité, la mort spirituelle dans cette vie (Ep 2.1 ; 5.14).
  • Le mystère du Jugement de Dieu sur la mort et l’enfer dépasse les limites de ce que nous pouvons comprendre : « la mort […] est jetée dans […] la seconde mort ! » (20.14) Ne demeure que la majesté glorieuse de la vie en Dieu (1 Co 15.23-28)

32. La 7ème vision :un nouveau ciel et une nouvelle terre ; la nouvelle Jérusalem (Ap 21).

  • « Un nouveau ciel et une nouvelle terre » (21.1) : Dieu établit un nouveau monde, un nouvel ordonnancement des choses. Le paradis initialement prévu a été rétabli. « Voici que je fais toutes choses nouvelles » (20.15) : « un nom nouveau » (2.17 ; 3.12), « un cantique nouveau » (5.9 ; 14.3), « une nouvelle terre » (21.1), « la nouvelle Jérusalem » (21.2). C’était là déjà une promesse importante dans
    l’Ancien Testament (Es 65.17 ; 66.22 ; 60.11-22).
  • « La nouvelle Jérusalem » (21.2-4 ; 21.9-27) est d’une beauté indescriptible. Sa magnificence est exprimée à l’aide de pierres précieuses, à l’époque extrêmement chères. Chaque porte est une perle,
    symbole du Christ, « le Chemin, la Vérité et la Vie » (Jn 14.6), la perle étant la seule pierre précieuse qui soit finie et prête et qui n’ait pas besoin d’être taillée. L’éclat de la perle, le brillant de l’or, les lumières scintillantes des pierres précieuses et la clarté cristalline expriment la gloire et la magnificence de « la nouvelle Jérusalem ». Cependant tout cela est sur-
    passé de loin par la présence de « la gloire de Dieu » et de sa grâce éternelle (21.3-4+7-8+11+23).

33. Dernières paroles d’encouragement (Ap 22)

  • Le Paradis est rétabli. « Le fleuve d’eau de la vie, limpide comme du cristal, sort du trône de Dieu et de l’Agneau, » source et mystère de toute vie (Ap 22.1 ; voir aussi Jn 1.4 ; 7.37).
  • « Heureux celui qui garde les paroles de la prophétie de ce livre ! » (22.7). C’est là l’expression du souci pastoral qui transparait tout au long du livre de l’Apocalypse. Béni est celui qui accepte avec confiance la proclamation de ce livre. L’Apocalypse insiste sur le fait que tous ceux qui falsifient ou rejettent en tout ou en partie son contenu, mettent leur espérance de la vie éternelle en danger (20.18-19).
  • Le verset 11 était le mot d’ordre des martyrs, comme on peut le lire dans leurs lettres. Chacun sera fidèle à sa conviction. Sa vie montre ce qu’est une personne.

34. Que pouvons-nous retirer de ce livre pour notre vie personnelle ?

  • Jean, à qui il a été donné, sur l’île de Patmos, de pouvoir jeter un regard dans les coulisses de l’histoire du monde, est l’un des nôtres. En esprit, nous nous tenons à côté de lui. Ce qu’il dit ne peut être compris que par la foi en Jésus-Christ : alors nous voyons ce qu’il a vu et croyons ce qu’il a cru.
  • Plus l’histoire du monde se rapproche de sa fin, et plus la lutte – aussi vieille que le monde – entre Satan et Dieu s’intensifie.
  • Dieu demeurera vainqueur, et avec lui tous ceux qui croient en l’oeuvre expiatoire de son Fils. C’est maintenant l’heure du « pouvoir des ténèbres » (Lc 22.53), mais l’éternité n’appartient qu’à Dieu.
  • « Oui, je viens bientôt ! » (22.20), voilà vers quoi nous tendons, voilà ce que nous attendons ; c’est ce qui anime notre foi. La foi en notre Seigneur Jésus-Christ mort, ressuscité, régnant et revenant bientôt, voilà le mystère de notre confiance, de notre joie et de notre espérance.

d’après C. W. Berner,
« Journey through the Bible: Apocalypse »

Apocalypse – Révélation

1. Quel est le contenu de « l’Apocalypse de Jean » (Ap) ?

L’Ap contient un message, une « révélation de Jésus-
Christ » (Ap 1.1)

2. Que signifie « Apocalypse » ?

Tous les livres de l’Ancien et du Nouveau Testament ont été « inspirés de Dieu » (2 Tim 3.16) et nous « révèlent » sa volonté et son intervention miséricordieuse pour le salut
de l’humanité. Ce livre tient son nom du premier mot qui y apparaît dans
(apokalupsis), et le texte grec original, signifie en français « révélation » (Ap. 1.1) : Le Seigneur Jésus-Christ « révèle » ou « dé – voile » (apo – kalupsis) le
devenir de son Eglise dans le monde jusqu’à la fin des
temps.

3. Ce livre a-t-il une signification particulière ?

Avec l’Ap, nous sommes en présence du dernier message que le Christ élevé en gloire adresse à son Eglise. Il nous y demande de vivre dans l’état d’esprit et de la façon décrits
dans ce livre. Il stimule notre effort pour atteindre le but ultime qui puisse exister pour nous.

4. Quel est le message central de ce livre ?

Remarquez Ap 1.7 : « Le voici qui vient avec les nuées. Tout œil le verra. » Jésus-Christ va revenir, revêtu du manteau royal du Royaume de Dieu et du gouvernement de
toutes choses. A l’heure de son triomphe il justifiera les siens et les introduira dans sa nouvelle création. Il mettra fin au mal et fera exclusivement régner le droit et la justice.

5. Pourquoi doit-on étudier « l’Apocalypse de Jean » ?

Dieu nous adresse sept béatitudes dans l’Ap. Deux d’entre elles sont pratiquement identiques :
« Heureux celui qui garde les paroles de la prophétie de ce
livre ! » (22.7) et
« Heureux celui qui lit et ceux qui écoutent les paroles de la prophétie et gardent ce qui s’y trouve écrit ! »(1.3)
Voici les cinq autres :
« Heureux les morts qui meurent dans le Seigneur, et ce dès maintenant ! Oui, dit l’Esprit, ainsi ils se reposent de leurs travaux, mais leurs œuvres les suivent. » (14.13)
« Heureux celui qui reste vigilant et qui garde ses vêtements, afin de ne pas marcher nu et de ne pas laisser voir sa honte ! » (16.15)
« Heureux ceux qui sont invités au festin des noces de l’Agneau ! » (19.9)
« Heureux et saints ceux qui ont part à la première résurrection ! La seconde mort n’a pas de pouvoir sur eux, mais ils seront prêtres de Dieu et de Christ et ils régneront avec lui pendant 1000 ans. » (20.6)
« Heureux ceux qui lavent leur robe : ils auront droit à l’arbre de vie et pourront entrer par les portes dans la ville ! » (22.14)

6. Quel est le but de cette étude ?

Notre attention, nos désirs et notre espérance sont dirigés vers un événement d’importance exceptionnelle : le retour du Christ. L’Ap poursuit une préoccupation pastorale : elle veut maintenir vivante en nous l’attente de l’accomplissement de la promesse trois fois répétée du Christ : « Voici, je viens bientôt ! » (2.5 ; 3.11 ; 22.20)
Les chants du temps de l’Avent – ou ceux de la fin des temps – se prêtent très bien pour accompagner cette étude.

7. Comment le Christ nous est-il présenté dans « l’Apocalypse » ?

Ailleurs dans le Nouveau Testament, nous ne trouvons pas de parallèles pour la façon particulière avec laquelle la grandeur et la majesté divines sont ici attribuées au
Seigneur Jésus. C’est comme si ce dernier livre de la Bible écartait le rideau pour nous faire voir le Seigneur dans sa gloire céleste après son ascension. Son visage resplendit comme le soleil, ses cheveux sont blancs comme neige, ses pieds ressemblent à du bronze incandescent, « sa voix ressemblait au bruit de grandes eaux » (Ap 1.14-16).
Il est

  • « l’Alpha et l’Oméga » , le début et la fin de l’alphabet grec, autrement dit, il est le contenu de toute la révélation divine (1.8) ;
  • « le premier et le dernier » (2.8), l’éternel ;
  • « celui qui est, qui était et qui vient » (1.8), l’éternel ;
  • « le premier-né d’entre les morts » (1.5) ;
  • « le rejeton de la racine de David et son descendant »
    (22.16) ;
  • « l’étoile brillante du matin » (22.16) ;
  • « le lion de la tribu de Juda » (5.5).

Notre Seigneur se trouve ici révélé dans sa majesté d’une
manière qui dépasse toute compréhension humaine.

8. Qu’est-il dit des chrétiens dans « l’Apocalypse » ?

Dans l’Ap, Dieu donne des noms honorifiques étonnants
aux croyants.

  • Ils sont « un royaume, des prêtres pour Dieu » (Ap 1.6)
  • Ils sont destinés à la vie éternelle dans la gloire sans pareille du monde nouveau (3.12).
  • Ils recevront à « manger du fruit de l’arbre de vie, qui est dans le paradis de Dieu » (2.7).
  • Ils recevront « la couronne de vie » (2.10).
  • Ils seront « habillés de vêtements blancs » (3.5), immaculés ; tout péché sera absent.
  • Ils seront des « piliers dans le temple de Dieu » (3.12).
  • Ils s’assiéront avec Jésus sur son trône pour régner avec lui (3.21)

L’Ap cite encore bien d’autres honneurs et titres de gloire
de ceux qui sont trouvés « inscrits dans le livre de vie »
(20.12-16)

9. L’Eglise avait-elle besoin de ce livre ?

Sans aucun doute. L’Empire romain avait d’abord protégé les chrétiens (voir Ac 22.24-29). Ensuite il s’en est pris à eux et les a persécutés. Deux puissances s’affrontaient, une spirituelle (l’Eglise de Jésus-Christ) et une politique (l’Empire romain), elle-même manipulée par une puissance démoniaque : Satan. En apparence, l’Empire était le plus
puissant. Mais l’apôtre Jean a eu la vision (Ap 1.2+9-12) de l’affrontement décisif du Christ et de l’Antéchrist et de la victoire définitive du premier sur le second. C’est là d’un
grand réconfort au milieu des épreuves de l’Eglise et des croyants.

10. Existe-t-il une « clé » pour comprendre ce livre ?

On peut attribuer pratiquement toutes les images ou symboles et pratiquement chaque verset soit à Christ soit à l’Antéchrist. Si nous tenons compte de cela, nous serons
en mesure de faire la part des choses dans le développement de ce livre parfois difficile à comprendre. Cette « clé » ouvre toutes les portes, même si certains passages demeurent des mystères. Les chrétiens souffrants et persécutés triompheront, en fin de compte, avec Christ. Tous les plans diaboliques de Satan vont finalement échouer malgré quelques réussites passagères.

11. Pourquoi cet avenir nous est-il « révélé », « dévoilé » ?

Dans ce qu’on appelle parfois « la petite révélation », « la petite apocalypse » (Mt 24.3-51), donc avant sa résurrection et son ascension, Jésus avait prédit aux siens ce qui
les attendait. Ici il donne une description plus précise et plus détaillée des événements à venir. C’est de l’histoire du futur. Elle n’est pas faite pour choquer les croyants, mais
pour les prévenir et les préparer, pour les avertir à temps et les armer, pour que nous ne soyons pas envahis par le pessimisme et le défaitisme.

12. Que signifient ces nombreux symboles ?

Un symbole est un signe caractéristique. Il exprime quelque chose qui dépasse les sens. Les chrétiens ressemblaient à un îlot au milieu de l’océan païen. Même s’ils l’avaient voulu, ils n’auraient pas pu construire au vu et au su de tous des églises pour rendre un culte au Seigneur, ou pour organiser des fêtes publiques en son honneur. Ils ont
donc recouru à des symboles et à des images poétiques, artistiques pour exprimer la grandeur et la majesté de Dieu et de son Fils.

Sur « l’écran littéraire » de l’Ap, Jésus est décrit parfois comme marchant au milieu des siens, parfois comme étant assis sur son trône céleste, parfois encore comme chevauchant vers la victoire. Mais cette peinture faite de symboles nous montre aussi la
haine féroce, les menaces terribles et le destin fixé d’avance (la défaite définitive et éternelle) du paganisme et de l’Antéchrist.

13. Quels symboles y trouvons-nous ?

La variété riche et dramatique des symboles a trait au

  • Monde animal :
    • a. des chevaux (blanc, rouge, noir, verdâtre) (6.1-8),
    • b. un agneau (5.6-13 ; 6.1+16 ; 7.9-17 ; 12.11 ; 13.8-11 ; 14.1-10 ; 15.3 ; 17.4 ; 19.7-9 ; 21.9-14+22-27 ; 22.1-3),
    • c. un veau (4.7),
    • d. un lion (4.7 ; 5.5 ; 9.8+17 ; 10.3 ; 13.2),
    • e. un ours (13.2),
    • f. un léopard (13.2),
    • g. des sauterelles (9.3-7),
    • h. un scorpion (9.3-10),
    • i. une grenouille (16.13),
    • j. un aigle (4.7 ; 8.13 ; 12.14),
  • Monde végétal :
    • a. arbres (2.7 ; 22.14+19 ; 7.1-3 ; 8.7),
    • b. herbe (8.7 ; 9.4),
    • c. moisson (14.16),
    • d. vendange (14.19) ;
  • Monde minéral (une douzaine de pierres précieuses, dont) :
    • a. perle (17.4 : 18.12+16 ; 21.21),
    • b. chalcédoine (21.19),
    • c. saphir (21.19),
    • d. jaspe (21.19)
    • e. émeraude (4.3 ; 21.19)
    • f. sardonyx (21.20),
    • g. sardoine (21.20),
    • h. chrysolithe (21.20)
    • i. béryl (21.20)
    • j. topaze (21.20)
    • k. chrysoprase (21.20)
    • l. hyacinthe (21.20)
    • m. améthyste (21.20)
  • Des scènes célestes :
    • a. la salle du trône de Christ (1.4 ; 7.1-17 ; 22.1-3),
    • b. la ville sainte (11.2 ; 21.2+10 ; 22.19),
    • c. la nouvelle Jérusalem (3.12 ; 21.2)
    • d. les chœurs des anges (5.11 ; 7.11),
    • e. les cantiques des rachetés (7),
    • f. la mariée parée pour l’époux (21.2),
    • g. le repas de noces de l’Agneau (19.7-9) ;
  • des apparitions extrêmement impressionnantes :
    • a. le tonnerre (4.5 ; 8.5 ; 10.3 ; 10.4 ; 11.19 ; 14.2 ; 16.18 ; 19.6),
    • b. l’éclair (4.5 ; 8.5 ; 11.19 ; 16.18),
    • c. la grêle (8.7 ; 11.19 ; 16.21),
    • d. des catastrophes maritimes (18.21),
    • e. des tremblements de terre (6.12 ; 8.5 ; 11.13+9 ; 16.18),
    • f. le feu (9.18 ; 16.8)

14. Pouvons-nous comprendre tous ces symboles ?

Non, mais ce n’est pas important. Des symboles ne sont pas des descriptions exactes. Ils sont là pour donner des impressions. Même si nous ne comprenons pas chaque détail, nous pouvons cependant, sans problème, comprendre l’intention générale, l’information globale. Il en va comme de la peinture et de la musique : nous ne percevons pas chaque trait ou chaque son individuellement ; et cependant nous pouvons l’estimer, la ressentir, la « sentir ».

Ainsi – pour prendre un exemple – la première vision est expliquée globalement, mais non pas dans le détail (Ap. 1.20 ; voir aussi 4.5 ; 5.6 ; 12.9 ; 17.9 ; 12.15). Si on renonce à relier les images non expliquées avec une idée précise, cela ne réduit en rien la valeur de ce livre biblique.

15. Y a-t-il certains dangers à expliquer les symboles ?

L’histoire montre que certains ont parfois essayé de spéculer pour découvrir ce qui se trouvait derrière certains détails mystérieux. Résultat : l’homme lit ses propres représentations ou expériences dans les symboles de l’Ap et s’égare ainsi dans des interprétations dangereuses. Ce livre est devenu, malheureusement, le terrain de prédilection de toutes sortes d’illuminés qui ont relié les symboles avec leur imagination parfois maladive.

16. Comment peut-on se prémunir contre ces errements ?

En veillant à ne pas expliquer la Bible à partir des symboles, mais les symboles à partir de passages bibliques dont le sens est clair. Pour bien comprendre l’Ap, il faut bien
connaître la Bible. Celui qui connaît mal la Bible deviendra la victime d’affirmations de sectes et construit plus sur des affirmations invérifiables que sur Jésus-Christ.
Il est déjà important, en général, de lire la Bible en demandant au Saint-Esprit, à « l’Esprit de la vérité », de nous « conduire dans toute la vérité » (Jn 16.13). Cela est tout particulièrement vrai pour l’étude de ce livre biblique.

17. Que faut-il penser des chiffres et des nombres dans « l’Apocalypse » ?

Les chiffres et les nombres sont des moyens pour se faire comprendre. Aujourd’hui il arrive encore d’utiliser les lettres de l’alphabet latin pour désigner des chiffres et des nombres. I = 1, V = 5, L = 50, C = 100, D = 500, M = 1000, etc.

Le procédé de l’Apocalypse est un peu pareil.

  • « 7 » représente la perfection (54 fois dans l’Ap).
  • « 12 » (ou un multiple de 12) arrive en deuxième position (23 fois) et se réfère toujours à l’Eglise.
  • « 10 » (ou un de ses multiples) désigne la grandeur, l’immensité.
  • « 1000 » désigne une durée qui s’étend sur beaucoup de générations, au point de ne pas être connu.

Les chiffres suivants apparaissent dans Ap (les références
ne sont pas toutes indiquées) :

  • 2 (1.16 ; 9.12 ; 11.3-4+10 ; 12.14 ; 13.11) ;
  • 3 (6.6 ; 8.13 ; 9.18 ; 16.13+19 ; 21.13) ;
  • 3.5 (11.9-11)
  • 4 (4.6 ; 7.1 ; 9.13-14 ; 20.8) ;
  • 5 (9.5 ; 17.10);
  • 6 (4.8) ;
  • 7 (30 fois, dont 1.4+12+16+20 ; 3.1 ; 5.1+6 ; 8.2 ; 10.3 ; 12.3 ; 15.1+7 ; 17.9) ;
  • 10 (2.10 ; 12.3 ; 13.1 ; 17.12) ;
  • 12 (7.5-8 ; 12.1 ; 21.12-21 ; 22.2)
  • 24 (4.4+10 ; 5.8 ; 11.16 ; 19.4) ;
  • 42 (11.2 ; 13.5) ;
  • 144 (21.17)
  • 666 (13.8) ;
  • 1 000 (20.2-7) ;
  • 1 260 (11.3 ; 12.6) ;
  • 1 600 (14.20) ;
  • 7 000 (11.13) ;
  • 12 000 (7.5-8 ; 21.16) ;
  • 144 000 (7.4 ; 14.1-3) ;
  • 100 000 000 (5.11) ;
  • 200 000 000 (9.16),
  • 1 000 000 000 ;
  • 1 000 000 000 000 (5.11).

Ces chiffres et ces nombres représentent des concepts spécifiques ou des représentations particulières : nous ne pouvons donc y voir dans tous les cas des indications exactes de temps, de lieu ou de compositions exactes de certains groupes.

18. Quel est le Plan de «l’Apocalypse de Jean» ?

L’Ap contient sept « visions », chacune se décomposant en sept parties.

  • 1) les « lettres aux sept Eglises » (1 – 3)
  • 2) les « sept sceaux » (4 – 7)
  • 3) les « sept trompettes » (8 – 11)
  • 4) les « sept êtres vivants » (12 – 14)
    • a) la femme enceinte
    • b) le dragon rouge
    • c) le Fils de l’homme
    • d) Michel
    • e) la bête de la mer
    • f) l’ange avec l’Evangile éternel
  • 5) les « sept coupes d’or » de la colère de Dieu (15 – 16)
  • 6) les « sept jugements » (17 – 20) contre
    • a) l’idolâtrie de la grande prostituée(17)
    • b) les puissances économiques de Rome (18)
    • c) les puissances politiques corrompues (19.11-19)
    • d) la bête et les faux prophètes (19.20 -* 20.6)
    • e) les nations (20.7-9)
    • f) Satan (20.10)
    • g) la mort et l’enfer (20.13-15)
  • 7) les « sept choses nouvelles » (21 – 22)

19. La 1ère vision (Ap 1 – 3)

On y assiste à l’évaluation des « sept églises » d’Asie Mineure. Le Seigneur loue ce qui s’y trouve de bien, mais il signale et condamne aussi ce qu’il y a de mauvais et indique comment y mettre fin. Ephèse connaît une vie chrétienne active, mais l’amour chrétien décline. Smyrne et Philadelphie sont persécutées par des Juifs hostiles. A Pergame et à Thyatire, les problèmes sont provoqués par les Nicolaïtes qui prônent une attitude laxiste et faite de compromis. Sardes s’est endormie, Laodicée est imbue d’elle-même.

Nous découvrons : le véritable danger pour l’Eglise, ce n’est pas l’impiété du monde, mais ses propres faiblesses.

20. La 2ème vision (Ap 4 – 7)

Elle révèle la véritable Majesté et l’adoration que lui apporte l’armée des cieux : « l’Agneau » qui a « racheté par son sang des hommes de toute nation » « est seul digne »
d’ouvrir le livre fermé de sept sceaux (5.9).

« Les quatre êtres vivants » autour du trône (4.6-8) représentent des agents de la Providence divine, sans doute des anges (Ez 1.5-10 ; 10.20 ; Es 6.2ss).
L’ouverture des « sept sceaux » par l’Agneau de Dieu déclenche :

  • le premier : la conquête par la Parole ;
  • le second : la guerre ;
  • le troisième : la famine ;
  • le quatrième : la mort ;
  • le cinquième : le cri des martyrs dans le ciel ;
  • le sixième : la terrible colère de l’Agneau de Dieu ;
  • le septième : le grand calme dans les cieux où les prières du peuple de Dieu se mêlent à l’action du Tout-Puissant.

Nous apprenons : Tous ceux qui portent le sceau de Dieu sont protégés par lui, protégés de l’implacable colère (7.3-8). Les croyants ressemblent à une montre qui continue aussi à fonctionner au milieu du plus virulent des orages. Voyez à ce sujet les passages parallèles suivants : Ps 46 ; 2 Tm 1.12 ; 2 Tm 2.19 ; Jn 10.28.

d’après C. W. Berner « Journey through the Bible : Apocalypse»

Quand et comment Saul de Tarse a-t-il été converti à Jésus-Christ

Lire préalablement Ac 9.1-22.

Fin janvier – le 25, pour être précis –
l’Eglise a coutume de commémorer l’in-
tervention divine pour convertir Saul de
Tarse, futur apôtre Paul. Les idées répan-
dues à ce sujet sont-elle bien claires et,
surtout, correspondent-elles toujours à
ce qu’en dit l’Ecriture Sainte ?

1

On a parfois l’impression que bien des
gens considèrent que la conversion de
Saul, c’est ce qui s’est passé sur le che-
min de Damas. Non. A ce moment, il ne
savait même pas ce qui lui arrivait et qui
était celui qui s’adressait à lui (Ac 9.5).
A ce moment il a été désarçonné – au
sens propre comme au sens figuré – par
Jésus pour pouvoir être amené au
contact de l’Evangile.
Chez Saul aussi la conversion à Jésus-
Christ a été produite par l’Evangile et
non pas par le miracle sur la route de
Damas. Aucun miracle ne convertit
(Lc16.31).
Il a fallu qu’Ananias l’instruise et – un
peu comme Aquilas et Priscille l’ont fait
avec le spécialiste de l’AT qu’était
Apollos (Ac 18.24-26) – il a fallu
qu’Ananias « démontre » à Paul « par les
Ecritures [de l’Ancien Testament qu’il
connaissait bien en tant que rabbin] que
Jésus est le Christ » (Ac 18.28), « que
Jésus est le Fils de Dieu » (Ac 9.20).
Le lent et profond travail de préparation
à la conversion avait commencé bien
avant déjà, avec l’étude de l’Ancien
Testament dont Paul connaissait les tex-
tes par coeur, entre autre ceux des pro-
phéties messianiques, mais il ne les com-
prenait pas encore correctement. C’est
l’Evangile annoncé par Ananias à Saul de
Tarse qui a produit cette conversion et
adhésion à Jésus de Nazareth comme
étant le Sauveur promis.
A lire certains auteurs, on a l’impression
que la conversion était une opération
irrésistible de Dieu sans qu’il n’utilise
l’Evangile comme moyen de grâce,
comme si c’était une intervention directe

et immédiate de Dieu sans utilisation de
l’Evangile. C’est là la position de ceux
que les « Confessions Luthériennes »
appellent les « enthousiastes », entre
autre de Zwingli. L’Ecriture enseigne tout
le contraire.
Que ce soit Jésus lui-même ou ses apô-
tres, tous indiquent que la conversion
est produite par le témoignage des
croyants (Jn 17.20), « par l’Evangile »
(1 Co 4.15), « par la parole vivante et
permanente de Dieu » (1P1.23)
Il est trompeur d’affirmer que Dieu a
le pouvoir de terrasser et de convertir
n’importe qui. Il en a sans doute le
pouvoir, mais il a choisi d’y renoncer.
Il ne veut pas imposer sa grâce et son
salut. La seule « puissance » qu’il utili-
se pour cela, c’est « l’Evangile » (Rm
1.16 ; 10.14), et on peut s’opposer et
résister à cette action sanctifiante et
régénératrice de Dieu, même à l’épo-
que où Jésus lui-même l’annonçait
(Mt 23.37).

2

Ce qui est arrivé à Saul de Tarse doit
nous inciter à prier pour que les
incroyants, particulièrement ceux qui
nous sont proches, soient convertis
comme Saul l’a été. Mais là aussi, ne
devenons ni théoriques ni abstraits.
Là aussi, ne faisons pas de la prière un
moyen de grâce, un moyen qui à lui seul
pourrait amener la conversion de quel-
qu’un. Prier pour la conversion, cela
signifie prier pour que Dieu amène ces
proches au contact de l’Evangile du
Christ (seul moyen de conversion), cela
signifie aussi : prier pour que nous puis-
sions être mis nous-mêmes en situation
de leur apporter l’Evangile (nous, à qui
Dieu a remis cet outil de conversion
entre les mains).
Une prière « décharnée » est-elle sérieu-
se ? Autrement dit : une prière qui se
désengage, une prière qui n’a pas sa
contrepartie dans la vie de témoin, est-
elle honnête ou est-ce un moyen facile
de se donner bonne conscience ?
Bien évidemment, nous avons besoin
d’être exhortés à prier pour la conversion
des incroyants. Mais en même temps, il
faut nous rappeler de mettre notre vie
en harmonie avec une telle prière ; lier la
prière pour la conversion à une attitude
de témoin, de pratiquant du seul instru-
ment de conversion, l’Evangile.
Le récit de la conversion de Paul com-
porte l’exemple d’Ananias, bel exemple
de quelqu’un qui a dû surmonter sa réti-
cence à témoigner de Jésus-Christ dans
un contexte qu’il croyait hostile.
Un grand théologien du 16ème siècle,
Martin Chemnitz, a écrit : « La Confes-
sion d’Augsbourg tance avec force ceux
qui recherchent ou enseignent de recher-
cher la réconciliation avec Dieu et le par-
don des péchés indépendamment du
service de la Parole et des sacrements. »
La prière à elle seule n’est pas un moyen
de grâce.

Lumière dans la nuit

Amis,

J’espère que c’est avec joie, et peut-être aussi soulagement, que vous retrouvez Amitiés
Luthériennes après une année d’éclipse. C’est en tous cas un soulagement pour l’équipe de
L’Heure Luthérienne en France de vous offrir à nouveau ce service, et une joie de voir notre
magazine reparaître.

Il y a longtemps que j’avais choisi pour sa couverture l’image d’un phare dans la nuit : s’il n’est pas dans la tempête, les eaux qui le baignent sont mouvantes, floues. Il en a été ainsi pour nous cette année où nos ressources bénévoles se sont réduites au point d’interrompre la
publication d’Amitiés Luthériennes : une année de navigation à vue, sur une mer formée, sans savoir quand nous mènerions la barque à bon port, mais toujours avec espoir à cause de la foi
en Dieu qui est lumière, en sa Parole qui est une lumière sur notre chemin. Voici donc, au bout
d’un an, la petite lumière de ce magazine fait de témoignages fondés sur la Parole de Dieu.
Une lumière dans la nuit, c’est au coeur de la symbolique de Noël, de la naissance de Jésus qui
est la lumière venue dans les ténèbres à l’étoile qui annonce sa naissance et guide les mages :
inspirée, Louise Fortmann nous a confié l’histoire d’un Noël qui ne finit qu’avec le mois de
Janvier !

De navigation, il en est aussi question avec le « GPS » infaillible qu’Edgar Ludwig préconise en
ce début d’année où nous sommes plus volontiers tournés vers l’avenir.
Une année 2008 sans Amitiés Luthériennes, c’est l’occasion maintenant d’une rétrospective sur
ce qui a pu se passer par ailleurs pour l’Eglise cette année-là !
Et puis, malgré ou à cause de l’absence de parution de votre magazine, ainsi qu’en réaction à
nos émissions qui elles, ont continué, vous nous avez écrit. Vous retrouverez notamment des
réactions aux articles sur « la pudeur » publiés dans le dernier numéro.
Une année, une année d’émissions Lumière sur le Chemin, des témoins de la foi qui sont aussi
des lumières dans la nuit… nous avons sélectionné cette année des témoins d’un genre
particulier, dont les péripéties ont également fait l’objet de méditations dans le recueil Notre
Culte Quotidien, disponible aux Editions Le Luthérien.

Grâce à une réorganisation du travail bénévole, votre magazine devrait paraître à nouveau plus
souvent, à nouveau sous la direction du pasteur Haessig. N’hésitez pas à participer à la relance
avec vos questions, mais aussi pourquoi pas en proposant votre contribution ou en illustrant les
articles envoyés !

Bonne année, bonne lecture, et à bientôt !

Philippe Volff, pasteur
rédacteur par intérim