
Toutes les trois, Sara, Rébecca et Léa – épouses respectives des patriarches Abraham, Isaac et Jacob – ont été choisies par Dieu pour être, parmi d’autres, mères ancêtres du Christ.
Chacune d’elles a un message particulier à nous transmettre.
Le message de Sara est double.
Son premier message, autant pour ses contemporains que pour nous, peut se résumer ainsi : « Rien n’est impossible à Dieu. » (Lc 1:37)
En effet, Sara donna naissance à Isaac dans sa vieillesse quand, normalement, une femme n’enfante plus. (Gn 21:1-3)
C’est une naissance miraculeuse annonçant celle de Jésus-Christ, le Messie, de qui nous confessons jusqu’au jour présent : « […] conçu du Saint-Esprit, né de la vierge Marie, […]. » (Symbole apostolique)
Son deuxième message est celui d’une séparation : séparation de la révélation divine d’avec ce qui ne l’est pas.
Isaac a un demi-frère, Ismaël, né d’Abraham et de sa servante égyptienne, Agar. Il n’est pas porteur de la promesse divine, il est né par la volonté humaine.
Avec les années, Ismaël est devenu arrogant envers son demi-frère plus jeune, Isaac. Sara demande à son époux de le chasser avec sa mère, et Dieu demande à Abraham d’obéir à sa femme. Séparation, certes douloureuse pour ce père consciencieux, mais nécessaire aux yeux de Dieu.
Message pour nous ? La révélation divine, donc la vérité biblique, doit croître sans entrave, sans influence contraire, ni philosophie sortie de l’esprit humain.
L’annonce de la vérité – et Christ a dit : « Je suis la Vérité » (Jn 14:6) – doit rester pure et entière.
Parmi les trois femmes citées, mères ancêtres du Christ, Rébecca a le rôle le plus difficile à jouer. Son message pour nous peut se résumer ainsi : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » (Ac 5:29).
Au début de leur union, Isaac et Rébecca n’ont pas d’enfant. Non que Dieu ne voulait pas leur en donner, mais il a voulu qu’Isaac s’adresse à lui en toute confiance pour lui en demander. Dieu l’exauce. (Gn 25:21)
Au cours des mois, Rébecca constate que quelque chose d’inhabituel se passe en son sein. Elle aussi, en toute confiance, s’adresse à Dieu, et Dieu lui répond en direct, comme il faisait en ces temps-là.
« Deux nations sont dans ton ventre, deux peuples se sépareront au sortir de ton sein ; un de ces peuples sera plus fort que l’autre, et le grand » – donc l’aîné, Esaü – « servira le petit » – en l’occurrence, le cadet, Jacob (Gn 25:23)
Sa vie durant, Rébecca ne cessera de jeter un œil vigilant sur Jacob, choisi par Dieu. Son mari, au contraire, est fasciné par la superbe vitalité de ce chasseur intrépide, toujours au grand air, que fut son fils aîné.
Celui-ci, pour calmer sa fringale du moment, n’hésite pas à vendre à son frère Jacob son droit d’aînesse comme on vend une broutille.
Isaac, devenu vieux, souffre de cécité autant que d’aveuglement spirituel au profit de son aîné, Esaü. C’est à lui qu’il réserve la bénédiction patriarcale, celle de l’Alliance de Dieu avec les hommes.
Rébecca voit que son époux est en train de faire fausse route. Elle l’en empêche avec les moyens du bord : Jacob se déguisera en Esaü. L’affaire réussit, car elle devait réussir. Jacob fut le béni de Dieu.
Dieu utilise les agissements des hommes et sait changer leur mal en bien (Gn 50:20) pour faire triompher ses desseins.
Dans cette histoire aussi : séparation. Tout comme Isaac fut séparé d’Ismaël, Jacob le fut d’Esaü.
Esaü épousa des femmes païennes, parmi elles une fille d’Ismaël. Il devint un grand de ce monde, ancêtre des Edomites (Gn 36:1-8), tout comme Ismaël devint l’ancêtre des Arabes (Gn 25:12-18).
A chaque fois, la scission est douloureuse : elle passe par la famille. Il en est ainsi jusqu’à nos jours, hélas !
Le message de Rébecca ? – « Il faut obéir à Dieu plus qu’aux hommes » (Ac 5:29), plus même qu’à un conjoint frappé d’aveuglement spirituel.
Dans un de ses récits, Robert Sabatier affirme : « […] cette injustice qui nous fait préférer la beauté […]. »
Chez Dieu, cette injustice n’existe pas. Sara et Rébecca étaient belles, Léa ne l’était pas. Son père, Laban, craignait qu’aucun homme ne la regarde jamais à cause de ses yeux « délicats ».
Bien sûr, Jacob a voulu épouser la belle Rachel, fille cadette de Laban. Dieu ne la lui refuse pas, mais, auparavant et en premières noces, selon la volonté de Dieu, il devra épouser Léa. La chose se fait par le truchement d’une rouerie de Laban (Gn 29:15-30).
Dieu sait transformer les manquements des hommes pour imposer son plan de grâce et de bonté. Cela ne disculpe pas et ne justifie pas le mal et l’injustice, mais dans sa grâce, Dieu intervient pour en faire sortir du bien.
Léa, en tant que première épouse de Jacob, devint la mère de Juda, ancêtre historique de cette tribu dont sortira plus tard le roi David et, plus tard encore, le Messie Jésus-Christ, l’Envoyé du Père, figures historiques elles aussi.
Léa peut nous faire penser aux paroles de Marie, mère du Christ, paroles prononcées du fond de son cœur : « Il a jeté ses yeux sur la bassesse de sa servante. […] Il a élevé les humbles. » (Lc 1:48,52)
Nous ne possédons ni photo ni portrait de Marie. Les artistes – peintres et sculpteurs – l’ont représentée selon leur idéal de beauté, jeune et pure. Voilà donc qu’une madone, représentée, par exemple, par le peintre Espagnol Murillo, est bien différente d’une vierge flamande peinte, par exemple, par van Eyck.
A Colmar, on peut admirer « la Vierge au Buisson de Roses » peinte par martin Schongauer au XVème siècle. C’est un tableau d’une symbolique surprenante. Pourquoi des roses ? Elles sont belles. Mais, dans un buisson environnant, les épines sont légion.
Par une inspiration très personnelle, l’artiste a donné à sa vierge les traits altérés, voire vieillissants, d’une mater dolorosa (mère de douleur). Mater dolorosa, Marie le fut : accouchement au mépris de tout confort, fuite en Egypte avec le bébé, etc.
Le message de Léa ? Que notre cœur déborde de sollicitude et de bonté pour tous ceux qui manquent d’attraits physiques, soit de naissance, soit par la maladie, soit des suites d’un accident, soit par la vieillesse… Ils sont précieux aux yeux de l’Eternel.
Article issu de la revue Amitiés Luthérienne n°55
NB : les titres intermédiaires ne sont pas dans le texte d’origine et permettent d’adapter le texte à la lecture à notre public.