Le plus vieux Chant de Noël !

Une des raisons pour lesquelles la Fête de Noël dépasse les autres fêtes chrétiennes en beauté, ce sont les « noëls », les chants de Noël. Il en existe une infinité.
Ils sont innombrables, et sans doute aussi les plus connus de tous les chants chrétiens, alors que nous ne les chantons que durant quelques jours, sauf…

Eh ! oui, il en existe un que nous chantons toute l’année durant. C’est aussi le plus ancien, le premier des chants de Noël. C’est celui que les anges ont entonné dans la nuit de Bethléem, « dans les champs », lorsqu’ils apparurent aux bergers (Lc 2.8-14) :

« Gloire à Dieu
dans les lieux très hauts,
et, sur la terre, paix
parmi les hommes
en qui il prend plaisir ! »

En cette Fête de Noël, nous entonnerons aussi ce chant, le « Gloria in excelsis » de la liturgie,

1ère strophe

« GLOIRE A DIEU
DANS LES LIEUX TRES HAUTS ! »

Ce qui frappe, c’est que la première strophe du « Gloria in excelsis » parle de ce qui se passe « dans les lieux très hauts », dans la sphère de la gloire divine, alors que la seconde strophe parle des « humains sur la terre ».
Les anges font clairement comprendre, avec leur chant, à qui revient la « gloire », à qui reviennent les honneurs : non pas aux « humains sur la terre », mais « à Dieu dans les lieux très hauts ».

Bien entendu, nous ne devons pas seulement honorer Dieu, mais aussi notre prochain, l’autorité, les parents, même tout le monde sans exception. Nous n’avons le droit de priver quiconque de son honneur, de le déshonorer. Mais l’honneur des gens les plus respectables et les plus dignes d’honneurs s’évanouit quand on les compare à notre Dieu glorieux.
Qu’est-ce qui fait que la « gloria in excelsis », la « gloire » de Dieu « dans les lieux très hauts » soit infiniment supérieure, au point que la gloire des humains s’évanouit devant elle ? C’est ce que nous montrent les actes de Dieu, la façon dont il se conduit avec nous, aussi sa personne telle qu’elle se tourne vers nous.

La « gloire » n’est jamais quelque chose qui existe par elle-même. On est glorifié, honoré, par les autres lorsqu’on s’attire le respect et la reconnaissance des autres, lorsque les autres reconnaissent la valeur de ce que nous faisons, que ce soit au travail, dans l’Eglise, dans la famille, ou ailleurs.

Cette description s’applique à Dieu de façon si extraordinaire, que nous ne pouvons que l’honorer et le glorifier. La journée ne nous suffirait pas pour énumérer tout ce que nous lui devons. Alors contentons-nous de l’événement que nous fêtons aujourd’hui ; cela nous fournit amplement assez pour rendre « gloire » à notre Dieu.

Ne pensons qu’à ce que l’ange a annoncé aux « bergers dans les champs » des monts de Judée. « La Bonne Nouvelle » de l’intervention miraculeuse de Dieu à « Bethléem » a provoqué « une grande joie » (v. 10) dans les cœurs des bergers, comme dans les nôtres. Et cela nous pousse à nous joindre au chœur de « la multitude de l’armée céleste » des anges (v. 13) : « Gloire à Dieu dans les lieux très hauts », gloire et honneur à lui pour sa grâce et sa vérité !
Car c’est bien ce que le miracle de Noël nous révèle de Dieu : il est « plein de grâce et de vérité » (Jn 1.14).

« Plein de grâce ! » Lui, le Saint, qui a notre péché en horreur, n’a pas hésité à devenir homme comme nous, à se mêler à nous. Il n’a pas fait un grand détour pour nous éviter. Au contraire, il a quitté son existence heureuse dans la gloire céleste pour partager notre sort et nous en délivrer.

Là où il aurait dû sévir dans sa colère, il a fait grâce, il a passé l’éponge, il a pardonné, il est venu en aide. Alors qu’il aurait pu exercer le jugement de condamnation, « dans la ville de David » [Bethléem], il nous « est né en Sauveur, qui est le Christ, le Seigneur » (v. 11).

Pourtant, ce n’était pas facile pour lui de nous épargner, de nous faire grâce ! Sa sainteté et sa justice ne toléraient pas qu’il renonce tout simplement à punir le péché. Il ne pouvait pas mettre entre parenthèses les exigences de sa sainte Loi à notre égard. Dieu et saint, et sa sainteté ne tolère pas qu’on abolisse sa saine Loi.
Il ne pouvait donc nous faire grâce que si les exigences de sa sainte Loi à notre égard étaient remplies. Eh ! bien, quelqu’un est venu se substituer à nous et faire porter à notre crédit ce qu’il a accompli à notre place. Ce substitut, c’est Jésus. Voilà pourquoi « le Christ, le Seigneur » « nous est né » comme « Sauveur » ! Il devait parcourir le pénible chemin de la crèche à la croix…

Nous faire grâce n’a donc pas été une mince affaire pour Dieu. Pour cela il a dû « abaisser » son Fils « en forme de serviteur », l’abaisser non seulement jusque « dans une mangeoire » dans une étable (Lc 2.12), mais même « jusqu’à la mort sur la croix » (Ph 2.6-8).
« Je suis riche, il est serviteur, / Quel mystère infini ! / Sa clémence fait ma grandeur, / Tandis qu’il est petit. » (LlS 49, strophe 4) Oui, c’est là le mystère, le miracle, de la grâce de Dieu qui intervient dans notre intérêt : le Fils de Dieu s’est fait homme pour nous frayer un chemin hors de notre monde pécheur vers la « gloire dans les lieux très hauts ».
« Gloire à Dieu dans les lieux très hauts ! » Qu’il soit loué de ne pas avoir reculé devant le prix à payer pour pouvoir nous faire grâce !
« Gloire à Dieu dans les lieux très hauts » pour la grâce qu’il nous a témoignée en faisant « naître » à Bethléem « un Sauveur, qui est le Christ, le Seigneur » !

Cela nous révèle d’ailleurs un deuxième trait caractéristique de la « gloire » de Dieu : sa « vérité », sa « fidélité ».
« La parole du SEIGNEUR est droite; toute son oeuvre s’accomplit avec fidélité. » (Ps 33.4)
« Gloire à Dieu dans les lieux très hauts » parce qu’il a tenu parole, comme l’atteste la naissance de son Fils à Bethléem !
« Gloire à Dieu dans les lieux très hauts » parce qu’il ne nous a pas oubliés, mais a envoyé « le Sauveur » comme annoncé dans les prophéties messianiques de l’Ancien Testament !
« Gloire à Dieu dans les lieux très hauts » parce qu’on peut se fier à sa Parole, même quand cela lui coûte ce qu’il a de plus précieux, son Fils unique, son Fils bien-aimé !

Il l’a fait naître « dans la ville de David », d’une humble descendante, pas connue, de David, dans une étable, quasiment dans l’anonymat. Cet effacement, aussi, avait été prédit par les prophéties messianiques : « Il s’est élevé devant lui comme un rejeton, comme une racine qui sort d’une terre assoiffée ; il n’avait ni apparence, ni éclat pour que nous le regardions, et son aspect n’avait rien pour nous attirer. » (Es 53.2)
Ce n’est pas dans le palais royal d’Hérode à Jérusalem qu’est né ce descendant de David – les mages l’y chercheront plus tard en vain – mais dans un cadre infiniment plus humble, comme prédit.
« Gloire à Dieu dans les lieux très hauts ! » Oui, nous ne pourrons jamais lui rendre assez d’honneurs pour toute sa grâce et toute sa fidélité qu’il nous témoigne dans le miracle de Noël. Surtout si on considère ce que la naissance de notre « Sauveur » nous apporte et que le chœur des anges chante dans sa

2ème strophe

« ET, SUR LA TERRE,
PAIX
PARMI LES HUMAINS
EN QUI DIEU PREND PLAISIR ! »

Pour une bonne nouvelle, c’en est une : « Dieu prend plaisir » à nous ! Il ne doit pas être difficile, pourrait-on être tenté de dire. Mais en le disant, nous avons comme un doute… La naissance de Jésus, le fait que le Fils éternel et tout-puissant de Dieu ait passé de l’insignifiante crèche à l’atroce croix, cela ne montre-t-il pas que Dieu ne lésine pas avec ses exigences ? qu’il exige que sa Loi soit pleinement satisfaite ?
Et voilà que les anges – les messagers de Dieu ! – chantent le « plaisir » que Dieu prend en nous ! Mes amis, nous savons que c’est à la venue du Christ dans notre monde que nous le devons. C’est lui qui a fait le nécessaire pour que « Dieu prenne plaisir en nous ». Jésus est né à Bethléem pour pouvoir nous réconcilier avec notre Créateur, pour pouvoir rétablir « la paix » entre Dieu et les pécheurs que nous sommes.

Cette « paix » n’a pas toujours existé entre « la terre » et « les lieux très hauts », entre « les humains » et « Dieu ». Les rapports étaient mauvais, les relations rompues. Et c’est nous, « les humains », qui avons provoqué cette catastrophe avec notre péché.
Au début, Dieu avait créé les humains parfaits, sans péché, pour qu’ils puissent s’épanouir à son service et gérer les affaires du monde, création de Dieu, à la perfection et rien que pour leur bonheur.

Malheureusement, ils n’ont pas mis longtemps pour en faire à leur tête. Au lieu de s’épanouir dans l’amour de Dieu et du prochain, ils se sont enferrés dans l’égoïsme et l’envie. Ils ont voulu « être comme Dieu » (Gn 3.5), et ils se sont lamentablement pris les pieds dans le piège que Satan leur avait tendu. Depuis lors – regardez autour de vous ! – « la chair [la tendance innée au fond de nous] tend à s’ériger en ennemie de Dieu » (Rm 8.7).

Et cet affront – que les créatures rompent la « paix » avec leur Créateur – ce dernier ne peut le laisser passer : ce serait permettre qu’on ternisse sa « gloire » ! Il a donc dû réagir en exécutant le verdict : « Le salaire du péché, c’est la mort » …

« … mais le don de la grâce, le don de Dieu, c’est la vie éternelle en Jésus-Christ, notre Seigneur ! » (Rm 6.23) Heureusement – et c’est là quelque chose que nous ne pouvons pas suffisamment porter au crédit de la « gloire » de Dieu – heureusement, Dieu est aussi bon et plein de grâce.
Ou disons-le autrement : La colère de Dieu ne le rend pas aveugle et buté, comme c’est souvent le cas avec nous. Bien que sa sainte colère s’est enflammée contre notre péché, dans sa grâce et sa bonté il a trouvé un chemin qui lui permette de « prendre plaisir » à nous au lieu de nous punir, un chemin pour pouvoir vivre en « paix » avec nous au lieu de nous combattre.

« Gloire à Dieu dans les lieux très hauts ! » car lui qui n’en avait pas besoin – lui n’était pas en danger – il a pris l’initiative de faire la « paix » pour que nous ne succombions pas dans ce face à face perdu d’avance et ne soyons pas éternellement damnés.
« Gloire à Dieu dans les lieux très hauts ! » car il s’est occupé de trouver le Pacificateur qu’il fallait dans cet affrontement compliqué, et ce, alors que l’humanité ne songe qu’à continuer l’affrontement.
« Gloire à Dieu dans les lieux très hauts ! » car il a lui-même subvenu aux frais du rétablissement de la « paix » : c’est son propre « Fils unique » (Jn 1.14+18 ; 3.16+18 ; Hé 11.17 ; 1 Jn 4.9) qu’il a envoyé en « Prince de la Paix » (Es.9.5). Celui-ci a payé de sa vie et de sa mort le prix de la réconciliation entre Dieu et nous.

En fait, c’est nous qui aurions dû « passer à la caisse », mais Dieu savait que nous n’avions pas de quoi satisfaire ses exigences de sainteté personnelle. Voilà pourquoi il laisse son Fils intervenir en « Médiateur » (1 Tm 2.5) et Pacificateur.
« Gloire à Dieu dans les lieux très hauts ! » car il a permis que son Fils devienne homme « conçu du Saint-Esprit, né de la vierge Marie, » pour pouvoir être notre « Sauveur » (v. 11). Pour cela, il a pris nos péchés sur lui, nous a offert sa sainteté en échange. Voilà comment il se fait que « Dieu prenne plaisir » à nous.

« Gloire à Dieu dans les lieux très hauts ! » car il nous a fait annoncer sa « paix » et le « plaisir » qu’il prend à nous, il nous l’a annoncé quand il a envoyé aux bergers son ange, accompagné de « la multitude de l’armée céleste » (Lc 2.9-14).
Et il continue à nous envoyer ses « anges » nous « annoncer [cette] Bonne Nouvelle d’une grande joie », non pas des anges issus de « la multitude de l’armée céleste », mais des messagers – c’est là le sens du mot ange – issus de « la multitude de l’armée » des prédicateurs et des paroissiens.

« Car Dieu était dans le Christ, réconciliant le monde avec lui-même, sans tenir compte aux humains de leurs fautes, et mettant en nous la parole de la réconciliation. Nous sommes donc ambassadeurs pour le Christ ; c’est Dieu qui encourage par notre entremise ; au nom du Christ, nous supplions : Laissez-vous réconcilier avec Dieu ! » (2 Co 5.19-20)
Ne vous faites pas prier ! Saisissez l’occasion ! « Le Prince de la Paix » est là. Faites-lui confiance ! Saisissez-le par la foi ! Et consolez et réjouissez-vous dans sa « paix » !

« Paix sur la terre ! » C’est ce que tout le monde répète en ces jours, d’ailleurs, un peu à tort et à travers. « Trêve des confiseurs » qu’on l’appelle. Pause pour s’empiffrer, c’est tout ce qu’on voit encore dans la paix de l’enfant de Bethléem. C’est toujours bon à prendre, un arrêt des hostilités dans la parenté, le monde politique, social, voire international.
Mais ce n’est pas cette trêve passagère, bien superficielle et, en fait, trompeuse que « la multitude de l’armée céleste » a chantée. Non, les anges ont célébré une « paix » bien plus profonde, infiniment plus importante, une « paix » éternelle, « la paix qui surpasse toute pensée » (Ph 4.7), la « paix » que l’enfant de la crèche est venu établir entre le saint Créateur et nous, ses créatures pécheresses, une « paix » sous le régime de laquelle « Dieu prend plaisir » à nous, Jésus nous ayant revêtus de sa justice lors de notre Baptême (Ga 3.27)

Nous vivons maintenant avec Dieu dans une alliance de paix éternelle, une alliance où « rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu en Jésus-Christ » (Rm 8.38-39)

Tout cela, nous le devons au « Sauveur » , « Christ, le Seigneur », qui « nous est né dans la ville de David » (Lc 2.11) pour être notre « Prince de la Paix » (Es 9.5) !

Aussi chantons de tout cœur avec le chœur des anges :

« Gloire à Dieu
dans les lieux très hauts,
et, sur la terre, paix
parmi les hommes
en qui il prend plaisir ! »

Amen.