Racisme : surmonter l’idolâtrie

Cet automne, le monde politique a connu un scandale raciste qui fait honte à notre pays. Il a fallu du temps, mais finalement tous les partis ont condamné ces dérapages inexcusables.

D’un autre côté, les médias racontent n’importe quoi en faisant l’amalgame – ou en semant volontairement la confusion en rapportant sans commentaire le rap-prochement que certains font – entre le rejet de la pratique homosexuelle et le racisme. Il faut dire que cet amalgame est nourri par des gens qui ont le front d’affirmer que la Bible les oblige d’être à la fois oppo-sés à la pratique homosexuelle et racistes.

Du coup, les chrétiens qui défendent la position bibli-que à propos des relations intimes entre personnes de même sexe se trouvent traités de racistes, et classés d’emblée politiquement.
Les deux choses n’ont rien à voir. Nous pensons qu’un chrétien qui prend la révélation biblique au sérieux rejette à la fois l’homosexualité et le racisme.

Il nous est arrivé, dans nos derniers numéros, de parler de l’homosexualité. Nous n’y revenons pas, mais nous reproduisons ci-après un article paru il y a 18 ans dans nos pages sur le racisme.
(L’Heure Luthérienne, novembre 2013)

Le racisme est une croyance fondée sur l’hypothèse que des différences biologiques inhérentes (ou, dans certains cas, des différences ethniques et culturelles) parmi des groupes hu-mains variés déterminent non seulement le carac-tère social ou humain, mais aussi la valeur des membres de la famille humaine.
Ceux qui adhèrent à ces affirmations se compor-tent, habituellement, comme si leur race était su-périeure et leur donnait donc le droit de dominer les autres.
Dès lors, nous n’hésitons pas à qualifier le racis-me et ses présupposés comme fondamentale-ment incompatibles avec ce que la Bible ensei-gne concernant les êtres humains et leur rela-tion avec Dieu.
Cependant, la question à laquelle nous devons répondre est la suivante :

Quels sont les principes bibliques qui nous autorisent à condamner le racisme ?

Pour traiter les questions théologiques soulevées par le racisme, nous allons nous tourner vers la Bible. C’est à la lumière de la Bible que nous trouverons comment confesser le Dieu qui nous a créés, rachetés et sanctifiés.

Dieu est le Créateur de tous les humains.

Se tenant au milieu de l’aréopage à Athènes, l’apôtre Paul dit : « Le Dieu qui a fait le monde et tout ce qui s’y trouve est le Seigneur du ciel et de la terre. » Puis il ajoute : « Il a fait en sorte que tous les peuples, issus d’un seul homme, habitent sur toute la surface de la terre. » (Ac 17.24+26)
L’apôtre proclame ici que Dieu a créé, à partir d’un seul homme, tous les membres de la famil-le humaine, qu’il leur a alloué leur place dans l’histoire humaine et désire qu’ils Le cherchent (Ac 17.27).

Contre toutes les affirmations relatives à une quelconque supériorité ethnique ou raciale, l’apôtre affirme sans ambiguïté l’unité de l’humanité. Sans exception, toute l’humanité doit son origine à l’acte créateur de Dieu.
Citons également le Cantique des vingt-quatre anciens qui, incluant la terre entière, confessent : « Tu es digne, notre Seigneur et notre Dieu, toi le Saint, de recevoir la gloire et l’honneur et la puissance ; car tu as créé toutes choses et c’est par ta volonté qu’elles ont été créées et qu’elles existent. » (Ap 4.11)

Les lignes de démarcation racistes entre les êtres humains, en vertu desquelles on déclare certains membres de la communauté humaine inférieurs, constituent donc un affront fait au Créateur.
De même, affirmer que d’autres sont supérieurs ou plus dignes en raison de leur différence doit être considéré comme un outrage fait à l’œuvre créatrice de Dieu.

La dignité de tous les humains est donnée par Dieu.
Elle n’est ni méritée ni gagnée.

« Le Dieu, qui a créé le ciel et l’a déployé, qui a disposé la terre et tout ce qu’elle produit » est aussi le Dieu « qui donne la respiration à ceux qui la peuplent » (Es 42.5).
Pas même la tragique chute de l’humanité n’a aboli cette affirmation biblique centrale si bril-lamment résumée par Luther : « Dieu m’a créé, ainsi que toutes les autres créatures. »
Moïse écrit à ceux à qui Dieu a révélé son amour : « Voici, c’est à l’Eternel, ton Dieu, qu’appartiennent le ciel et les cieux des cieux, la terre et tout ce qu’elle contient » (Dt 10.14).
Avec repentance, le peuple devait se souvenir que « l’Eternel, votre Dieu, est le Dieu des dieux, le Seigneur des seigneurs, le Dieu grand, fort et redoutable. Il ne fait pas de favoritisme et n’accepte pas de pots-de-vin » (Dt 5.17).

Tout être humain, quel que soit son caractère distinctif d’un point de vue humain, est pleine-ment créature de Dieu, « créé à son image » (Gn 1.26-27 ; 9.6 ; voir Ac 17.25-26).
Non moins centrale que la doctrine biblique de la création est la vérité selon laquelle la valeur de tous les humains est uniquement fondée sur la valeur que Dieu leur confère.

La valeur d’une personne n’est pas déterminée par les degrés perceptibles d’une relative dignité. Il s’agit bien plutôt d’un don d’amour, comme le confesse le psalmiste qui reconnaît :
« C’est toi qui a formé mes reins, qui m’as tissé dans le ventre de ma mère. » Contemplant le mi-racle de sa propre création, il est poussé à pour-suivre : « Je te loue de ce que je suis une créature si merveilleuse. Tes œuvres sont admirables, et je le reconnais bien. » (Ps 139.13-14)
Dans l’idéologie raciste, la dignité ou la valeur d’un individu ou d’un groupe est déterminée prin-cipalement, si ce n’est exclusivement, d’après l’origine génétique et/ou selon les caractères bio-logiques.

Biologiquement définie, la race est le fruit de conclusions répertoriées relatives aux aptitudes, aux dispositions et aux caractères de la personna-lité des individus. On cherche ainsi à établir des critères de comparaison pour la dignité d’une per-sonne en tant qu’être humain.

Dieu a créé tous les êtres humains pour qu’ils l’honorent et le servent, lui seul.

Lorsque Dieu a créé Adam, il en a fait une créatu-re destinée à vivre avec lui dans une communion unique (Gn 1.26-28 ; 2.15-17).
Contrairement aux autres créatures, Adam et Ève furent créés pour adorer et servir Dieu d’une manière très personnelle et très intime.
Assurément, vivre dans la sujétion au Créateur, dans l’obéissance à sa Parole et sous son entière dépendance signifiait en même temps qu’ils se trouvaient au-dessus des autres créatures.

Mais Adam et Ève n’étaient pas des êtres auto-nomes. Ils devaient régner sur la création avec l’aide de Dieu et lui en rendre compte (Gn 1.26-27). Ils étaient aussi appelés à placer leur confian-ce en lui et à le servir, lui seul (Dt 10.12-20).

Quand Adam et Ève désobéirent à Dieu dans le jardin d’Éden, ils succombèrent à l’envie « d’être comme Dieu » (Gn 3.5). Ils devinrent ses rivaux. C’est le péché d’orgueil : se prendre pour Dieu et refuser la relation de créature envers Dieu, son Créateur.
Dans leur solidarité avec Adam, tous ceux qui sont nés du genre humain se sont associés au pé-ché d’Adam (Rm 5.12).

La rébellion de l’humanité a eu comme grave conséquence que les descendants d’Adam adorent et servent « la créature au lieu du Créateur qui est béni éternellement. Amen ! » (Rm 1.25)

Le péché originel est en fait l’idolâtrie de soi, et ses effets sont tragiques y compris dans les rela-tions qu’entretiennent les humains entre eux.
En fait, « l’idolâtrie a ouvert les portes du vice qui détruit la société et qui transforme la création en un chaos primitif… En ce sens, le jugement de la colère de Dieu atteint son but. »

« Ce vers quoi ton cœur tend et met sa confiance, je dis que c’est vraiment là ton dieu, » écrit Mar-tin Luther dans son Grand Catéchisme en com-mentant le 1er Commandement « Tu n’auras pas d’autres dieux devant moi ! »

Par définition, le racisme fonde l’identité et la sécurité de l’existence humaine en l’homme plutôt qu’en Dieu, dans la créature plutôt que dans le Créateur en-dehors duquel l’homme n’a ni identité ni sécurité.
Aussi, la fierté d’une « race » doit être considé-rée comme une forme d’idolâtrie particulière-ment grossière. C’est la prétention de vouloir être « comme Dieu ».

En Jésus-Christ, Dieu devint homme. Il s’est ainsi pleinement identifié lui-même à tout membre de la com-munauté des humains.

L’apôtre Jean écrit de Jésus-Christ : « La Parole s’est faite homme, elle a habité parmi nous, pleine de grâce et de vérité, et nous avons contemplé sa gloire, une gloire comme celle du Fils unique venue du Père. » (Jn 1.14)
Christ, « en tant qu’homme, est né de la descen-dance de David, et du point de vue de l’Esprit saint, a été déclaré Fils de Dieu avec puissance par sa résurrection. » (Rm 1.3)

Il est devenu « semblable en tout à ses frères », « mais sans commettre de péché » (Hé 2.17 ; 4.15. Voir aussi 5.2)
Les généalogies de Jésus révèlent qu’il est lié par les liens du sang non seulement à Israël, mais aussi à toute l’humanité et que sa mission embras-se tout le genre humain (Mt 1.1-17 ; Lc 3.23-38).

La généalogie en Mt 1.1-17 révèle entre autre que Jésus est de sang mêlé. Parmi ses ancêtres on trouve en effet Tamar (une Cananéenne, donc non Israélite), Rahab (également une Cananéenne) et Bathshéba (une Hittite, encore une non Israélite). Mais l’Ancien Testament connaît encore d’autres aïeules non Israélites de Jésus. Selon les théories racistes, Jésus est donc un sang-mêlé.

Affirmer qu’il y a quelque chose dans la nature d’un être qui en fait une personne de valeur inférieure, c’est nier non seulement la doctrine biblique de la création, c’est aussi remettre en question ce que les Écritures enseignent au sujet de la naissance humaine du Christ, le Fils de Dieu.

Comme homme, Jésus est descendant d’Adam que Dieu a créé (Lc 3.38) et de qui tous les hu-mains sont issus.
Nier la pleine humanité d’une personne revient du même coup à compromettre la vérité apostolique selon laquelle, « en Christ habite corporellement toute la plénitude de la divinité » (Col 2.9). Avec le terme « corporellement » l’apôtre a voulu sou-ligner que Jésus a vraiment « été fait homme » (Symbole de Nicée).

Les chrétiens ont des origines nationales et ethni-que diverses. Ils doivent donc être prudents lors-qu’ils sont tentés d’affirmer que le Christ est ex-clusivement comme eux, comme s’il s’agissait de dire que l’image qu’ils ont de lui correspond le mieux à l’image que la Bible donne de lui.

Dieu a envoyé son Fils pour qu’il soit le Sauveur de tous les humains, quelle que soit leur nation ou leur culture.

Paul écrit à Timothée : « Dieu notre Sauveur dési-re que tous les hommes soient sauvés et parvien-nent à la connaissance de la vérité. En effet, il y a un seul Dieu et il y a aussi un seul médiateur en-tre Dieu et les hommes : un homme, Jésus-Christ, qui s’est donné lui-même en rançon pour tous. » (1Tm 2.3-6)
Aux Corinthiens il écrit : « Dieu était en Christ : il réconciliait le monde avec lui-même en ne chargeant pas les hommes de leurs fautes. » (2Co 5.19)

En se conformant à l’ordre du Christ de « faire de toutes les nations des disciples, » les apôtres ont proclamé l’Évangile aux Juifs comme aux non-Juifs.
Pierre – qui hésitait sur la conduite à adopter vis-à-vis de Corneille d’origine païenne et non juive – apprit par une vision qu’il eut dans la maison de Simon, « que Dieu ne fait pas de favoritisme et que, dans toute nation, celui qui le craint et qui pratique la justice lui est agréable. » (Ac 10.34-35)

A la question « Dieu est-il seulement le Dieu des Juifs ? N’est-il pas aussi le Dieu des non-Juifs ? » Paul n’hésite pas à répondre : « Oui, il est aussi le Dieu des non-Juifs, puisqu’il y a un seul Dieu qui déclarera les circoncis justes par la foi, indépen-damment des œuvres de la Loi. » (Rm 3.29-30)
A plusieurs reprises nous lisons dans la vision apocalyptique de l’apôtre Jean qu’en Jésus Dieu a fait tout le nécessaire pour sauver les humains « de toute tribu, de toute langue, de tout peuple et de toute nation. » (Ap 5.8-9 ; 7.9-10 ; 11.9 ; 13.7 ; 14.6 ; 17.15)

Le racisme, cette « doctrine idéologique d’une sélection et élection providentielle de certaines races humaines, » est diamétralement opposé à l’Évangile de Dieu révélé dans les Écritures.
Selon l’Évangile, Dieu accorde le pardon à tous les humains en déclarant que le monde entier a été sauvé par le Christ.
L’amour de Dieu pour le monde est sans dis-crimination et englobe les peuples de toutes les cultures.

Dans sa forme la plus rigide, le racisme peut éga-lement se manifester au travers d’une activité missionnaire restreinte qui refuse d’annoncer l’Évangile du Christ à certaines catégories de per-sonnes. Ce faisant, on invalide l’ordre du Christ : « Allez, faites de toutes les nations des disciples, baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ! » (Mt 28.19)

L’homogénéité biologique et/ou l’uniformité cul-turelle deviennent – souvent plus implicitement qu’explicitement – des prétextes pour ne pas pro-clamer l’Évangile à certaines personnes ou groupes ou, pour le moins, à ne pas le leur prêcher avec autant de ferveur.
De cette façon, le but de l’œuvre rédemptrice de Dieu est réduit, on place une entrave à sa libre et pleine proclamation, et l’œuvre de Dieu est étouffée (1Th 5.19).

Jésus a ôté toutes les barrières établies entre les humains, en apportant la paix par sa croix.

Alors qu’ils étaient en train de proclamer l’Évangile dans le monde antique, les apôtres ont dû faire face au « mur de séparation » qui existait entre les Juifs et les non-Juifs. Pour résoudre ce problème, les apôtres n’ont pas aboli les différen-ces ; ils l’ont résolu en proclamant l’Évangile de Jésus-Christ qui, par son œuvre sur la croix, a fait que tous les chrétiens sont uns.

Paul écrit aux Éphésiens : « Mais maintenant, vous qui autrefois étiez loin, en Jésus-Christ vous êtes devenus proches par le sang de Christ. En effet, il est notre paix, lui qui des deux groupes n’en a fait qu’un et qui a renversé le mur qui les séparait, la haine. Par sa mort, il a rendu sans effet la loi avec ses commandements et leurs rè-gles, afin de créer en lui-même un seul homme nouveau à partir des deux, établissant ainsi la paix. Il a voulu les réconcilier l’un et l’autre avec Dieu en les réunissant dans un seul corps au moyen de la croix, en détruisant par elle la hai-ne. » (Ep 2.13-16)

Ceux qui, autrefois, s’opposaient en factions riva-les, sont maintenant unis entre eux, et ensemble unis à Dieu. Ils sont reliés dans l’unité du Bap-tême qui transcende toutes les différences et divisons entre races, statuts sociaux et sexes.

Le racisme dans l’Église empoisonne et infirme tous les efforts sincères « de maintenir l’unité de l’Esprit par le lien de la paix » (Ep 4.3).
« Nous avons tous été baptisés dans un seul Esprit pour former un seul corps et nous avons tous bu à un seul Esprit. » (1Co 12.13)
« Il y a un seul corps et un seul Esprit, de même que vous avez été appelés à une seul espérance par votre vocation. Il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul Baptême, un seul Dieu et Père de tous. Il est au-dessus de tous, agit à travers tous et habite en nous tous. » (Ep 4.4-6)
Cette unité – qui mérite d‘être soulignée – trans-cende les différences entre les hommes, même si celles-ci demeurent.

Bien plus, ceux qui participent au « Repas du Sei-gneur » sans se repentir du péché de racisme, « méprisent l’Église de Dieu » (1Co 11.22).
« La coupe de bénédiction que nous bénissons n’est-elle pas la communion au sang de Christ ? Le pain que nous rompons n’est-il pas la commu-nion au corps de Christ ? Puisqu’il y a un seul pain, nous qui sommes nombreux, nous formons un seul corps, car nous participons tous à un mê-me pain. » (1Co 10.16-17)

Quelle meilleure manière de recevoir le pardon, aussi pour le péché de racisme, que de participer au sacrement qui nous unit avec tous nos frères et sœurs en Christ, y compris avec ceux que nous serions tentés de « mépriser » par que nous les considérons comme inférieurs.

D’après « Église et Racisme », Commission pour la Théologie
et les Relations entre Églises (Église Luthérienne – Synode du Missouri),
Février 1994.

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