N°1463

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Jésus et les riches

N°1462

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L’amour

N°1461

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La tolérance

Les dernières 20 années de l’HL

Les dernières 20 années de « L’Heure Luthérienne »

Fallait-il donner comme titre : « les 20 ans de L’HL » ou : « les dernières 20 années … » ? Son histoire commence-t-elle en 1948 (avec le Pasteur Frédéric Kreiss, suivi des Pasteurs Gallicher, puis Splingart), ou en 1993 ?

Étaient hérités des années précédentes et du précédent directeur, le Pasteur Splingart :

 le soutien financier de « L’Heure Luthérienne » américaine,

 la présence sur RTL (un quart d’heure chaque semaine) et sur Europe 1 (campagnes de spots) ainsi que sur toute une série de radios privées en France, en Amérique, en Afrique et même en Asie,

 un cours biblique par correspondance (Évangile selon Marc) en grande partie déjà existant.

Il a fallu tout reconstruire en 1993, au départ à la retraite du Pasteur Splingart.

On a dû tout changer : l’association, le comité, le directeur, les secrétaires, les locaux, même la région, sans compter l’imprimeur. Ce fut un nouveau départ.

Rester en région parisienne revenait trop cher. Comme souvent, « Dieu a pourvu » (Gn 22.8+14) : des locaux se trouvèrent disponibles dans la toute nouvelle maison de retraite que l’AELB ouvrait à La Petite Pierre (Bas-Rhin) si L’HL finançait elle-même leur mise en état et le mobilier, ce qui a pu être fait grâce à d’importants dons venus des États-Unis.

Grâce à une équipe dynamique autour du nouveau directeur, le Pasteur Haessig, une nouvelle association fut créée avec comme président Michel Kuhm.

Jusqu’en 1999, L’Heure Luthérienne a pu déployer son activité. Non seulement l’édition du cours biblique sur Marc fut terminée, mais on y a ajouté deux autres cours bibliques, dont un sur CD.

Des expositions furent organisées en Alsace, en région parisienne et dans les Deux-Sèvres (sur Bible et Histoire, sur Martin Luther et sur Dürer), des concerts aussi (par exemple, percussion et orgue commentant la projection de tableaux de Chagall).

Trois dessins animés pour Noël ont été produits, d’abord sur cassettes puis sur CD-Rom.

Une quarantaine de brochures ont été éditées sur des problèmes de société ou des questions de foi.

Puis vint le cataclysme. En 1999, L’Heure Luthérienne américaine s’est retirée (comme elle avait commencé à le faire dans d’autres pays, mouvement qui a continué en Afrique, en Asie et en Amérique Latine) et on a dû se restructurer.

Le personnel n’a plus pu être payé (directeur et secrétaire mis au chômage), les paroisses des pasteurs qui écrivaient des émissions ne pouvaient plus recevoir de dédommagement financier. On ne pouvait plus non plus payer des studios d’enregistrement professionnels pour nos émissions.

L’équipe sortante a tout fait pour mettre sur pied des équipes de bénévoles pour continuer le travail de mission par les médias.

Grâce à un don conséquent de l’A.L.E.E.T., L’HL a pu acquérir un studio d’enregistrement à elle et former des bénévoles (autour du Pasteur Volff) pour faire ce travail. Une seconde équipe (autour du Pasteur Ludwig) déleste bien souvent la première. Une autre équipe s’occupe de la duplication des programmes radio (d’abord sur cassettes audio, bientôt sur CD) et de leur envoi aux émetteurs.

D’autres bénévoles (à Woerth, Bas-Rhin) s’occupent de l’envoi du magazine.

Le courrier des auditeurs et élèves des cours bibliques et assuré par une paroissienne.

Le magazine lui-même continue à être édité par le Pasteur Haessig, aussi depuis qu’il n’est plus directeur bénévole (2007). Avec ce numéro, il est secondé, pour la mise en page pour la première fois par Valérie Dran.

Un travail important est fait par deux membres de l’associaiton sur le site web de L’Heure Luthérienne (www.mediachrist.com). On peut y retrouver des articles d’Amitiés Luthériennes, mais on peut aussi y écouter les programmes radio.

Chers amis lecteurs, tout cela n’est possible que grâce aux dons que L’Heure Luthérienne reçoit en France et grâce au nouveau comité autour de Joël Klein, président depuis 1999. C’est un vrai miracle que nous ayons trouvé un moyen de continuer à œuvrer après le retrait des Américains. N’oubliez pas L’H.L.

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Photo d’archives : Comité (2007) :
De g. à dr, derrière : Betty Ludwig, Jean Haessig, Philippe Volff ;
devant : Elfriede Braeunig, Rachel Fortmann, Michel Kuhm et Joël Klein

Le choix de Mylène

A trois kilomètres de la bourgade, au-delà d’un petit bois, entourée de prés et de champs, s’étalait la fameuse ferme des Colin.

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De nombreux bâtiments agricoles, basse-cour, potager et verger encerclaient une maison d’habitation aux allures de manoir.
De génération en génération, les Colin jouissaient d’une considération générale car ils pratiquaient le droit et la bonté du cœur.

Y vivaient en ce moment Clément, le père, grand brun s velte aux yeux clairs, sa femme Katia, rondelette et maternelle, leurs enfants Mylène et Benjamin, en plus, Aubin, trapu et musclé, frère cadet de Clément.
Matin et soir, devant la famille réunie, Clément prononçait la prière dont la fin impressionnait la petite Mylène : « … que ton saint ange me garde, pour que Satan n’ait aucun pouvoir sur moi… »
Chaque dimanche, la famille s’engouffrait dans la voiture pour se rendre à l’office dans le bourg voisin.

« Silence, les enfants, » disait le père en entrant dans l’église, « nous allons à la rencontre du Très-Haut et de ses anges. »
Mylène, à sa droite, contemplait son père chanter avec ferveur, prier avec recueillement, visiblement transporté dans un autre monde.
Le pasteur était le grand ami de Clément. Souvent, en hiver, il venait à la ferme avec son épouse. Dans le salon, tandis que les femmes maniaient leurs aiguilles, les hommes discutaient devant la bibliothèque. Mylène, non loin d’eux sur son tabouret, les écoutait toute ouïe, bouche bée …

Les enfants fréquentaient l’école du bourg. Katia les munissait de provisions, remplissait une gamelle : « Tante Mathilde va vous le réchauffer… » Mathilde, l’aînée des Colin, exploitait un bazar au centre ville.
Mylène aimait sa tante et son bazar. Très bientôt, elle se mit à servir les clients elle aussi, copiant la manière polie et affable de sa tante.
Un jour, elle demanda : « Tante Mathilde, pourquoi ne t’es-tu jamais mariée ? »

« Pour me marier, » expliqua la tante, « il m’aurait fallu deux choses : aimer de tout mon cœur et fonder un foyer chrétien. Je ne suis jamais arrivée à joindre les deux… »
Quand Mylène fut en classe terminale du lycée, l’arrière-saison soufflait en tempêtes violentes sur le pays. Avant la tombée de la nuit, Clément avait posé une échelle pour réparer d’urgence une avarie au toit du fenil. L’échelle glissa, Clément tomba.

Aubin accourut, alarma la maisonnée. Tant bien que mal ils le transportèrent sur son lit. Un mince filet de sang filtra de son oreille. Aubin appela le médecin. Il l’examina.
« L’hôpital ? » demanda Aubin. Le médecin secoua la tête : « C’est fatal, » dit-il en partant.
Mylène vit que son père remuait les lèvres. Il demande le pasteur, constata-t-elle.

Du fin fond de la ferme s’était levée une clameur assourdissante : les bêtes réclamaient leur pitance du soir, et cela sonnait comme un cri de révolte, un adieu ultime à leur maître.
« J’y vais, » dit Aubin. « Mylène, attelle la calèche. Fais trotter la jument… »
Jamais Mylène n’oubliera cet exploit où pluie, neige et larmes mouillaient ses joues. Revenue avec le pasteur, ils le laissèrent quelque temps seul avec le mourant. Puis ils revinrent s’agenouiller autour du lit pour prendre ensemble la communion.

A la première lueur de l’aube, Clément avait quitté ce monde.
Dès lors, Aubin fit montre d’une énergie insoupçonnée : « Benjamin, tu retournes au lycée agricole. Mylène, comme prévu, tu continues à préparer ton bac. »

Il bénéficiait de la solidarité des fermiers et des amis alentours. Le lycée agricole lui envoya des stagiaires, parmi eux une certaine Jocelyne qui, bientôt, tomba amoureuse autant de la ferme que de Benjamin.
Ce fut vers le printemps que l’étranger arriva, Mehmet, le jeune Turc, beau comme le jour avec ses yeux de braises et son sourire éblouissant. Il offrit ses services contre le gîte et le couvert, disant vouloir se parfaire dans la langue du pays et suivre des cours par correspondance. Aubin, en pénurie de mains-d’œuvre, l’accepta et, très vite, ne tarit plus d’éloges sur lui : « Il sait tout faire, même réparer les machines ! »

Mylène prépara le baccalauréat. Mehmet le prépara par correspondance. Ils échangèrent des livres, des cours, leurs opinions… Et ce qui devait arriver arriva : ils tombèrent amoureux. Ah ! ce premier amour envahisseur, exclusif, riche en révélations !

Pourtant, peu à peu, des divergences profondes s’infiltrèrent dans leur entente. Cela arrivait surtout quand Mylène soutenait que le christianisme était la religion du pardon et de l’amour inconditionnel. Mehmet, alors, chaque fois, arborait un sourire narquois. Quand elle s’en attristait, vite, il la prenait dans ses bras. Mais la brèche, bientôt devint un fossé.
« Après le bac, je t’emmène en Turquie dans ma famille… » – « Soit. »
Deux jours avant leur départ, il apporta un tissu. Rapidement il en enveloppa la tête de Mylène et lui présenta un miroir. Se découvrant ainsi, elle ressentit un choc. Cette coiffe, c’était comme un étau l’enserrant toute entière, imposant à sa personne une domination étrangère. Vite, elle l’arracha.

« Mehmet, je ne peux… » – « Seulement dans mon pays, dans ma famille, » supplia-t-il. – « Non. »
Il partit seul, revint assombri, fit ses paquets et disparut. Souffrances pour Mylène, souffrances déchirantes de l’amour impossible : « Plus jamais un homme entrera dans son cœur » se promit-elle.
Benjamin et Jocelyne se marièrent à dix-huit ans à la grande satisfaction d’Aubin. Mylène fit ses études d’enseignante et obtint un poste dans les environs. Elle aimait les enfants, elle aimait son métier.
Un soir, elle avait tout juste trente ans, son téléphone sonna. C’était Benjamin.

« Mère a eu une attaque cérébrale. Elle va mal. » – « Je viens. »
Mylène trouva sa mère à moitié paralysée, une Jocelyne portant son troisième enfant. L’air malheureux de son frère ne lui échappa pas.
« Je prends congé de l’Education Nationale. Je viens soigner Maman. »
Un jour, tante Mathilde arriva : « Mylène, voudrais-tu m’aider dans la gestion de mon magasin ?Je suis exténuée. »

En effet, elle avait agrandi son magasin en y adjoignant son logement, le bazar transformé en magasin d’électroménager, le tout surélevé d’un étage tenant lieu d’appartement moderne. Elle avait engagé un électricien, Manuel, et sa femme Georgette.
Dès lors, deux fois par semaine, Mylène se rendit chez sa tante qui l’initia à la gérance de son commerce.
Trois ans après, Katia mourut.

« Que vas-tu faire maintenant ? » demanda sa tante. « Retourner dans l’enseignement ? J’ai une proposition à te faire. Je voudrais revenir à la ferme où je suis née, où je peux encore être utile à Jocelyne. Accepterais-tu que je te lègue mon magasin, le fond de commerce, tout ? »
C’est ainsi que Mylène devint une des notables du bourg. Son charme naturel, sa féminité épanouie, sa petite tête ravissante et surtout son exquise amabilité lui attiraient clients et admirateurs, certains sérieux, d’autres impudents. Mais toujours elle prit ses distances, se réfugiant dans une réserve professionnelle propre à décourager les plus entreprenants.
Cependant, un jour, un homme entra. Par sa stature et ses mouvements il lui rappela singulièrement son père. Mais il était d’un blond fauve, avait de grands yeux bleus, les traits un peu tirés. Lorsqu’il la salua, un sourire juvénile en effaça toute sévérité. Ses doigts étaient nus.

Il revint un autre jour tenant une petite fille de 3ans ? 4 ans ? par la main. « C’est Elodie, ma fille, » présenta-t-il, « elle n’a plus sa maman. Sa maman est au ciel, n’est-ce pas Elodie ? » La petite fixa Mylène de ses grands yeux noisette et acquiesça gravement.
L’homme revint une troisième fois et, lui tenant sa carte, demanda : « Puis-je vous inviter à « l’Agneau » pour y souper un de ces soirs ? » Mylène lut rapidement : Hugues Bondoue, Ingénieur dipl. E.D.F. « Oui, j’y serai après-demain à 19 heures. »

Ils s’installèrent dans le coin préféré de Mylène, échangèrent des civilités, bavardèrent. Au dessert, Hugues posa son couvert et commença : « Je n’ai pas seulement une fille, mais aussi un fils, mon petit Bob. Il a 15 mois. J’ai perdu leur mère à sa naissance. Négligence du personnel ? Je l’ignore. J’ai renoncé à un recours en justice, mais j’ai écrit une lettre de mise en garde au directeur de l’établissement. »

Mylène approuva. « Où sont vos enfants maintenant ? » – « Chez mes parents. Ils se fatiguent beaucoup. A présent vous savez tout. »
Il fit une pause, la regarda droit dans les yeux : « Non, vous ne savez pas tout. Je vous admire, Mylène, je vous aime. » Il la reconduisit chez elle et, devant la porte : « Puis-je espérer vous revoir ? » – « Oui. » Il s’inclina pour le baisemain et partit.

Ils se revirent le dimanche suivant pour une sortie promenade. Mylène dirigeas Hugues vers le bois menant à sa ferme. A l’orée de la futaie, ils s’installèrent sur un banc. Au loin, noyée dans une sérénité bucolique s’étalait la ferme dans toute sa complexité.

Alors le cœur de Mylène s’ouvrit. Elle se mit à raconter son enfance heureuse, l’accident de son père, son amour impossible pour le jeune Turc, ses années d’enseignement, la maladie de sa mère, tant Mathilde… Elle conclut comme lui : « Et maintenant, vous savez tout… » Comme lui, elle fit une pause. Puis, posant ses deux mains dans les siennes, elle reprit : « Non, tu ne sais pas tout. J’ai confiance en toi, Hugues. Je t’aime… »
Il l’invita chez lui où il lui présenta son petit Bob. La conquête fut réciproque. Elle mesura la fatigue des grands-parents. Quand, avant le repas, le père de Hugues se leva pour prononcer le bénédicité, elle fut submergée de bonheur : « O mon Dieu, je suis arrivée au port que tu m’as réservé ! ô tante Mathilde, je peux « joindre les deux » ! »
Ils envisagèrent leur avenir. « Je démissionne de l’E.D.F., » proposa Hugues. « Nous allons tout partager : magasin, ménage, enfants. Quant à notre mariage, c’est toi qui décides, si tu veux tenir ton rang… »
Elle l’interrompit vivement : « Tenir mon rang ! Invitations monstre ! Buffet de pays de Cocagne ! Que dal !! C’est dans les journaux que nous allons faire grand tapage. Tout un chacun, de près et de loin, doit savoir que nous sommes mari et femme. »

Elle emmena Hugues chez son vieux pasteur retraité. Il explosa de joie : « Béni soit le Seigneur qui exauce nos prières ! Bénie sois-tu, Mylène, d’avoir suivi sa voie ! Quelle joie pour moi que de prononcer le message au mariage de la fille de feu mon ami Clément . Mais l’office devra être présidé par le pasteur en titre de la paroisse ! »
En cette fin de matinée où Mylène entra dans l’église au bras d’un Aubin grisonnant, elle dut réprimer une brusque montée de larmes : Clément était là, son père.

Furent présents huit grandes personnes : Mathilde et Aubin, Benjamin et Jocelyne, les parents de Hugues, Manuel et Georgette, huit enfants également : Elodie et Bob, les trois de Benjamin et les trois de Manuel.
Deux incidents méritent d’être retenus. L’un : en pleine cérémonie, Aubin tira un grand mouchoir de sa poche et s’y moucha bruyamment.
L’autre : en se relevant de l’agenouilloir pour regagner leurs chaises, les mariés trouvèrent les enfants groupés à leur droite. Ils entonnèrent une chansonnette parlant de soleil et d’oiseaux. Ce fut si inattendu et si charmant que Mylène se mit à tamponner les yeux et Hugues à cligner des paupières.

Un repas frugal fut pris dans la cour de la ferme où Aubin et Benjamin avaient dressé une table. Bientôt les enfants se levèrent pour gagner balançoire et toboggans du verger, et ce ne furent plus que cris de joie et roulés-boulés dans l’herbe.

A 19 heures, les parents d Hugues se levèrent : « Nous emmenons les enfants. Cette soirée vous appartient à vous seuls. »
L’intégration des enfants dans leur nouveau foyer se fit avec beaucoup d’attentions et d’amour. Les grands-parents vinrent partager les repas dans l’appartement de Mylène pour faire sentir aux enfants une famille agrandie unie.

Puis, le soir : « Elodie avec Bob, voudrais-tu passer la nuit dans la jolie chambre préparée pour vous par papa et maman Mylène ? »
Mylène n’eut jamais d’enfant à elle. Mais sa vie durant, elle fut pour ceux de son mari une conseillère avisée, un guide sûr, une mère tendre. Les deux le lui valurent bien.

Quand Elodie fut mariée et que Bob eut pris le magasin à son compte, Mylène et Hugues se retirèrent dans la vaste demeure de la ferme.
Le fils aîné de Benjamin en était à présent le maître, et l’on aurait dit Clément revenu, tant il ressemblait à son grand-père. C’est lui qui prononçait maintenant, matin et soir, la prière si cher aux Colin :
« Que ton saint ange nous garde pour que Satan n’ait aucun pouvoir sur nous ! »

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A chaque fois entrait alors dans le cœur de Mylène et s’étendait sur toute la ferme la grande Paix de Dieu…

Racisme : surmonter l’idolâtrie

Cet automne, le monde politique a connu un scandale raciste qui fait honte à notre pays. Il a fallu du temps, mais finalement tous les partis ont condamné ces dérapages inexcusables.

D’un autre côté, les médias racontent n’importe quoi en faisant l’amalgame – ou en semant volontairement la confusion en rapportant sans commentaire le rap-prochement que certains font – entre le rejet de la pratique homosexuelle et le racisme. Il faut dire que cet amalgame est nourri par des gens qui ont le front d’affirmer que la Bible les oblige d’être à la fois oppo-sés à la pratique homosexuelle et racistes.

Du coup, les chrétiens qui défendent la position bibli-que à propos des relations intimes entre personnes de même sexe se trouvent traités de racistes, et classés d’emblée politiquement.
Les deux choses n’ont rien à voir. Nous pensons qu’un chrétien qui prend la révélation biblique au sérieux rejette à la fois l’homosexualité et le racisme.

Il nous est arrivé, dans nos derniers numéros, de parler de l’homosexualité. Nous n’y revenons pas, mais nous reproduisons ci-après un article paru il y a 18 ans dans nos pages sur le racisme.
(L’Heure Luthérienne, novembre 2013)

Le racisme est une croyance fondée sur l’hypothèse que des différences biologiques inhérentes (ou, dans certains cas, des différences ethniques et culturelles) parmi des groupes hu-mains variés déterminent non seulement le carac-tère social ou humain, mais aussi la valeur des membres de la famille humaine.
Ceux qui adhèrent à ces affirmations se compor-tent, habituellement, comme si leur race était su-périeure et leur donnait donc le droit de dominer les autres.
Dès lors, nous n’hésitons pas à qualifier le racis-me et ses présupposés comme fondamentale-ment incompatibles avec ce que la Bible ensei-gne concernant les êtres humains et leur rela-tion avec Dieu.
Cependant, la question à laquelle nous devons répondre est la suivante :

Quels sont les principes bibliques qui nous autorisent à condamner le racisme ?

Pour traiter les questions théologiques soulevées par le racisme, nous allons nous tourner vers la Bible. C’est à la lumière de la Bible que nous trouverons comment confesser le Dieu qui nous a créés, rachetés et sanctifiés.

Dieu est le Créateur de tous les humains.

Se tenant au milieu de l’aréopage à Athènes, l’apôtre Paul dit : « Le Dieu qui a fait le monde et tout ce qui s’y trouve est le Seigneur du ciel et de la terre. » Puis il ajoute : « Il a fait en sorte que tous les peuples, issus d’un seul homme, habitent sur toute la surface de la terre. » (Ac 17.24+26)
L’apôtre proclame ici que Dieu a créé, à partir d’un seul homme, tous les membres de la famil-le humaine, qu’il leur a alloué leur place dans l’histoire humaine et désire qu’ils Le cherchent (Ac 17.27).

Contre toutes les affirmations relatives à une quelconque supériorité ethnique ou raciale, l’apôtre affirme sans ambiguïté l’unité de l’humanité. Sans exception, toute l’humanité doit son origine à l’acte créateur de Dieu.
Citons également le Cantique des vingt-quatre anciens qui, incluant la terre entière, confessent : « Tu es digne, notre Seigneur et notre Dieu, toi le Saint, de recevoir la gloire et l’honneur et la puissance ; car tu as créé toutes choses et c’est par ta volonté qu’elles ont été créées et qu’elles existent. » (Ap 4.11)

Les lignes de démarcation racistes entre les êtres humains, en vertu desquelles on déclare certains membres de la communauté humaine inférieurs, constituent donc un affront fait au Créateur.
De même, affirmer que d’autres sont supérieurs ou plus dignes en raison de leur différence doit être considéré comme un outrage fait à l’œuvre créatrice de Dieu.

La dignité de tous les humains est donnée par Dieu.
Elle n’est ni méritée ni gagnée.

« Le Dieu, qui a créé le ciel et l’a déployé, qui a disposé la terre et tout ce qu’elle produit » est aussi le Dieu « qui donne la respiration à ceux qui la peuplent » (Es 42.5).
Pas même la tragique chute de l’humanité n’a aboli cette affirmation biblique centrale si bril-lamment résumée par Luther : « Dieu m’a créé, ainsi que toutes les autres créatures. »
Moïse écrit à ceux à qui Dieu a révélé son amour : « Voici, c’est à l’Eternel, ton Dieu, qu’appartiennent le ciel et les cieux des cieux, la terre et tout ce qu’elle contient » (Dt 10.14).
Avec repentance, le peuple devait se souvenir que « l’Eternel, votre Dieu, est le Dieu des dieux, le Seigneur des seigneurs, le Dieu grand, fort et redoutable. Il ne fait pas de favoritisme et n’accepte pas de pots-de-vin » (Dt 5.17).

Tout être humain, quel que soit son caractère distinctif d’un point de vue humain, est pleine-ment créature de Dieu, « créé à son image » (Gn 1.26-27 ; 9.6 ; voir Ac 17.25-26).
Non moins centrale que la doctrine biblique de la création est la vérité selon laquelle la valeur de tous les humains est uniquement fondée sur la valeur que Dieu leur confère.

La valeur d’une personne n’est pas déterminée par les degrés perceptibles d’une relative dignité. Il s’agit bien plutôt d’un don d’amour, comme le confesse le psalmiste qui reconnaît :
« C’est toi qui a formé mes reins, qui m’as tissé dans le ventre de ma mère. » Contemplant le mi-racle de sa propre création, il est poussé à pour-suivre : « Je te loue de ce que je suis une créature si merveilleuse. Tes œuvres sont admirables, et je le reconnais bien. » (Ps 139.13-14)
Dans l’idéologie raciste, la dignité ou la valeur d’un individu ou d’un groupe est déterminée prin-cipalement, si ce n’est exclusivement, d’après l’origine génétique et/ou selon les caractères bio-logiques.

Biologiquement définie, la race est le fruit de conclusions répertoriées relatives aux aptitudes, aux dispositions et aux caractères de la personna-lité des individus. On cherche ainsi à établir des critères de comparaison pour la dignité d’une per-sonne en tant qu’être humain.

Dieu a créé tous les êtres humains pour qu’ils l’honorent et le servent, lui seul.

Lorsque Dieu a créé Adam, il en a fait une créatu-re destinée à vivre avec lui dans une communion unique (Gn 1.26-28 ; 2.15-17).
Contrairement aux autres créatures, Adam et Ève furent créés pour adorer et servir Dieu d’une manière très personnelle et très intime.
Assurément, vivre dans la sujétion au Créateur, dans l’obéissance à sa Parole et sous son entière dépendance signifiait en même temps qu’ils se trouvaient au-dessus des autres créatures.

Mais Adam et Ève n’étaient pas des êtres auto-nomes. Ils devaient régner sur la création avec l’aide de Dieu et lui en rendre compte (Gn 1.26-27). Ils étaient aussi appelés à placer leur confian-ce en lui et à le servir, lui seul (Dt 10.12-20).

Quand Adam et Ève désobéirent à Dieu dans le jardin d’Éden, ils succombèrent à l’envie « d’être comme Dieu » (Gn 3.5). Ils devinrent ses rivaux. C’est le péché d’orgueil : se prendre pour Dieu et refuser la relation de créature envers Dieu, son Créateur.
Dans leur solidarité avec Adam, tous ceux qui sont nés du genre humain se sont associés au pé-ché d’Adam (Rm 5.12).

La rébellion de l’humanité a eu comme grave conséquence que les descendants d’Adam adorent et servent « la créature au lieu du Créateur qui est béni éternellement. Amen ! » (Rm 1.25)

Le péché originel est en fait l’idolâtrie de soi, et ses effets sont tragiques y compris dans les rela-tions qu’entretiennent les humains entre eux.
En fait, « l’idolâtrie a ouvert les portes du vice qui détruit la société et qui transforme la création en un chaos primitif… En ce sens, le jugement de la colère de Dieu atteint son but. »

« Ce vers quoi ton cœur tend et met sa confiance, je dis que c’est vraiment là ton dieu, » écrit Mar-tin Luther dans son Grand Catéchisme en com-mentant le 1er Commandement « Tu n’auras pas d’autres dieux devant moi ! »

Par définition, le racisme fonde l’identité et la sécurité de l’existence humaine en l’homme plutôt qu’en Dieu, dans la créature plutôt que dans le Créateur en-dehors duquel l’homme n’a ni identité ni sécurité.
Aussi, la fierté d’une « race » doit être considé-rée comme une forme d’idolâtrie particulière-ment grossière. C’est la prétention de vouloir être « comme Dieu ».

En Jésus-Christ, Dieu devint homme. Il s’est ainsi pleinement identifié lui-même à tout membre de la com-munauté des humains.

L’apôtre Jean écrit de Jésus-Christ : « La Parole s’est faite homme, elle a habité parmi nous, pleine de grâce et de vérité, et nous avons contemplé sa gloire, une gloire comme celle du Fils unique venue du Père. » (Jn 1.14)
Christ, « en tant qu’homme, est né de la descen-dance de David, et du point de vue de l’Esprit saint, a été déclaré Fils de Dieu avec puissance par sa résurrection. » (Rm 1.3)

Il est devenu « semblable en tout à ses frères », « mais sans commettre de péché » (Hé 2.17 ; 4.15. Voir aussi 5.2)
Les généalogies de Jésus révèlent qu’il est lié par les liens du sang non seulement à Israël, mais aussi à toute l’humanité et que sa mission embras-se tout le genre humain (Mt 1.1-17 ; Lc 3.23-38).

La généalogie en Mt 1.1-17 révèle entre autre que Jésus est de sang mêlé. Parmi ses ancêtres on trouve en effet Tamar (une Cananéenne, donc non Israélite), Rahab (également une Cananéenne) et Bathshéba (une Hittite, encore une non Israélite). Mais l’Ancien Testament connaît encore d’autres aïeules non Israélites de Jésus. Selon les théories racistes, Jésus est donc un sang-mêlé.

Affirmer qu’il y a quelque chose dans la nature d’un être qui en fait une personne de valeur inférieure, c’est nier non seulement la doctrine biblique de la création, c’est aussi remettre en question ce que les Écritures enseignent au sujet de la naissance humaine du Christ, le Fils de Dieu.

Comme homme, Jésus est descendant d’Adam que Dieu a créé (Lc 3.38) et de qui tous les hu-mains sont issus.
Nier la pleine humanité d’une personne revient du même coup à compromettre la vérité apostolique selon laquelle, « en Christ habite corporellement toute la plénitude de la divinité » (Col 2.9). Avec le terme « corporellement » l’apôtre a voulu sou-ligner que Jésus a vraiment « été fait homme » (Symbole de Nicée).

Les chrétiens ont des origines nationales et ethni-que diverses. Ils doivent donc être prudents lors-qu’ils sont tentés d’affirmer que le Christ est ex-clusivement comme eux, comme s’il s’agissait de dire que l’image qu’ils ont de lui correspond le mieux à l’image que la Bible donne de lui.

Dieu a envoyé son Fils pour qu’il soit le Sauveur de tous les humains, quelle que soit leur nation ou leur culture.

Paul écrit à Timothée : « Dieu notre Sauveur dési-re que tous les hommes soient sauvés et parvien-nent à la connaissance de la vérité. En effet, il y a un seul Dieu et il y a aussi un seul médiateur en-tre Dieu et les hommes : un homme, Jésus-Christ, qui s’est donné lui-même en rançon pour tous. » (1Tm 2.3-6)
Aux Corinthiens il écrit : « Dieu était en Christ : il réconciliait le monde avec lui-même en ne chargeant pas les hommes de leurs fautes. » (2Co 5.19)

En se conformant à l’ordre du Christ de « faire de toutes les nations des disciples, » les apôtres ont proclamé l’Évangile aux Juifs comme aux non-Juifs.
Pierre – qui hésitait sur la conduite à adopter vis-à-vis de Corneille d’origine païenne et non juive – apprit par une vision qu’il eut dans la maison de Simon, « que Dieu ne fait pas de favoritisme et que, dans toute nation, celui qui le craint et qui pratique la justice lui est agréable. » (Ac 10.34-35)

A la question « Dieu est-il seulement le Dieu des Juifs ? N’est-il pas aussi le Dieu des non-Juifs ? » Paul n’hésite pas à répondre : « Oui, il est aussi le Dieu des non-Juifs, puisqu’il y a un seul Dieu qui déclarera les circoncis justes par la foi, indépen-damment des œuvres de la Loi. » (Rm 3.29-30)
A plusieurs reprises nous lisons dans la vision apocalyptique de l’apôtre Jean qu’en Jésus Dieu a fait tout le nécessaire pour sauver les humains « de toute tribu, de toute langue, de tout peuple et de toute nation. » (Ap 5.8-9 ; 7.9-10 ; 11.9 ; 13.7 ; 14.6 ; 17.15)

Le racisme, cette « doctrine idéologique d’une sélection et élection providentielle de certaines races humaines, » est diamétralement opposé à l’Évangile de Dieu révélé dans les Écritures.
Selon l’Évangile, Dieu accorde le pardon à tous les humains en déclarant que le monde entier a été sauvé par le Christ.
L’amour de Dieu pour le monde est sans dis-crimination et englobe les peuples de toutes les cultures.

Dans sa forme la plus rigide, le racisme peut éga-lement se manifester au travers d’une activité missionnaire restreinte qui refuse d’annoncer l’Évangile du Christ à certaines catégories de per-sonnes. Ce faisant, on invalide l’ordre du Christ : « Allez, faites de toutes les nations des disciples, baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ! » (Mt 28.19)

L’homogénéité biologique et/ou l’uniformité cul-turelle deviennent – souvent plus implicitement qu’explicitement – des prétextes pour ne pas pro-clamer l’Évangile à certaines personnes ou groupes ou, pour le moins, à ne pas le leur prêcher avec autant de ferveur.
De cette façon, le but de l’œuvre rédemptrice de Dieu est réduit, on place une entrave à sa libre et pleine proclamation, et l’œuvre de Dieu est étouffée (1Th 5.19).

Jésus a ôté toutes les barrières établies entre les humains, en apportant la paix par sa croix.

Alors qu’ils étaient en train de proclamer l’Évangile dans le monde antique, les apôtres ont dû faire face au « mur de séparation » qui existait entre les Juifs et les non-Juifs. Pour résoudre ce problème, les apôtres n’ont pas aboli les différen-ces ; ils l’ont résolu en proclamant l’Évangile de Jésus-Christ qui, par son œuvre sur la croix, a fait que tous les chrétiens sont uns.

Paul écrit aux Éphésiens : « Mais maintenant, vous qui autrefois étiez loin, en Jésus-Christ vous êtes devenus proches par le sang de Christ. En effet, il est notre paix, lui qui des deux groupes n’en a fait qu’un et qui a renversé le mur qui les séparait, la haine. Par sa mort, il a rendu sans effet la loi avec ses commandements et leurs rè-gles, afin de créer en lui-même un seul homme nouveau à partir des deux, établissant ainsi la paix. Il a voulu les réconcilier l’un et l’autre avec Dieu en les réunissant dans un seul corps au moyen de la croix, en détruisant par elle la hai-ne. » (Ep 2.13-16)

Ceux qui, autrefois, s’opposaient en factions riva-les, sont maintenant unis entre eux, et ensemble unis à Dieu. Ils sont reliés dans l’unité du Bap-tême qui transcende toutes les différences et divisons entre races, statuts sociaux et sexes.

Le racisme dans l’Église empoisonne et infirme tous les efforts sincères « de maintenir l’unité de l’Esprit par le lien de la paix » (Ep 4.3).
« Nous avons tous été baptisés dans un seul Esprit pour former un seul corps et nous avons tous bu à un seul Esprit. » (1Co 12.13)
« Il y a un seul corps et un seul Esprit, de même que vous avez été appelés à une seul espérance par votre vocation. Il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul Baptême, un seul Dieu et Père de tous. Il est au-dessus de tous, agit à travers tous et habite en nous tous. » (Ep 4.4-6)
Cette unité – qui mérite d‘être soulignée – trans-cende les différences entre les hommes, même si celles-ci demeurent.

Bien plus, ceux qui participent au « Repas du Sei-gneur » sans se repentir du péché de racisme, « méprisent l’Église de Dieu » (1Co 11.22).
« La coupe de bénédiction que nous bénissons n’est-elle pas la communion au sang de Christ ? Le pain que nous rompons n’est-il pas la commu-nion au corps de Christ ? Puisqu’il y a un seul pain, nous qui sommes nombreux, nous formons un seul corps, car nous participons tous à un mê-me pain. » (1Co 10.16-17)

Quelle meilleure manière de recevoir le pardon, aussi pour le péché de racisme, que de participer au sacrement qui nous unit avec tous nos frères et sœurs en Christ, y compris avec ceux que nous serions tentés de « mépriser » par que nous les considérons comme inférieurs.

D’après « Église et Racisme », Commission pour la Théologie
et les Relations entre Églises (Église Luthérienne – Synode du Missouri),
Février 1994.

L’abaissement et l’élévation du christ

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Jésus dit : « Tout pouvoir m’a été donné dans le ciel et sur la terre » (Mt 28.20), mais aussi : « Mes forces s’en vont comme l’eau qui s’écoule » (Ps 22.15). – Alors : Jésus est-il tout-puissant ou non ?

Pierre a confessé : « Seigneur, tu sais tout » (Jn 21.17), mais Jésus a aussi reconnu qu’il « ne connaît pas le jour et l’heure » de son retour pour le Jugement (Mc 13.32). – Alors : Jésus est-il omniscient ou non ? Sait-il tout ou non ?
Autre question qui en découle : La Bible se contredit-elle ? Si oui, comment placer sa foi dans le Christ qu’elle révèle de façon apparemment si contradictoire ?

En fait, il n’y a pas de contradiction. Il faut savoir que de sa conception en la vierge Marie à sa mise au tombeau, Jésus a vécu dans l’abaissement, le renoncement. Il est venu sur terre pour satisfaire aux exigences de la Loi divine et pour expier nos péchés à notre place et pour notre salut.
Depuis sa conception par le Saint-Esprit en la vierge Marie il est à la fois vrai Dieu et vrai homme. Sa personne possède donc toutes les qualités de Dieu. Mais pour accomplir sa mission – nous sauver du péché et de la damnation éternelle – il a renoncé à se servir pleinement de la majesté divine communiquée à sa nature humaine.

C’est ce que Paul nous apprend : « Jésus-Christ qui est de condition divine, n’a pas regardé son égalité avec Dieu comme un butin à préserver, mais il s’est dépouillé lui-même en prenant une condition de serviteur, en devenant semblable aux êtres humains. Reconnu comme un simple homme, il s’est humilié lui-même en faisant preuve d’obéissance jusqu’à la mort, même la mort sur la croix. » (Ph 2.5-8)

Il a parfois usé de ses pouvoirs divins, mais jamais pour se faciliter sa mission, toujours pour venir en aide aux autres (ses miracles de guérison par exemple).

Mais une fois sa mission accomplie, il n’y avait plus aucune raison qu’il demeure dans son état d’abaissement. Avec sa descente en enfer pour y proclamer sa victoire il a inauguré son état d’élévation, il utilise à nouveau la plénitude de la majesté divine communiquée à sa nature humaine.

« C’est aussi pourquoi Dieu l’a élevé à la plus haute place et lui a donné le nom qui est au-dessus de tout nom afin qu’au nom de Jésus chacun plie le genou dans le ciel, sur la terre et sous la terre et que toute langue reconnaisse que Jésus-Christ est le Seigneur, à la gloire de Dieu le Père. (Ph 2.9-11).
Quand nous confessons notre foi avec le Symbole apostolique, le point se trouve après « il est mort ». C’est là qu’il faut faire la pause. Avec « Il est descendu aux enfers » commence une nouvelle phase, une nouvelle phrase.

Il serait grand temps que dans les paroisses on ne s’arrête pas après « il est descendu au enfers », car cela fait partie de l’élévation du Christ. Il ne s’agit pas là des souffrances infernales qu’il a endurées. Celles-là datent d’avant son « Tout est accompli ! » (Jn 19.30) comme l’expliquent les confessions de foi luthériennes dans la « Formule de Concord » (Article IX).

L’erreur de déclamation viendrait-elle du fait qu’on se représente mentalement une descente spatiale de la croix, via la tombe en enfer ? Mais l’enfer n’est pas sous nos pieds, il n’est « en bas » que par rapport au ciel de la félicité éternelle.

Le plus vieux Chant de Noël !

Une des raisons pour lesquelles la Fête de Noël dépasse les autres fêtes chrétiennes en beauté, ce sont les « noëls », les chants de Noël. Il en existe une infinité.
Ils sont innombrables, et sans doute aussi les plus connus de tous les chants chrétiens, alors que nous ne les chantons que durant quelques jours, sauf…

Eh ! oui, il en existe un que nous chantons toute l’année durant. C’est aussi le plus ancien, le premier des chants de Noël. C’est celui que les anges ont entonné dans la nuit de Bethléem, « dans les champs », lorsqu’ils apparurent aux bergers (Lc 2.8-14) :

« Gloire à Dieu
dans les lieux très hauts,
et, sur la terre, paix
parmi les hommes
en qui il prend plaisir ! »

En cette Fête de Noël, nous entonnerons aussi ce chant, le « Gloria in excelsis » de la liturgie,

1ère strophe

« GLOIRE A DIEU
DANS LES LIEUX TRES HAUTS ! »

Ce qui frappe, c’est que la première strophe du « Gloria in excelsis » parle de ce qui se passe « dans les lieux très hauts », dans la sphère de la gloire divine, alors que la seconde strophe parle des « humains sur la terre ».
Les anges font clairement comprendre, avec leur chant, à qui revient la « gloire », à qui reviennent les honneurs : non pas aux « humains sur la terre », mais « à Dieu dans les lieux très hauts ».

Bien entendu, nous ne devons pas seulement honorer Dieu, mais aussi notre prochain, l’autorité, les parents, même tout le monde sans exception. Nous n’avons le droit de priver quiconque de son honneur, de le déshonorer. Mais l’honneur des gens les plus respectables et les plus dignes d’honneurs s’évanouit quand on les compare à notre Dieu glorieux.
Qu’est-ce qui fait que la « gloria in excelsis », la « gloire » de Dieu « dans les lieux très hauts » soit infiniment supérieure, au point que la gloire des humains s’évanouit devant elle ? C’est ce que nous montrent les actes de Dieu, la façon dont il se conduit avec nous, aussi sa personne telle qu’elle se tourne vers nous.

La « gloire » n’est jamais quelque chose qui existe par elle-même. On est glorifié, honoré, par les autres lorsqu’on s’attire le respect et la reconnaissance des autres, lorsque les autres reconnaissent la valeur de ce que nous faisons, que ce soit au travail, dans l’Eglise, dans la famille, ou ailleurs.

Cette description s’applique à Dieu de façon si extraordinaire, que nous ne pouvons que l’honorer et le glorifier. La journée ne nous suffirait pas pour énumérer tout ce que nous lui devons. Alors contentons-nous de l’événement que nous fêtons aujourd’hui ; cela nous fournit amplement assez pour rendre « gloire » à notre Dieu.

Ne pensons qu’à ce que l’ange a annoncé aux « bergers dans les champs » des monts de Judée. « La Bonne Nouvelle » de l’intervention miraculeuse de Dieu à « Bethléem » a provoqué « une grande joie » (v. 10) dans les cœurs des bergers, comme dans les nôtres. Et cela nous pousse à nous joindre au chœur de « la multitude de l’armée céleste » des anges (v. 13) : « Gloire à Dieu dans les lieux très hauts », gloire et honneur à lui pour sa grâce et sa vérité !
Car c’est bien ce que le miracle de Noël nous révèle de Dieu : il est « plein de grâce et de vérité » (Jn 1.14).

« Plein de grâce ! » Lui, le Saint, qui a notre péché en horreur, n’a pas hésité à devenir homme comme nous, à se mêler à nous. Il n’a pas fait un grand détour pour nous éviter. Au contraire, il a quitté son existence heureuse dans la gloire céleste pour partager notre sort et nous en délivrer.

Là où il aurait dû sévir dans sa colère, il a fait grâce, il a passé l’éponge, il a pardonné, il est venu en aide. Alors qu’il aurait pu exercer le jugement de condamnation, « dans la ville de David » [Bethléem], il nous « est né en Sauveur, qui est le Christ, le Seigneur » (v. 11).

Pourtant, ce n’était pas facile pour lui de nous épargner, de nous faire grâce ! Sa sainteté et sa justice ne toléraient pas qu’il renonce tout simplement à punir le péché. Il ne pouvait pas mettre entre parenthèses les exigences de sa sainte Loi à notre égard. Dieu et saint, et sa sainteté ne tolère pas qu’on abolisse sa saine Loi.
Il ne pouvait donc nous faire grâce que si les exigences de sa sainte Loi à notre égard étaient remplies. Eh ! bien, quelqu’un est venu se substituer à nous et faire porter à notre crédit ce qu’il a accompli à notre place. Ce substitut, c’est Jésus. Voilà pourquoi « le Christ, le Seigneur » « nous est né » comme « Sauveur » ! Il devait parcourir le pénible chemin de la crèche à la croix…

Nous faire grâce n’a donc pas été une mince affaire pour Dieu. Pour cela il a dû « abaisser » son Fils « en forme de serviteur », l’abaisser non seulement jusque « dans une mangeoire » dans une étable (Lc 2.12), mais même « jusqu’à la mort sur la croix » (Ph 2.6-8).
« Je suis riche, il est serviteur, / Quel mystère infini ! / Sa clémence fait ma grandeur, / Tandis qu’il est petit. » (LlS 49, strophe 4) Oui, c’est là le mystère, le miracle, de la grâce de Dieu qui intervient dans notre intérêt : le Fils de Dieu s’est fait homme pour nous frayer un chemin hors de notre monde pécheur vers la « gloire dans les lieux très hauts ».
« Gloire à Dieu dans les lieux très hauts ! » Qu’il soit loué de ne pas avoir reculé devant le prix à payer pour pouvoir nous faire grâce !
« Gloire à Dieu dans les lieux très hauts » pour la grâce qu’il nous a témoignée en faisant « naître » à Bethléem « un Sauveur, qui est le Christ, le Seigneur » !

Cela nous révèle d’ailleurs un deuxième trait caractéristique de la « gloire » de Dieu : sa « vérité », sa « fidélité ».
« La parole du SEIGNEUR est droite; toute son oeuvre s’accomplit avec fidélité. » (Ps 33.4)
« Gloire à Dieu dans les lieux très hauts » parce qu’il a tenu parole, comme l’atteste la naissance de son Fils à Bethléem !
« Gloire à Dieu dans les lieux très hauts » parce qu’il ne nous a pas oubliés, mais a envoyé « le Sauveur » comme annoncé dans les prophéties messianiques de l’Ancien Testament !
« Gloire à Dieu dans les lieux très hauts » parce qu’on peut se fier à sa Parole, même quand cela lui coûte ce qu’il a de plus précieux, son Fils unique, son Fils bien-aimé !

Il l’a fait naître « dans la ville de David », d’une humble descendante, pas connue, de David, dans une étable, quasiment dans l’anonymat. Cet effacement, aussi, avait été prédit par les prophéties messianiques : « Il s’est élevé devant lui comme un rejeton, comme une racine qui sort d’une terre assoiffée ; il n’avait ni apparence, ni éclat pour que nous le regardions, et son aspect n’avait rien pour nous attirer. » (Es 53.2)
Ce n’est pas dans le palais royal d’Hérode à Jérusalem qu’est né ce descendant de David – les mages l’y chercheront plus tard en vain – mais dans un cadre infiniment plus humble, comme prédit.
« Gloire à Dieu dans les lieux très hauts ! » Oui, nous ne pourrons jamais lui rendre assez d’honneurs pour toute sa grâce et toute sa fidélité qu’il nous témoigne dans le miracle de Noël. Surtout si on considère ce que la naissance de notre « Sauveur » nous apporte et que le chœur des anges chante dans sa

2ème strophe

« ET, SUR LA TERRE,
PAIX
PARMI LES HUMAINS
EN QUI DIEU PREND PLAISIR ! »

Pour une bonne nouvelle, c’en est une : « Dieu prend plaisir » à nous ! Il ne doit pas être difficile, pourrait-on être tenté de dire. Mais en le disant, nous avons comme un doute… La naissance de Jésus, le fait que le Fils éternel et tout-puissant de Dieu ait passé de l’insignifiante crèche à l’atroce croix, cela ne montre-t-il pas que Dieu ne lésine pas avec ses exigences ? qu’il exige que sa Loi soit pleinement satisfaite ?
Et voilà que les anges – les messagers de Dieu ! – chantent le « plaisir » que Dieu prend en nous ! Mes amis, nous savons que c’est à la venue du Christ dans notre monde que nous le devons. C’est lui qui a fait le nécessaire pour que « Dieu prenne plaisir en nous ». Jésus est né à Bethléem pour pouvoir nous réconcilier avec notre Créateur, pour pouvoir rétablir « la paix » entre Dieu et les pécheurs que nous sommes.

Cette « paix » n’a pas toujours existé entre « la terre » et « les lieux très hauts », entre « les humains » et « Dieu ». Les rapports étaient mauvais, les relations rompues. Et c’est nous, « les humains », qui avons provoqué cette catastrophe avec notre péché.
Au début, Dieu avait créé les humains parfaits, sans péché, pour qu’ils puissent s’épanouir à son service et gérer les affaires du monde, création de Dieu, à la perfection et rien que pour leur bonheur.

Malheureusement, ils n’ont pas mis longtemps pour en faire à leur tête. Au lieu de s’épanouir dans l’amour de Dieu et du prochain, ils se sont enferrés dans l’égoïsme et l’envie. Ils ont voulu « être comme Dieu » (Gn 3.5), et ils se sont lamentablement pris les pieds dans le piège que Satan leur avait tendu. Depuis lors – regardez autour de vous ! – « la chair [la tendance innée au fond de nous] tend à s’ériger en ennemie de Dieu » (Rm 8.7).

Et cet affront – que les créatures rompent la « paix » avec leur Créateur – ce dernier ne peut le laisser passer : ce serait permettre qu’on ternisse sa « gloire » ! Il a donc dû réagir en exécutant le verdict : « Le salaire du péché, c’est la mort » …

« … mais le don de la grâce, le don de Dieu, c’est la vie éternelle en Jésus-Christ, notre Seigneur ! » (Rm 6.23) Heureusement – et c’est là quelque chose que nous ne pouvons pas suffisamment porter au crédit de la « gloire » de Dieu – heureusement, Dieu est aussi bon et plein de grâce.
Ou disons-le autrement : La colère de Dieu ne le rend pas aveugle et buté, comme c’est souvent le cas avec nous. Bien que sa sainte colère s’est enflammée contre notre péché, dans sa grâce et sa bonté il a trouvé un chemin qui lui permette de « prendre plaisir » à nous au lieu de nous punir, un chemin pour pouvoir vivre en « paix » avec nous au lieu de nous combattre.

« Gloire à Dieu dans les lieux très hauts ! » car lui qui n’en avait pas besoin – lui n’était pas en danger – il a pris l’initiative de faire la « paix » pour que nous ne succombions pas dans ce face à face perdu d’avance et ne soyons pas éternellement damnés.
« Gloire à Dieu dans les lieux très hauts ! » car il s’est occupé de trouver le Pacificateur qu’il fallait dans cet affrontement compliqué, et ce, alors que l’humanité ne songe qu’à continuer l’affrontement.
« Gloire à Dieu dans les lieux très hauts ! » car il a lui-même subvenu aux frais du rétablissement de la « paix » : c’est son propre « Fils unique » (Jn 1.14+18 ; 3.16+18 ; Hé 11.17 ; 1 Jn 4.9) qu’il a envoyé en « Prince de la Paix » (Es.9.5). Celui-ci a payé de sa vie et de sa mort le prix de la réconciliation entre Dieu et nous.

En fait, c’est nous qui aurions dû « passer à la caisse », mais Dieu savait que nous n’avions pas de quoi satisfaire ses exigences de sainteté personnelle. Voilà pourquoi il laisse son Fils intervenir en « Médiateur » (1 Tm 2.5) et Pacificateur.
« Gloire à Dieu dans les lieux très hauts ! » car il a permis que son Fils devienne homme « conçu du Saint-Esprit, né de la vierge Marie, » pour pouvoir être notre « Sauveur » (v. 11). Pour cela, il a pris nos péchés sur lui, nous a offert sa sainteté en échange. Voilà comment il se fait que « Dieu prenne plaisir » à nous.

« Gloire à Dieu dans les lieux très hauts ! » car il nous a fait annoncer sa « paix » et le « plaisir » qu’il prend à nous, il nous l’a annoncé quand il a envoyé aux bergers son ange, accompagné de « la multitude de l’armée céleste » (Lc 2.9-14).
Et il continue à nous envoyer ses « anges » nous « annoncer [cette] Bonne Nouvelle d’une grande joie », non pas des anges issus de « la multitude de l’armée céleste », mais des messagers – c’est là le sens du mot ange – issus de « la multitude de l’armée » des prédicateurs et des paroissiens.

« Car Dieu était dans le Christ, réconciliant le monde avec lui-même, sans tenir compte aux humains de leurs fautes, et mettant en nous la parole de la réconciliation. Nous sommes donc ambassadeurs pour le Christ ; c’est Dieu qui encourage par notre entremise ; au nom du Christ, nous supplions : Laissez-vous réconcilier avec Dieu ! » (2 Co 5.19-20)
Ne vous faites pas prier ! Saisissez l’occasion ! « Le Prince de la Paix » est là. Faites-lui confiance ! Saisissez-le par la foi ! Et consolez et réjouissez-vous dans sa « paix » !

« Paix sur la terre ! » C’est ce que tout le monde répète en ces jours, d’ailleurs, un peu à tort et à travers. « Trêve des confiseurs » qu’on l’appelle. Pause pour s’empiffrer, c’est tout ce qu’on voit encore dans la paix de l’enfant de Bethléem. C’est toujours bon à prendre, un arrêt des hostilités dans la parenté, le monde politique, social, voire international.
Mais ce n’est pas cette trêve passagère, bien superficielle et, en fait, trompeuse que « la multitude de l’armée céleste » a chantée. Non, les anges ont célébré une « paix » bien plus profonde, infiniment plus importante, une « paix » éternelle, « la paix qui surpasse toute pensée » (Ph 4.7), la « paix » que l’enfant de la crèche est venu établir entre le saint Créateur et nous, ses créatures pécheresses, une « paix » sous le régime de laquelle « Dieu prend plaisir » à nous, Jésus nous ayant revêtus de sa justice lors de notre Baptême (Ga 3.27)

Nous vivons maintenant avec Dieu dans une alliance de paix éternelle, une alliance où « rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu en Jésus-Christ » (Rm 8.38-39)

Tout cela, nous le devons au « Sauveur » , « Christ, le Seigneur », qui « nous est né dans la ville de David » (Lc 2.11) pour être notre « Prince de la Paix » (Es 9.5) !

Aussi chantons de tout cœur avec le chœur des anges :

« Gloire à Dieu
dans les lieux très hauts,
et, sur la terre, paix
parmi les hommes
en qui il prend plaisir ! »

Amen.

N°1460

Mon âme, bénis l’Eternel ! (2)

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N°1459

Mon âme, bénis l’éternel !

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