La résurrection de Jésus et notre quotidien

Quand il est question de Pâques et de la résurrection de notre Seigneur, le plus souvent on s’entend tout de suite parler de notre résurrection à nous, les croyants, pour la vie éternelle.

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C’est juste, c’est vrai, c’est capital, c’est rassurant et réconfortant… et c’est incomplet, catastrophiquement incomplet. Évidemment, le but ultime de la résurrection du Seigneur, c’est notre future résurrection pour la vie éternelle. Évidemment, la certitude du salut éternel dégage notre avenir d’une lourde hypothèque, d’un spectre horrible : celui de la mort et de la damnation éternelles. Évidemment que la Bonne Nouvelle de la victoire de Jésus sur la mort nous aide à affronter notre mort. Évidemment que nous nous y préparons – et accompagnons nos amis mourants – en méditant cette bonne nouvelle de notre résurrection suivie de notre félicité éternelle.

Mais… oui, il y a un mais : Mais Dieu nous veut encore sur terre et il sait qu’à côté des bonheurs et des joies que nous y connaissons, nous y sommes aussi confrontés à bien des problèmes, nous connaissons et devons encore surmonter bien des souffrances. Le réconfort venant de la résurrection du Christ, nous en avons déjà besoin pour maintenant, pour ici. Et cela, notre Dieu bon et miséricordieux le sait. Aussi, si le but ultime de la résurrection du Seigneur, c’est notre future résurrection pour la vie éternelle, le but premier – chronologiquement parlant – c’est notre nouvelle vie sur terre.

Dieu n’a pas envoyé son Fils mourir et ressusciter pour nous pour que nous n’en retirerions les bienfaits qu’après notre mort. Comme si Pâques n’avait rien à nous dire pour notre quotidien. Comme si Dieu nous disait : « Attendez de mourir pour jouir des bienfaits de la résurrection de mon Fils ! » Il ne se prive pas de nous parler de bénédictions que nous retirons de la résurrection de notre Seigneur dès maintenant. C’est maintenant que nous avons besoin d’assurance et de foi en lui.

C’est au milieu des situations absurdes dans lesquelles nous pouvons nous trouver, confrontés à des crises de couple ou intergénérationnelles, en présence de victimes de foyers en déliquescence, face aux sarcasmes ou à l’hostilité des incroyants, frappés par une maladie incurable, accablés devant le lourd handicap d’un proche ou d’un voisin, abattus à côté de victimes de l’injustice sociale ou de choix économiques désastreux, c’est déjà là que nous avons besoin du message de la croix et du tombeau vide de Pâques. Notre Père céleste le sait. Aussi ne nous fait-il pas dire : « Ne vous en faites pas ! Dans l’éternité ce sera différent ! »

Oui, bien sûr, mais il sait que nous n’y sommes pas encore, que nous devons tenir jusque là, et cela ne peut se faire que s’il nous « regonfle » avec la consolation et le réconfort que Pâques veut déverser sur notre quotidien, que si ses pasteurs et nos frères et soeurs dans la foi appliquent ce miracle divin à notre situation quotidienne.

« Jésus notre Seigneur est ressuscité pour notre justification » (Rm 4.25), pour que Dieu nous déclare juste, nous crédite de la justice de Jésus. Là, Paul met la résurrection de Jésus en rapport direct avec notre quotidien, notre foi de tous les jours : la résurrection de Jésus nous permet de nous savoir pardonnés par Dieu et réconciliés avec lui. Or, « si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? » Qu’est-ce qui peut alors vraiment nous nuire ? (Rm 8.31) La grande, la merveilleuse nouvelle de Pâques, c’est que Jésus nous aspire, nous entraîne dans sa résurrection. Paul nous écrit : « Vous êtes aussi ressuscités en et avec lui par la foi en la puissance du Dieu qui l’a ressuscité. » (Col 2.12)

« Vous êtes ressuscités » (présent), pas : « vous allez ressusciter » (futur). « En et avec lui, » en connexion et par la vertu de la résurrection de Jésus. L’Église et ses bergers ne peuvent jamais assez nous montrer que le divin Ressuscité nous a unis à lui, le Victorieux, dès ici-bas. Unis à lui, « ressuscités en et avec lui », nous ne devrions jamais plus nous sentir seuls dans nos problèmes.

Au contraire, dans la foi, en nous appuyant ou nous accrochant avec foi à notre Seigneur ressuscité, il ne peut que nous faire aboutir à une issue bénéfique, même si elle n’est pas nécessairement celle que nous attendions. Ayons cette confiance en lui qui nous a aimés jusqu’à se sacrifier pour nous : il ne va pas se désintéresser de nous, maintenant qu’il a vaincu. Au contraire, ceux qui placent leur foi en lui partagent les bienfaits de cette victoire dès maintenant.

« Je vous ai dit ces choses af in que vous ayez la paix en moi. Vous aurez à souffrir dans le monde, mais prenez courage : moi, j’ai vaincu le monde ! » ( Jn 16.33) « Tout ce qui est né de Dieu remporte la victoire contre le monde, et la victoire qui a triomphé du monde, c’est votre foi ! » (1Jn 5.4)

Quand, l’Écriture Sainte fait-elle autorité ?

Luther_statue.jpg Il y a en ce moment un débat dans certaines Églises à propos du « mariage » homosexuel. L’Église peutelle les bénir ou non ? Parmi les arguments avancés par ceux qui sont tentés de dire oui, il y en a un qui est très subtil ; on mélange une vérité à une erreur : « Le mariage ne fait pas partie des sacrements » dit-on ; « alors, pourquoi ne pas bénir les unions homosexuelles ? »

Effectivement, il n’y a que deux sacrements : le Baptême et la sainte Cène – ça, c’est la vérité – mais on ne peut pas faire sous-entendre qu’on peut faire n’importe quoi lorsqu’on n’a pas affaire à un sacrement – ça c’est l’erreur. Il est vrai, l’Église a toujours distingué entre vérités fondamentales et vérités non fondamentales. Toutes sont divines, car révélées par Dieu dans la Bible ; donc, toutes font autorité, mais toutes n’ont pas la même importance pour notre salut. Les vérités fondamentales le sont parce que si on les rejette, la foi n’a plus de fondement sur lequel s’appuyer pour être sauvé. Elles sont fondamentales pour être sauvé.

On distingue d’abord les vérités fondamentales premières : On ne peut pas être sauvé si on rejette la doctrine du péché et de ses conséquences, la doctrine du Christ – de sa personne et de son oeuvre de rachat accomplie à notre place pour nous sauver –, la doctrine de la résurrection et celle de la foi en l’Évangile, la Bonne Nouvelle du Christ.

Ce sont là dés vérités fondamentales à croire pour être sauvé, des vérités fondamentales premières. Les vérités fondamentales secondaires sont celles concernant les sacrements. Une personne peut ignorer ces doctrines ou même en avoir une idée erronée, et cependant être sauvée si elle s’attache à la promesse du pardon offert dans l’Évangile.

Mais elle gagne à y fortifier sa foi et à ne pas les déformer si elle ne veut pas ébranler les vérités fondamentales premières. Enfin il y a des vérités non fondamentales pour le salut ; elles ne constituent pas le fondement de la foi en Jésus-Christ, mais elles fortifient par contre notre foi. Par ex. la doctrine à propos des anges ou de l’Antichrist, ou les données historiques, archéologiques et scientifiques contenues dans la Bible. On peut être sauvé sans être au fait de tout cela. Autre est la question : L’Église peut-elle se permettre de dire autre chose que ce que Dieu dit des vérités non fondamentales dans la Bible ? « Toute l’Écriture est inspirée de Dieu.»

Et si Dieu nous l’a donnée, c’est qu’il avait un but : « pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans la justice, afin que l’homme de Dieu soit équipé pour toute oeuvre bonne. » (2Tm 3.16-17) Or, aux disciples, et par-delà eux à toute l’Église et à ses pasteurs, Jésus a enjoint : « Enseignez-leur [aux nations] à observer tout ce que je vous ai prescrit » (Mt 28.20), pas seulement les sacrements, « tout ». L’Église et ses pasteurs ne sont pas maîtres des doctrines de Dieu ; ils ne peuvent pas en « enseigner » les parties qui leur plaisent et « enseigner » autre chose là où quelque chose les gêne.

L’Église et ses pasteurs sont « serviteurs » de Dieu et « du Christ » (1Co 4.1) : ils doivent « rapporter fidèlement la Parole » de Dieu (Jr 23.28), sans « rien y ajouter ni rien en enlever » (Dt 4.2 ; voir aussi Ap 22.18). Il est vrai, on peut être sauvé sans connaître les passages de la Bible à propos de l’homosexualité ou sans être au clair sur ce qu’est la bénédiction. Mais une Église se rend coupable quand elle enseigne aux siens autre chose que ce que Dieu affirme dans l’Écriture Sainte.

Et elle irrite grandement le Seigneur si elle détourne sa bénédiction pour la donner à quelqu’un qui mène une vie ouvertement en opposition à sa Parole. Une telle bénédiction ne vaut rien. La Parole de Dieu doit faire autorité partout où elle affirme, promet ou défend quelque chose.

Le mot du rédacteur

L’Introït du culte de Pâques commence généralement avec cette antienne (ou antiphonie) remontant à l’Église des premiers temps et basée sur les paroles de l’ange dans le tombeau vide (Mt 28.6-7 ; Mc 16.6 ; Lc 24.6) : « Christ est ressuscité ! Alléluia ! Il est vraiment ressuscité ! Alléluia ! » Le culte de Pâques est ainsi d’emblée placé sous le signe de la joie et de l’exubérance.

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C’est en quelque sorte – comme cela a été dit récemment dans un cercle biblique – le feu d’artifice qui couronne la victoire que notre Seigneur a remportée à Golgotha sur notre péché, sur notre mort et sur Satan. La fête de Pâques est, pour cela, la plus grande fête de la chrétienté. C’est elle qui donne son empreinte à la vie chrétienne, car cette victoire, Jésus l’a remportée pour nous, pour que nous en profitions pleinement (voir p. 10).

Mais qu’il fut long et douloureux, son chemin menant à cette victoire, long et semé d’embûches, de déceptions et de trahisons (voir p. 5-6) ! Pour cela il a fallu qu’il se sacrifie pour nous sur la croix. Pâques n’a pas de sens sans Vendredi saint ; la résurrection du Christ ne se comprend qu’en liaison avec sa mort expiatoire (voir p. 7-9). Mais si Golgotha est le fondement de notre foi et de notre salut, c’est le tombeau vide de Pâques qui donne son empreinte à notre vie.

Si, Vendredi saint, nous commémorons le sacrifice expiatoire à l’origine de notre salut, à Pâques nous donnons libre cours à notre état d’enfants de Dieu et de citoyens des cieux, état sublime qu’atteste avec éclat la résurrection de Jésus. Et dire que toutes ces bénédictions nous tombent dessus sans que nous y soyons pour quoi que ce soit ! (voir p. 11) Quel Maître merveilleux nous avons en notre Dieu !

Cela, nous le confessons, par exemple dans le Symbole Apostolique (voir p. 12-13). Ne nous lassons jamais de nous placer sous l’action sanctifiante de notre Dieu sauveur là où il veut resserrer ses liens avec nous : dans l’Évangile écrit ou prêché (voir p. 4), dans l’Évangile aussi sous forme de sacrements (voir p. 12-13). C’est ainsi, à son contact, que notre foi pourra s’affermir et s’épanouir et l’Église persévérer dans son oeuvre d’évangélisation des coeurs par ses différents engagements (voir, par exemple, p. 14-23).

Je vais enfin réagir à votre surprise quand vous avez tenu ce nouveau numéro de notre magazine en main. Oui, nous avons changé de mise en page. Nous, c’est beaucoup dire ; nous le devons à Valérie Dran que nous remercions ici chaleureusement.

Les dernières 20 années de l’HL

Les dernières 20 années de « L’Heure Luthérienne »

Fallait-il donner comme titre : « les 20 ans de L’HL » ou : « les dernières 20 années … » ? Son histoire commence-t-elle en 1948 (avec le Pasteur Frédéric Kreiss, suivi des Pasteurs Gallicher, puis Splingart), ou en 1993 ?

Étaient hérités des années précédentes et du précédent directeur, le Pasteur Splingart :

 le soutien financier de « L’Heure Luthérienne » américaine,

 la présence sur RTL (un quart d’heure chaque semaine) et sur Europe 1 (campagnes de spots) ainsi que sur toute une série de radios privées en France, en Amérique, en Afrique et même en Asie,

 un cours biblique par correspondance (Évangile selon Marc) en grande partie déjà existant.

Il a fallu tout reconstruire en 1993, au départ à la retraite du Pasteur Splingart.

On a dû tout changer : l’association, le comité, le directeur, les secrétaires, les locaux, même la région, sans compter l’imprimeur. Ce fut un nouveau départ.

Rester en région parisienne revenait trop cher. Comme souvent, « Dieu a pourvu » (Gn 22.8+14) : des locaux se trouvèrent disponibles dans la toute nouvelle maison de retraite que l’AELB ouvrait à La Petite Pierre (Bas-Rhin) si L’HL finançait elle-même leur mise en état et le mobilier, ce qui a pu être fait grâce à d’importants dons venus des États-Unis.

Grâce à une équipe dynamique autour du nouveau directeur, le Pasteur Haessig, une nouvelle association fut créée avec comme président Michel Kuhm.

Jusqu’en 1999, L’Heure Luthérienne a pu déployer son activité. Non seulement l’édition du cours biblique sur Marc fut terminée, mais on y a ajouté deux autres cours bibliques, dont un sur CD.

Des expositions furent organisées en Alsace, en région parisienne et dans les Deux-Sèvres (sur Bible et Histoire, sur Martin Luther et sur Dürer), des concerts aussi (par exemple, percussion et orgue commentant la projection de tableaux de Chagall).

Trois dessins animés pour Noël ont été produits, d’abord sur cassettes puis sur CD-Rom.

Une quarantaine de brochures ont été éditées sur des problèmes de société ou des questions de foi.

Puis vint le cataclysme. En 1999, L’Heure Luthérienne américaine s’est retirée (comme elle avait commencé à le faire dans d’autres pays, mouvement qui a continué en Afrique, en Asie et en Amérique Latine) et on a dû se restructurer.

Le personnel n’a plus pu être payé (directeur et secrétaire mis au chômage), les paroisses des pasteurs qui écrivaient des émissions ne pouvaient plus recevoir de dédommagement financier. On ne pouvait plus non plus payer des studios d’enregistrement professionnels pour nos émissions.

L’équipe sortante a tout fait pour mettre sur pied des équipes de bénévoles pour continuer le travail de mission par les médias.

Grâce à un don conséquent de l’A.L.E.E.T., L’HL a pu acquérir un studio d’enregistrement à elle et former des bénévoles (autour du Pasteur Volff) pour faire ce travail. Une seconde équipe (autour du Pasteur Ludwig) déleste bien souvent la première. Une autre équipe s’occupe de la duplication des programmes radio (d’abord sur cassettes audio, bientôt sur CD) et de leur envoi aux émetteurs.

D’autres bénévoles (à Woerth, Bas-Rhin) s’occupent de l’envoi du magazine.

Le courrier des auditeurs et élèves des cours bibliques et assuré par une paroissienne.

Le magazine lui-même continue à être édité par le Pasteur Haessig, aussi depuis qu’il n’est plus directeur bénévole (2007). Avec ce numéro, il est secondé, pour la mise en page pour la première fois par Valérie Dran.

Un travail important est fait par deux membres de l’associaiton sur le site web de L’Heure Luthérienne (www.mediachrist.com). On peut y retrouver des articles d’Amitiés Luthériennes, mais on peut aussi y écouter les programmes radio.

Chers amis lecteurs, tout cela n’est possible que grâce aux dons que L’Heure Luthérienne reçoit en France et grâce au nouveau comité autour de Joël Klein, président depuis 1999. C’est un vrai miracle que nous ayons trouvé un moyen de continuer à œuvrer après le retrait des Américains. N’oubliez pas L’H.L.

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Photo d’archives : Comité (2007) :
De g. à dr, derrière : Betty Ludwig, Jean Haessig, Philippe Volff ;
devant : Elfriede Braeunig, Rachel Fortmann, Michel Kuhm et Joël Klein

Le choix de Mylène

A trois kilomètres de la bourgade, au-delà d’un petit bois, entourée de prés et de champs, s’étalait la fameuse ferme des Colin.

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De nombreux bâtiments agricoles, basse-cour, potager et verger encerclaient une maison d’habitation aux allures de manoir.
De génération en génération, les Colin jouissaient d’une considération générale car ils pratiquaient le droit et la bonté du cœur.

Y vivaient en ce moment Clément, le père, grand brun s velte aux yeux clairs, sa femme Katia, rondelette et maternelle, leurs enfants Mylène et Benjamin, en plus, Aubin, trapu et musclé, frère cadet de Clément.
Matin et soir, devant la famille réunie, Clément prononçait la prière dont la fin impressionnait la petite Mylène : « … que ton saint ange me garde, pour que Satan n’ait aucun pouvoir sur moi… »
Chaque dimanche, la famille s’engouffrait dans la voiture pour se rendre à l’office dans le bourg voisin.

« Silence, les enfants, » disait le père en entrant dans l’église, « nous allons à la rencontre du Très-Haut et de ses anges. »
Mylène, à sa droite, contemplait son père chanter avec ferveur, prier avec recueillement, visiblement transporté dans un autre monde.
Le pasteur était le grand ami de Clément. Souvent, en hiver, il venait à la ferme avec son épouse. Dans le salon, tandis que les femmes maniaient leurs aiguilles, les hommes discutaient devant la bibliothèque. Mylène, non loin d’eux sur son tabouret, les écoutait toute ouïe, bouche bée …

Les enfants fréquentaient l’école du bourg. Katia les munissait de provisions, remplissait une gamelle : « Tante Mathilde va vous le réchauffer… » Mathilde, l’aînée des Colin, exploitait un bazar au centre ville.
Mylène aimait sa tante et son bazar. Très bientôt, elle se mit à servir les clients elle aussi, copiant la manière polie et affable de sa tante.
Un jour, elle demanda : « Tante Mathilde, pourquoi ne t’es-tu jamais mariée ? »

« Pour me marier, » expliqua la tante, « il m’aurait fallu deux choses : aimer de tout mon cœur et fonder un foyer chrétien. Je ne suis jamais arrivée à joindre les deux… »
Quand Mylène fut en classe terminale du lycée, l’arrière-saison soufflait en tempêtes violentes sur le pays. Avant la tombée de la nuit, Clément avait posé une échelle pour réparer d’urgence une avarie au toit du fenil. L’échelle glissa, Clément tomba.

Aubin accourut, alarma la maisonnée. Tant bien que mal ils le transportèrent sur son lit. Un mince filet de sang filtra de son oreille. Aubin appela le médecin. Il l’examina.
« L’hôpital ? » demanda Aubin. Le médecin secoua la tête : « C’est fatal, » dit-il en partant.
Mylène vit que son père remuait les lèvres. Il demande le pasteur, constata-t-elle.

Du fin fond de la ferme s’était levée une clameur assourdissante : les bêtes réclamaient leur pitance du soir, et cela sonnait comme un cri de révolte, un adieu ultime à leur maître.
« J’y vais, » dit Aubin. « Mylène, attelle la calèche. Fais trotter la jument… »
Jamais Mylène n’oubliera cet exploit où pluie, neige et larmes mouillaient ses joues. Revenue avec le pasteur, ils le laissèrent quelque temps seul avec le mourant. Puis ils revinrent s’agenouiller autour du lit pour prendre ensemble la communion.

A la première lueur de l’aube, Clément avait quitté ce monde.
Dès lors, Aubin fit montre d’une énergie insoupçonnée : « Benjamin, tu retournes au lycée agricole. Mylène, comme prévu, tu continues à préparer ton bac. »

Il bénéficiait de la solidarité des fermiers et des amis alentours. Le lycée agricole lui envoya des stagiaires, parmi eux une certaine Jocelyne qui, bientôt, tomba amoureuse autant de la ferme que de Benjamin.
Ce fut vers le printemps que l’étranger arriva, Mehmet, le jeune Turc, beau comme le jour avec ses yeux de braises et son sourire éblouissant. Il offrit ses services contre le gîte et le couvert, disant vouloir se parfaire dans la langue du pays et suivre des cours par correspondance. Aubin, en pénurie de mains-d’œuvre, l’accepta et, très vite, ne tarit plus d’éloges sur lui : « Il sait tout faire, même réparer les machines ! »

Mylène prépara le baccalauréat. Mehmet le prépara par correspondance. Ils échangèrent des livres, des cours, leurs opinions… Et ce qui devait arriver arriva : ils tombèrent amoureux. Ah ! ce premier amour envahisseur, exclusif, riche en révélations !

Pourtant, peu à peu, des divergences profondes s’infiltrèrent dans leur entente. Cela arrivait surtout quand Mylène soutenait que le christianisme était la religion du pardon et de l’amour inconditionnel. Mehmet, alors, chaque fois, arborait un sourire narquois. Quand elle s’en attristait, vite, il la prenait dans ses bras. Mais la brèche, bientôt devint un fossé.
« Après le bac, je t’emmène en Turquie dans ma famille… » – « Soit. »
Deux jours avant leur départ, il apporta un tissu. Rapidement il en enveloppa la tête de Mylène et lui présenta un miroir. Se découvrant ainsi, elle ressentit un choc. Cette coiffe, c’était comme un étau l’enserrant toute entière, imposant à sa personne une domination étrangère. Vite, elle l’arracha.

« Mehmet, je ne peux… » – « Seulement dans mon pays, dans ma famille, » supplia-t-il. – « Non. »
Il partit seul, revint assombri, fit ses paquets et disparut. Souffrances pour Mylène, souffrances déchirantes de l’amour impossible : « Plus jamais un homme entrera dans son cœur » se promit-elle.
Benjamin et Jocelyne se marièrent à dix-huit ans à la grande satisfaction d’Aubin. Mylène fit ses études d’enseignante et obtint un poste dans les environs. Elle aimait les enfants, elle aimait son métier.
Un soir, elle avait tout juste trente ans, son téléphone sonna. C’était Benjamin.

« Mère a eu une attaque cérébrale. Elle va mal. » – « Je viens. »
Mylène trouva sa mère à moitié paralysée, une Jocelyne portant son troisième enfant. L’air malheureux de son frère ne lui échappa pas.
« Je prends congé de l’Education Nationale. Je viens soigner Maman. »
Un jour, tante Mathilde arriva : « Mylène, voudrais-tu m’aider dans la gestion de mon magasin ?Je suis exténuée. »

En effet, elle avait agrandi son magasin en y adjoignant son logement, le bazar transformé en magasin d’électroménager, le tout surélevé d’un étage tenant lieu d’appartement moderne. Elle avait engagé un électricien, Manuel, et sa femme Georgette.
Dès lors, deux fois par semaine, Mylène se rendit chez sa tante qui l’initia à la gérance de son commerce.
Trois ans après, Katia mourut.

« Que vas-tu faire maintenant ? » demanda sa tante. « Retourner dans l’enseignement ? J’ai une proposition à te faire. Je voudrais revenir à la ferme où je suis née, où je peux encore être utile à Jocelyne. Accepterais-tu que je te lègue mon magasin, le fond de commerce, tout ? »
C’est ainsi que Mylène devint une des notables du bourg. Son charme naturel, sa féminité épanouie, sa petite tête ravissante et surtout son exquise amabilité lui attiraient clients et admirateurs, certains sérieux, d’autres impudents. Mais toujours elle prit ses distances, se réfugiant dans une réserve professionnelle propre à décourager les plus entreprenants.
Cependant, un jour, un homme entra. Par sa stature et ses mouvements il lui rappela singulièrement son père. Mais il était d’un blond fauve, avait de grands yeux bleus, les traits un peu tirés. Lorsqu’il la salua, un sourire juvénile en effaça toute sévérité. Ses doigts étaient nus.

Il revint un autre jour tenant une petite fille de 3ans ? 4 ans ? par la main. « C’est Elodie, ma fille, » présenta-t-il, « elle n’a plus sa maman. Sa maman est au ciel, n’est-ce pas Elodie ? » La petite fixa Mylène de ses grands yeux noisette et acquiesça gravement.
L’homme revint une troisième fois et, lui tenant sa carte, demanda : « Puis-je vous inviter à « l’Agneau » pour y souper un de ces soirs ? » Mylène lut rapidement : Hugues Bondoue, Ingénieur dipl. E.D.F. « Oui, j’y serai après-demain à 19 heures. »

Ils s’installèrent dans le coin préféré de Mylène, échangèrent des civilités, bavardèrent. Au dessert, Hugues posa son couvert et commença : « Je n’ai pas seulement une fille, mais aussi un fils, mon petit Bob. Il a 15 mois. J’ai perdu leur mère à sa naissance. Négligence du personnel ? Je l’ignore. J’ai renoncé à un recours en justice, mais j’ai écrit une lettre de mise en garde au directeur de l’établissement. »

Mylène approuva. « Où sont vos enfants maintenant ? » – « Chez mes parents. Ils se fatiguent beaucoup. A présent vous savez tout. »
Il fit une pause, la regarda droit dans les yeux : « Non, vous ne savez pas tout. Je vous admire, Mylène, je vous aime. » Il la reconduisit chez elle et, devant la porte : « Puis-je espérer vous revoir ? » – « Oui. » Il s’inclina pour le baisemain et partit.

Ils se revirent le dimanche suivant pour une sortie promenade. Mylène dirigeas Hugues vers le bois menant à sa ferme. A l’orée de la futaie, ils s’installèrent sur un banc. Au loin, noyée dans une sérénité bucolique s’étalait la ferme dans toute sa complexité.

Alors le cœur de Mylène s’ouvrit. Elle se mit à raconter son enfance heureuse, l’accident de son père, son amour impossible pour le jeune Turc, ses années d’enseignement, la maladie de sa mère, tant Mathilde… Elle conclut comme lui : « Et maintenant, vous savez tout… » Comme lui, elle fit une pause. Puis, posant ses deux mains dans les siennes, elle reprit : « Non, tu ne sais pas tout. J’ai confiance en toi, Hugues. Je t’aime… »
Il l’invita chez lui où il lui présenta son petit Bob. La conquête fut réciproque. Elle mesura la fatigue des grands-parents. Quand, avant le repas, le père de Hugues se leva pour prononcer le bénédicité, elle fut submergée de bonheur : « O mon Dieu, je suis arrivée au port que tu m’as réservé ! ô tante Mathilde, je peux « joindre les deux » ! »
Ils envisagèrent leur avenir. « Je démissionne de l’E.D.F., » proposa Hugues. « Nous allons tout partager : magasin, ménage, enfants. Quant à notre mariage, c’est toi qui décides, si tu veux tenir ton rang… »
Elle l’interrompit vivement : « Tenir mon rang ! Invitations monstre ! Buffet de pays de Cocagne ! Que dal !! C’est dans les journaux que nous allons faire grand tapage. Tout un chacun, de près et de loin, doit savoir que nous sommes mari et femme. »

Elle emmena Hugues chez son vieux pasteur retraité. Il explosa de joie : « Béni soit le Seigneur qui exauce nos prières ! Bénie sois-tu, Mylène, d’avoir suivi sa voie ! Quelle joie pour moi que de prononcer le message au mariage de la fille de feu mon ami Clément . Mais l’office devra être présidé par le pasteur en titre de la paroisse ! »
En cette fin de matinée où Mylène entra dans l’église au bras d’un Aubin grisonnant, elle dut réprimer une brusque montée de larmes : Clément était là, son père.

Furent présents huit grandes personnes : Mathilde et Aubin, Benjamin et Jocelyne, les parents de Hugues, Manuel et Georgette, huit enfants également : Elodie et Bob, les trois de Benjamin et les trois de Manuel.
Deux incidents méritent d’être retenus. L’un : en pleine cérémonie, Aubin tira un grand mouchoir de sa poche et s’y moucha bruyamment.
L’autre : en se relevant de l’agenouilloir pour regagner leurs chaises, les mariés trouvèrent les enfants groupés à leur droite. Ils entonnèrent une chansonnette parlant de soleil et d’oiseaux. Ce fut si inattendu et si charmant que Mylène se mit à tamponner les yeux et Hugues à cligner des paupières.

Un repas frugal fut pris dans la cour de la ferme où Aubin et Benjamin avaient dressé une table. Bientôt les enfants se levèrent pour gagner balançoire et toboggans du verger, et ce ne furent plus que cris de joie et roulés-boulés dans l’herbe.

A 19 heures, les parents d Hugues se levèrent : « Nous emmenons les enfants. Cette soirée vous appartient à vous seuls. »
L’intégration des enfants dans leur nouveau foyer se fit avec beaucoup d’attentions et d’amour. Les grands-parents vinrent partager les repas dans l’appartement de Mylène pour faire sentir aux enfants une famille agrandie unie.

Puis, le soir : « Elodie avec Bob, voudrais-tu passer la nuit dans la jolie chambre préparée pour vous par papa et maman Mylène ? »
Mylène n’eut jamais d’enfant à elle. Mais sa vie durant, elle fut pour ceux de son mari une conseillère avisée, un guide sûr, une mère tendre. Les deux le lui valurent bien.

Quand Elodie fut mariée et que Bob eut pris le magasin à son compte, Mylène et Hugues se retirèrent dans la vaste demeure de la ferme.
Le fils aîné de Benjamin en était à présent le maître, et l’on aurait dit Clément revenu, tant il ressemblait à son grand-père. C’est lui qui prononçait maintenant, matin et soir, la prière si cher aux Colin :
« Que ton saint ange nous garde pour que Satan n’ait aucun pouvoir sur nous ! »

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A chaque fois entrait alors dans le cœur de Mylène et s’étendait sur toute la ferme la grande Paix de Dieu…

Racisme : surmonter l’idolâtrie

Cet automne, le monde politique a connu un scandale raciste qui fait honte à notre pays. Il a fallu du temps, mais finalement tous les partis ont condamné ces dérapages inexcusables.

D’un autre côté, les médias racontent n’importe quoi en faisant l’amalgame – ou en semant volontairement la confusion en rapportant sans commentaire le rap-prochement que certains font – entre le rejet de la pratique homosexuelle et le racisme. Il faut dire que cet amalgame est nourri par des gens qui ont le front d’affirmer que la Bible les oblige d’être à la fois oppo-sés à la pratique homosexuelle et racistes.

Du coup, les chrétiens qui défendent la position bibli-que à propos des relations intimes entre personnes de même sexe se trouvent traités de racistes, et classés d’emblée politiquement.
Les deux choses n’ont rien à voir. Nous pensons qu’un chrétien qui prend la révélation biblique au sérieux rejette à la fois l’homosexualité et le racisme.

Il nous est arrivé, dans nos derniers numéros, de parler de l’homosexualité. Nous n’y revenons pas, mais nous reproduisons ci-après un article paru il y a 18 ans dans nos pages sur le racisme.
(L’Heure Luthérienne, novembre 2013)

Le racisme est une croyance fondée sur l’hypothèse que des différences biologiques inhérentes (ou, dans certains cas, des différences ethniques et culturelles) parmi des groupes hu-mains variés déterminent non seulement le carac-tère social ou humain, mais aussi la valeur des membres de la famille humaine.
Ceux qui adhèrent à ces affirmations se compor-tent, habituellement, comme si leur race était su-périeure et leur donnait donc le droit de dominer les autres.
Dès lors, nous n’hésitons pas à qualifier le racis-me et ses présupposés comme fondamentale-ment incompatibles avec ce que la Bible ensei-gne concernant les êtres humains et leur rela-tion avec Dieu.
Cependant, la question à laquelle nous devons répondre est la suivante :

Quels sont les principes bibliques qui nous autorisent à condamner le racisme ?

Pour traiter les questions théologiques soulevées par le racisme, nous allons nous tourner vers la Bible. C’est à la lumière de la Bible que nous trouverons comment confesser le Dieu qui nous a créés, rachetés et sanctifiés.

Dieu est le Créateur de tous les humains.

Se tenant au milieu de l’aréopage à Athènes, l’apôtre Paul dit : « Le Dieu qui a fait le monde et tout ce qui s’y trouve est le Seigneur du ciel et de la terre. » Puis il ajoute : « Il a fait en sorte que tous les peuples, issus d’un seul homme, habitent sur toute la surface de la terre. » (Ac 17.24+26)
L’apôtre proclame ici que Dieu a créé, à partir d’un seul homme, tous les membres de la famil-le humaine, qu’il leur a alloué leur place dans l’histoire humaine et désire qu’ils Le cherchent (Ac 17.27).

Contre toutes les affirmations relatives à une quelconque supériorité ethnique ou raciale, l’apôtre affirme sans ambiguïté l’unité de l’humanité. Sans exception, toute l’humanité doit son origine à l’acte créateur de Dieu.
Citons également le Cantique des vingt-quatre anciens qui, incluant la terre entière, confessent : « Tu es digne, notre Seigneur et notre Dieu, toi le Saint, de recevoir la gloire et l’honneur et la puissance ; car tu as créé toutes choses et c’est par ta volonté qu’elles ont été créées et qu’elles existent. » (Ap 4.11)

Les lignes de démarcation racistes entre les êtres humains, en vertu desquelles on déclare certains membres de la communauté humaine inférieurs, constituent donc un affront fait au Créateur.
De même, affirmer que d’autres sont supérieurs ou plus dignes en raison de leur différence doit être considéré comme un outrage fait à l’œuvre créatrice de Dieu.

La dignité de tous les humains est donnée par Dieu.
Elle n’est ni méritée ni gagnée.

« Le Dieu, qui a créé le ciel et l’a déployé, qui a disposé la terre et tout ce qu’elle produit » est aussi le Dieu « qui donne la respiration à ceux qui la peuplent » (Es 42.5).
Pas même la tragique chute de l’humanité n’a aboli cette affirmation biblique centrale si bril-lamment résumée par Luther : « Dieu m’a créé, ainsi que toutes les autres créatures. »
Moïse écrit à ceux à qui Dieu a révélé son amour : « Voici, c’est à l’Eternel, ton Dieu, qu’appartiennent le ciel et les cieux des cieux, la terre et tout ce qu’elle contient » (Dt 10.14).
Avec repentance, le peuple devait se souvenir que « l’Eternel, votre Dieu, est le Dieu des dieux, le Seigneur des seigneurs, le Dieu grand, fort et redoutable. Il ne fait pas de favoritisme et n’accepte pas de pots-de-vin » (Dt 5.17).

Tout être humain, quel que soit son caractère distinctif d’un point de vue humain, est pleine-ment créature de Dieu, « créé à son image » (Gn 1.26-27 ; 9.6 ; voir Ac 17.25-26).
Non moins centrale que la doctrine biblique de la création est la vérité selon laquelle la valeur de tous les humains est uniquement fondée sur la valeur que Dieu leur confère.

La valeur d’une personne n’est pas déterminée par les degrés perceptibles d’une relative dignité. Il s’agit bien plutôt d’un don d’amour, comme le confesse le psalmiste qui reconnaît :
« C’est toi qui a formé mes reins, qui m’as tissé dans le ventre de ma mère. » Contemplant le mi-racle de sa propre création, il est poussé à pour-suivre : « Je te loue de ce que je suis une créature si merveilleuse. Tes œuvres sont admirables, et je le reconnais bien. » (Ps 139.13-14)
Dans l’idéologie raciste, la dignité ou la valeur d’un individu ou d’un groupe est déterminée prin-cipalement, si ce n’est exclusivement, d’après l’origine génétique et/ou selon les caractères bio-logiques.

Biologiquement définie, la race est le fruit de conclusions répertoriées relatives aux aptitudes, aux dispositions et aux caractères de la personna-lité des individus. On cherche ainsi à établir des critères de comparaison pour la dignité d’une per-sonne en tant qu’être humain.

Dieu a créé tous les êtres humains pour qu’ils l’honorent et le servent, lui seul.

Lorsque Dieu a créé Adam, il en a fait une créatu-re destinée à vivre avec lui dans une communion unique (Gn 1.26-28 ; 2.15-17).
Contrairement aux autres créatures, Adam et Ève furent créés pour adorer et servir Dieu d’une manière très personnelle et très intime.
Assurément, vivre dans la sujétion au Créateur, dans l’obéissance à sa Parole et sous son entière dépendance signifiait en même temps qu’ils se trouvaient au-dessus des autres créatures.

Mais Adam et Ève n’étaient pas des êtres auto-nomes. Ils devaient régner sur la création avec l’aide de Dieu et lui en rendre compte (Gn 1.26-27). Ils étaient aussi appelés à placer leur confian-ce en lui et à le servir, lui seul (Dt 10.12-20).

Quand Adam et Ève désobéirent à Dieu dans le jardin d’Éden, ils succombèrent à l’envie « d’être comme Dieu » (Gn 3.5). Ils devinrent ses rivaux. C’est le péché d’orgueil : se prendre pour Dieu et refuser la relation de créature envers Dieu, son Créateur.
Dans leur solidarité avec Adam, tous ceux qui sont nés du genre humain se sont associés au pé-ché d’Adam (Rm 5.12).

La rébellion de l’humanité a eu comme grave conséquence que les descendants d’Adam adorent et servent « la créature au lieu du Créateur qui est béni éternellement. Amen ! » (Rm 1.25)

Le péché originel est en fait l’idolâtrie de soi, et ses effets sont tragiques y compris dans les rela-tions qu’entretiennent les humains entre eux.
En fait, « l’idolâtrie a ouvert les portes du vice qui détruit la société et qui transforme la création en un chaos primitif… En ce sens, le jugement de la colère de Dieu atteint son but. »

« Ce vers quoi ton cœur tend et met sa confiance, je dis que c’est vraiment là ton dieu, » écrit Mar-tin Luther dans son Grand Catéchisme en com-mentant le 1er Commandement « Tu n’auras pas d’autres dieux devant moi ! »

Par définition, le racisme fonde l’identité et la sécurité de l’existence humaine en l’homme plutôt qu’en Dieu, dans la créature plutôt que dans le Créateur en-dehors duquel l’homme n’a ni identité ni sécurité.
Aussi, la fierté d’une « race » doit être considé-rée comme une forme d’idolâtrie particulière-ment grossière. C’est la prétention de vouloir être « comme Dieu ».

En Jésus-Christ, Dieu devint homme. Il s’est ainsi pleinement identifié lui-même à tout membre de la com-munauté des humains.

L’apôtre Jean écrit de Jésus-Christ : « La Parole s’est faite homme, elle a habité parmi nous, pleine de grâce et de vérité, et nous avons contemplé sa gloire, une gloire comme celle du Fils unique venue du Père. » (Jn 1.14)
Christ, « en tant qu’homme, est né de la descen-dance de David, et du point de vue de l’Esprit saint, a été déclaré Fils de Dieu avec puissance par sa résurrection. » (Rm 1.3)

Il est devenu « semblable en tout à ses frères », « mais sans commettre de péché » (Hé 2.17 ; 4.15. Voir aussi 5.2)
Les généalogies de Jésus révèlent qu’il est lié par les liens du sang non seulement à Israël, mais aussi à toute l’humanité et que sa mission embras-se tout le genre humain (Mt 1.1-17 ; Lc 3.23-38).

La généalogie en Mt 1.1-17 révèle entre autre que Jésus est de sang mêlé. Parmi ses ancêtres on trouve en effet Tamar (une Cananéenne, donc non Israélite), Rahab (également une Cananéenne) et Bathshéba (une Hittite, encore une non Israélite). Mais l’Ancien Testament connaît encore d’autres aïeules non Israélites de Jésus. Selon les théories racistes, Jésus est donc un sang-mêlé.

Affirmer qu’il y a quelque chose dans la nature d’un être qui en fait une personne de valeur inférieure, c’est nier non seulement la doctrine biblique de la création, c’est aussi remettre en question ce que les Écritures enseignent au sujet de la naissance humaine du Christ, le Fils de Dieu.

Comme homme, Jésus est descendant d’Adam que Dieu a créé (Lc 3.38) et de qui tous les hu-mains sont issus.
Nier la pleine humanité d’une personne revient du même coup à compromettre la vérité apostolique selon laquelle, « en Christ habite corporellement toute la plénitude de la divinité » (Col 2.9). Avec le terme « corporellement » l’apôtre a voulu sou-ligner que Jésus a vraiment « été fait homme » (Symbole de Nicée).

Les chrétiens ont des origines nationales et ethni-que diverses. Ils doivent donc être prudents lors-qu’ils sont tentés d’affirmer que le Christ est ex-clusivement comme eux, comme s’il s’agissait de dire que l’image qu’ils ont de lui correspond le mieux à l’image que la Bible donne de lui.

Dieu a envoyé son Fils pour qu’il soit le Sauveur de tous les humains, quelle que soit leur nation ou leur culture.

Paul écrit à Timothée : « Dieu notre Sauveur dési-re que tous les hommes soient sauvés et parvien-nent à la connaissance de la vérité. En effet, il y a un seul Dieu et il y a aussi un seul médiateur en-tre Dieu et les hommes : un homme, Jésus-Christ, qui s’est donné lui-même en rançon pour tous. » (1Tm 2.3-6)
Aux Corinthiens il écrit : « Dieu était en Christ : il réconciliait le monde avec lui-même en ne chargeant pas les hommes de leurs fautes. » (2Co 5.19)

En se conformant à l’ordre du Christ de « faire de toutes les nations des disciples, » les apôtres ont proclamé l’Évangile aux Juifs comme aux non-Juifs.
Pierre – qui hésitait sur la conduite à adopter vis-à-vis de Corneille d’origine païenne et non juive – apprit par une vision qu’il eut dans la maison de Simon, « que Dieu ne fait pas de favoritisme et que, dans toute nation, celui qui le craint et qui pratique la justice lui est agréable. » (Ac 10.34-35)

A la question « Dieu est-il seulement le Dieu des Juifs ? N’est-il pas aussi le Dieu des non-Juifs ? » Paul n’hésite pas à répondre : « Oui, il est aussi le Dieu des non-Juifs, puisqu’il y a un seul Dieu qui déclarera les circoncis justes par la foi, indépen-damment des œuvres de la Loi. » (Rm 3.29-30)
A plusieurs reprises nous lisons dans la vision apocalyptique de l’apôtre Jean qu’en Jésus Dieu a fait tout le nécessaire pour sauver les humains « de toute tribu, de toute langue, de tout peuple et de toute nation. » (Ap 5.8-9 ; 7.9-10 ; 11.9 ; 13.7 ; 14.6 ; 17.15)

Le racisme, cette « doctrine idéologique d’une sélection et élection providentielle de certaines races humaines, » est diamétralement opposé à l’Évangile de Dieu révélé dans les Écritures.
Selon l’Évangile, Dieu accorde le pardon à tous les humains en déclarant que le monde entier a été sauvé par le Christ.
L’amour de Dieu pour le monde est sans dis-crimination et englobe les peuples de toutes les cultures.

Dans sa forme la plus rigide, le racisme peut éga-lement se manifester au travers d’une activité missionnaire restreinte qui refuse d’annoncer l’Évangile du Christ à certaines catégories de per-sonnes. Ce faisant, on invalide l’ordre du Christ : « Allez, faites de toutes les nations des disciples, baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ! » (Mt 28.19)

L’homogénéité biologique et/ou l’uniformité cul-turelle deviennent – souvent plus implicitement qu’explicitement – des prétextes pour ne pas pro-clamer l’Évangile à certaines personnes ou groupes ou, pour le moins, à ne pas le leur prêcher avec autant de ferveur.
De cette façon, le but de l’œuvre rédemptrice de Dieu est réduit, on place une entrave à sa libre et pleine proclamation, et l’œuvre de Dieu est étouffée (1Th 5.19).

Jésus a ôté toutes les barrières établies entre les humains, en apportant la paix par sa croix.

Alors qu’ils étaient en train de proclamer l’Évangile dans le monde antique, les apôtres ont dû faire face au « mur de séparation » qui existait entre les Juifs et les non-Juifs. Pour résoudre ce problème, les apôtres n’ont pas aboli les différen-ces ; ils l’ont résolu en proclamant l’Évangile de Jésus-Christ qui, par son œuvre sur la croix, a fait que tous les chrétiens sont uns.

Paul écrit aux Éphésiens : « Mais maintenant, vous qui autrefois étiez loin, en Jésus-Christ vous êtes devenus proches par le sang de Christ. En effet, il est notre paix, lui qui des deux groupes n’en a fait qu’un et qui a renversé le mur qui les séparait, la haine. Par sa mort, il a rendu sans effet la loi avec ses commandements et leurs rè-gles, afin de créer en lui-même un seul homme nouveau à partir des deux, établissant ainsi la paix. Il a voulu les réconcilier l’un et l’autre avec Dieu en les réunissant dans un seul corps au moyen de la croix, en détruisant par elle la hai-ne. » (Ep 2.13-16)

Ceux qui, autrefois, s’opposaient en factions riva-les, sont maintenant unis entre eux, et ensemble unis à Dieu. Ils sont reliés dans l’unité du Bap-tême qui transcende toutes les différences et divisons entre races, statuts sociaux et sexes.

Le racisme dans l’Église empoisonne et infirme tous les efforts sincères « de maintenir l’unité de l’Esprit par le lien de la paix » (Ep 4.3).
« Nous avons tous été baptisés dans un seul Esprit pour former un seul corps et nous avons tous bu à un seul Esprit. » (1Co 12.13)
« Il y a un seul corps et un seul Esprit, de même que vous avez été appelés à une seul espérance par votre vocation. Il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul Baptême, un seul Dieu et Père de tous. Il est au-dessus de tous, agit à travers tous et habite en nous tous. » (Ep 4.4-6)
Cette unité – qui mérite d‘être soulignée – trans-cende les différences entre les hommes, même si celles-ci demeurent.

Bien plus, ceux qui participent au « Repas du Sei-gneur » sans se repentir du péché de racisme, « méprisent l’Église de Dieu » (1Co 11.22).
« La coupe de bénédiction que nous bénissons n’est-elle pas la communion au sang de Christ ? Le pain que nous rompons n’est-il pas la commu-nion au corps de Christ ? Puisqu’il y a un seul pain, nous qui sommes nombreux, nous formons un seul corps, car nous participons tous à un mê-me pain. » (1Co 10.16-17)

Quelle meilleure manière de recevoir le pardon, aussi pour le péché de racisme, que de participer au sacrement qui nous unit avec tous nos frères et sœurs en Christ, y compris avec ceux que nous serions tentés de « mépriser » par que nous les considérons comme inférieurs.

D’après « Église et Racisme », Commission pour la Théologie
et les Relations entre Églises (Église Luthérienne – Synode du Missouri),
Février 1994.

L’abaissement et l’élévation du christ

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Jésus dit : « Tout pouvoir m’a été donné dans le ciel et sur la terre » (Mt 28.20), mais aussi : « Mes forces s’en vont comme l’eau qui s’écoule » (Ps 22.15). – Alors : Jésus est-il tout-puissant ou non ?

Pierre a confessé : « Seigneur, tu sais tout » (Jn 21.17), mais Jésus a aussi reconnu qu’il « ne connaît pas le jour et l’heure » de son retour pour le Jugement (Mc 13.32). – Alors : Jésus est-il omniscient ou non ? Sait-il tout ou non ?
Autre question qui en découle : La Bible se contredit-elle ? Si oui, comment placer sa foi dans le Christ qu’elle révèle de façon apparemment si contradictoire ?

En fait, il n’y a pas de contradiction. Il faut savoir que de sa conception en la vierge Marie à sa mise au tombeau, Jésus a vécu dans l’abaissement, le renoncement. Il est venu sur terre pour satisfaire aux exigences de la Loi divine et pour expier nos péchés à notre place et pour notre salut.
Depuis sa conception par le Saint-Esprit en la vierge Marie il est à la fois vrai Dieu et vrai homme. Sa personne possède donc toutes les qualités de Dieu. Mais pour accomplir sa mission – nous sauver du péché et de la damnation éternelle – il a renoncé à se servir pleinement de la majesté divine communiquée à sa nature humaine.

C’est ce que Paul nous apprend : « Jésus-Christ qui est de condition divine, n’a pas regardé son égalité avec Dieu comme un butin à préserver, mais il s’est dépouillé lui-même en prenant une condition de serviteur, en devenant semblable aux êtres humains. Reconnu comme un simple homme, il s’est humilié lui-même en faisant preuve d’obéissance jusqu’à la mort, même la mort sur la croix. » (Ph 2.5-8)

Il a parfois usé de ses pouvoirs divins, mais jamais pour se faciliter sa mission, toujours pour venir en aide aux autres (ses miracles de guérison par exemple).

Mais une fois sa mission accomplie, il n’y avait plus aucune raison qu’il demeure dans son état d’abaissement. Avec sa descente en enfer pour y proclamer sa victoire il a inauguré son état d’élévation, il utilise à nouveau la plénitude de la majesté divine communiquée à sa nature humaine.

« C’est aussi pourquoi Dieu l’a élevé à la plus haute place et lui a donné le nom qui est au-dessus de tout nom afin qu’au nom de Jésus chacun plie le genou dans le ciel, sur la terre et sous la terre et que toute langue reconnaisse que Jésus-Christ est le Seigneur, à la gloire de Dieu le Père. (Ph 2.9-11).
Quand nous confessons notre foi avec le Symbole apostolique, le point se trouve après « il est mort ». C’est là qu’il faut faire la pause. Avec « Il est descendu aux enfers » commence une nouvelle phase, une nouvelle phrase.

Il serait grand temps que dans les paroisses on ne s’arrête pas après « il est descendu au enfers », car cela fait partie de l’élévation du Christ. Il ne s’agit pas là des souffrances infernales qu’il a endurées. Celles-là datent d’avant son « Tout est accompli ! » (Jn 19.30) comme l’expliquent les confessions de foi luthériennes dans la « Formule de Concord » (Article IX).

L’erreur de déclamation viendrait-elle du fait qu’on se représente mentalement une descente spatiale de la croix, via la tombe en enfer ? Mais l’enfer n’est pas sous nos pieds, il n’est « en bas » que par rapport au ciel de la félicité éternelle.