
Le racisme est une croyance fondée sur l’hypothèse que des différences biologiques inhérentes (ou dans certains cas, des différences ethniques et culturelles) parmi des groupes humains variés déterminent non seulement le caractère social ou humain, mais aussi la valeur des membres de la famille humaine.
Ceux qui adhèrent à ces affirmations se comportent, habituellement, comme si leur race cette supérieure et leur donnait donc le droit de dominer les autres.
Dès lors, nous n’hésitons pas à qualifier le racisme et ses présupposés comme fondamentalement incompatible avec ce que la Bible enseigne concernant les êtres humains et leur relation avec Dieu.
Cependant, la question à laquelle devons faire face est la suivante :
Nous allons nous tourner maintenant vers les questions théologiques soulevées par le racisme, et nous le ferons à la lumière de ce que la Bible nous amène à confesser concernant le Dieu qui nous a créés, rachetés et sanctifiés.
Se tenant au milieu de l’aréopage à Athènes, l’apôtre Paul dit : « Dieu, qui a fait le monde et tout ce qui s’y trouve, (est) le Seigneur du ciel et de la terre. » Puis il ajoute « que ce Dieu est celui qui a fait que tous les humains, sortis d’un seul sang, habitent sur toute la surface de la terre. » (Actes 17.24-26).
L’apôtre proclame ici que Dieu a créé, à partir d’un seul homme, tous les membres de la famille humaine, qu’il leur a alloué leur place dans l’histoire humaine et désire qu’ils le cherchent (Actes 17.27). Contre toutes les affirmations relatives à une quelconque supériorité ethnique ou raciale, l’apôtre affirme sans ambiguïté l’unité de l’humanité. Sans exception, toute l’humanité doit son origine à l’acte de Créateur de Dieu.
Citons également le cantique des vingt-quatre anciens qui, incluant la terre entière, confessent : « Tu es digne, notre seigneur et notre Dieu, de recevoir la gloire et l’honneur et la puissance, car tu as créé toute chose, et c’est par ta volonté qu’elles existent et qu’elles ont été créées » (Apocalypse 4.11).
Les lignes de démarcation racistes entre les êtres humains, en vertu desquelles on déclare que certains membres de la communauté humaine sont inférieurs, constituent donc un affront au Créateur. De même, les affirmations de supériorité ou de dignité basées sur la différence des êtres humains sont à considérer comme un outrage à l’œuvre créatrice de Dieu.
Notre Dieu, « qui a créé les cieux et qui les a déployés, qui a étendu la terre et ses productions », est le Dieu « qui a donné la respiration à ceux qui la peuplent, et le souffle à ceux qui y marchent » (Esaïe 42.5). Pas même la tragique chute de l’humanité dans le péché n’a aboli cette affirmation biblique centrale, si brillamment résumé par Luther : « Dieu m’a créé ainsi que toutes les autres créatures ».
Moïse écrit à ceux à qui Dieu a révélé son amour : « Voici, à l’Eternel, ton Dieu, appartiennent les cieux et les cieux des cieux, la terre et tout ce qu’elle renferme » (Deutéronome 10.14).
Dans la repentance, le peuple devait se souvenir que « Dieu est le Dieu des dieux, le Seigneur des seigneurs, le Dieu grand, fort et terrible, qui ne fait pas de favoritisme et qui ne reçoit pas de présent » (Deutéronome 10.17).
Tout être humain, quel que soit son caractère distinctif d’un point de vue humain, est pleinement créature de Dieu « créée à son image » (Genèse 1.26-27 ; 9.6 ; voir Actes 17.25-26).
Non moins centrale à la doctrine biblique de la création est la vérité selon laquelle la valeur de tous les êtres humains est uniquement fondée sur la valeur que Dieu leur confère. La valeur d’une personne n’est pas déterminée par les degrés perceptibles d’une relative dignité. Il s’agit bien plutôt d’un don d’amour, comme le confesse le psalmiste qui reconnaît :
« C’est toi qui as formé mes reins et qui m’as tissé dans le sein de ma mère » (Psaume 139.13). Contemplant le miracle de sa propre création, le psalmiste est poussé à dire, « je te loue de ce que je suis une créature si merveilleuse, tes œuvres sont admirables » (Psaume 139, 14).
Dans l’idéologie raciste, la dignité ou la valeur d’un individu ou d’un groupe est déterminée principalement, si ce n’est uniquement, d’après l’origine génétique ou/et selon les caractères biologiques.
Biologiquement définie, la race et le fruit de conclusions répertoriées concernant les aptitudes, les dispositions et les caractères de la personnalité des individus, dans le but d’établir des critères de comparaison pour la dignité d’une personne en tant qu’être humain.
Lorsque Dieu créa Adam, Il en fit une créature destinée à vivre avec lui, dans une communion unique (Genèse 1 Hébreux 26-28 ; 2.15-17). À l’exception des autres créatures, Adam et Ève furent créés pour adorer et servir Dieu d’une manière très personnelle et très intime. Assurément, vivre dans la sujétion au Créateur, dans l’obéissance à sa Parole, et sous son entière dépendance, signifiait en même temps qu’ils étaient au-dessus des autres créatures.
Mais Adam et Ève n’étaient pas des êtres autonomes. Il devait régner sur la création avec l’aide de Dieu et comme devant lui, rendre des comptes (Genèse 1.26-27). Et ils étaient appelés à placer leur confiance en lui et à le servir lui seul (Deutéronome 10.12-20).
Quand Adam et Ève désobéirent à Dieu, dans le jardin d’Éden, ils succombèrent à l’envie « d’être comme Dieu » (Genèse 3.5) et devinrent ses rivaux. C’est le péché d’orgueil : la déification de soi-même et le rejet de la relation de créature avec Dieu, son Créateur. Dans leur solidarité avec Adam, tous ceux qui sont nés du genre humain se sont associés au péché d’Adam (Romains 5.12).
La grave conséquence de la rébellion de l’humanité est que la descendance d’Adam adore et sert « la créature au lieu du Créateur qui est béni éternellement. Amen ! » (Romains 1.25)
Les effets de ce péché originel d’idolâtrie de soi-même sont tragiques aussi dans la relation des humains entre eux. En fait, « l’idolâtrie a ouvert les portes du vice qui détruit la société et qui transforme la création en un chaos primitif… Dans ce sens, le jugement de la colère de Dieu atteint son but »[1].
« Ce vers quoi ton cœur tend et met sa confiance, je dis que c’est vraiment là ton Dieu », écrit Martin Luther dans son Grand Catéchisme, à propos du premier commandement « tu n’auras pas d’autres dieux devant ma face ».
Par définition, le racisme fonde l’identité et la sécurité de l’existence humaine en l’homme plutôt qu’en Dieu, dans la créature plutôt que dans le Créateur, en dehors duquel l’homme n’a ni identité ni sécurité.
Par conséquent, la fierté de « la race » doit être considérée comme une forme d’idolâtrie particulièrement grossière. C’est la prétention de vouloir être « comme Dieu ».
À propos de Jésus Christ, l’apôtre Jean écrit : « Et la parole a été faite chair, et elle a habité parmi nous, pleine de grâce et de vérité ; et nous avons contemplé sa gloire, une gloire comme la gloire du fils unique venu du Père » (Jean 1.14).
Christ est « né de la postérité de David, selon la chair, et déclaré fils de Dieu avec puissance, selon l’esprit de Sainteté, par sa résurrection d’entre les morts » (Romains 1.3).
Il a été « rendu semblable à ses frères en toutes choses » excepté le péché (Hébreux 2.17 ; voir aussi 4.15 ; 5.2).
Les généalogies de Jésus révèlent qu’il est lié par les liens de la chair non seulement à Israël, mais aussi à toute l’humanité, et que sa mission embrasse tout le genre humain (Matthieu 1.1-17 ; Luc 3.23-38)[2].
Affirmer qu’il y a quelque chose dans la nature d’un être qui en fait une personne de valeur inférieure, c’est nier non seulement la doctrine biblique de la création, mais remettre aussi en question ce que les Écritures enseignent au sujet de la naissance humaine du Christ, le Fils de Dieu.
Comme homme, Jésus est descendant d’Adam, que Dieu a créé (Luc 3.38) et duquel tous les êtres humains sont issus. Nier la pleine humanité d’une personne revient du même coup à compromettre la vérité apostolique selon laquelle en Christ « habite corporellement (σωματικῶς) la plénitude de la divinité » (Colossiens 2.9). Avec le terme σωματικῶς (corporellement), l’apôtre a voulu souligner que Jésus a vraiment « été fait homme » (Symbole de Nicée).
Les chrétiens ont des origines nationales et ethniques diverses. Ils doivent donc être prudents lorsqu’ils sont tentés d’affirmer que le Christ est exclusivement comme eux, comme il s’agissait de dire que l’image qu’ils ont de lui correspond le mieux à l’image que la Bible donne de lui.
« Dieu notre Sauveur », écrit Paul à Timothée, « veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité. En effet, il y a un seul Dieu et un seul médiateur, Christ homme, qui s’est livré pour tous » (1 Timothée 2.3-6).
« En Christ », écrit-il aussi aux Corinthiens, « Dieu a réconcilié le monde avec lui-même, en n’imputant point aux hommes leurs offenses » (2 Corinthiens 5.19).
En se conformant à l’ordre du Christ de « faire de toutes les nations des disciples », les apôtres proclamèrent l’Evangile aux Juifs comme aux Grecs. Pierre -qui hésitait sur la conduite à adopter vis-à-vis de Cornélius d’origine païenne et non juive- apprit, de la vision qu’il eut dans la maison de Simon, que « Dieu ne fait pas de favoritisme, mais qu’en toute nation, celui qui le craint et qui pratique la justice, lui est agréable » (Actes 10.34-35).
En réponse aux questions :
« Dieu est-il seulement le Dieu des juifs ? N’est-il pas aussi le Dieu des païens ? » Paul n’hésita pas à répondre : « Oui, il est aussi le Dieu des païens puisqu’il n’y a qu’un seul Dieu » (Romains 3.29-30).
Encore et toujours nous lisons dans la vision apocalyptique de l’apôtre Jean qu’en Jésus-Christ, Dieu a pleinement fait le nécessaire pour sauver les hommes « de toute tribu, de toute langue, de tout peuple et de toute nation » (Apocalypse 5.8-9 ; 7.9-10 ; 11.9 ; 13.7 ; 14.6 ; 17.15).
Le racisme comme « doctrine idéologique d’une sélection et élection providentielle de certaines races humaines »[3] est diamétralement opposé à l’Évangile de Dieu révélé dans les Écritures.
Selon l’Evangile, Dieu a accordé le pardon des péchés à tous les hommes en déclarant que le monde entier a été sauvé par le Christ.
L’amour de Dieu pour le monde est sans discrimination et englobe les peuples de toutes cultures.
Dans sa forme la plus rigide, le racisme peut également se manifester au travers d’une activité missionnaire restreinte qui refuse d’annoncer l’Évangile du Christ à certaines catégories de personnes. Ce faisant, on invalide l’ordre du Christ « Allez et faites de toutes les nations des disciples, en les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit » (Matthieu 28.19
L’homogénéité biologique et/ou l’uniformité culturelle deviennent -souvent plus implicitement qu’explicitement- des prétextes pour ne pas proclamer l’Évangile à certaines personnes ou groupes, ou, pour le moins, à ne pas leur prêcher avec autant de ferveur.
Ainsi, le but de l’œuvre rédemptrice de Dieu est réduit, une entrave est placée à sa libre et pleine proclamation, et l’œuvre de l’esprit de Dieu est étouffée (1 Thessaloniciens 5.19).
Alors qu’avec d’autres ils proclamaient l’Évangile dans le monde antique, les apôtres ont dû faire face au « mur de séparation » qui existait entre les Juifs et les païens. La solution des apôtres à ce problème n’était pas dans l’abolition des différences, mais dans la proclamation de l’Évangile de Jésus-Christ qui, par son œuvre sur la croix, a fait que tous les chrétiens sont un.
Paul écrit aux Ephésiens : « Mais maintenant, en Jésus Christ, vous qui étiez jadis éloignés, vous avez été rapprochés par le sang de Christ. Car il est notre paix, lui qui des deux n’en a fait qu’un, et qui a renversé le mur de séparation, l’inimitié, ayant anéanti par sa chair la loi des ordonnances dans ses prescriptions, afin de créer en lui-même avec les deux un seul homme nouveau en établissant la paix, et de les réconcilier l’un et l’autre en un seul corps avec Dieu par la croix, en détruisant par elle l’inimitié » (Ephésiens 2.13-16).
Ceux qui autrefois étaient opposés en factions rivales, sont maintenant unis les uns aux autres -et ensemble à Dieu. Ils sont reliés dans l’unité du Baptême qui transcende toutes les différences de race, de statuts sociaux et de sexes qui divisaient les gens.
Le racisme dans l’Église empoisonne et infirme tous les efforts sincères « de maintenir l’unité de l’esprit par le lien de la paix ». (Ephésiens 4.3). Les particularités physiques ou les coutumes culturelles sont invoqués comme pour servir de « mur de rivalités hostiles » qui séparent les frères et sœurs en Christ – séparation contre laquelle il n’y a pas de meilleure réponse que celle-ci : « Christ est-il divisé ? » (1 Corinthiens 1.13).
Le racisme dans l’Église est, dans son essence, un rejet flagrant de l’unité du corps de Christ, en qui tous ceux qui ont été baptisés en son nom ont été incorporés :
« Car nous avons tous été baptisés dans un seul Esprit, pour former un seul corps, soit Juifs, soit Grecs, soit esclaves, soit libres, et nous avons tous été abreuvés d’un seul Esprit » (1 Corinthiens 13.13).
« Il y a un seul corps et un seul Esprit, comme aussi vous avez été appelés à une seule espérance par votre vocation ; il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous, qui est au-dessus de tous, et parmi tous et en tous » (Ephésiens 4.4-6).
Cette unité, qui mérite d’être soulignée, transcende les différences parmi les hommes. Elle n’est pas un motif de les éliminer.
Bien plus, ceux qui prennent part au « Repas du Seigneur » en ne se repentant pas du péché de racisme, « méprisent l’Eglise de Dieu » (1 Corinthiens 11.22).
« La coupe de bénédiction que nous bénissons » questionne Paul, « n’est-elle pas la communion au sang de Christ ? Le pain que nous rompons, n’est-il pas la communion au corps de Christ ? Puisqu’il y a un seul pain, nous qui sommes plusieurs, nous formons un seul corps, nous tous qui participons à un même pain » ( 1 Corinthiens 10.16-17).
Quelle meilleure manière de recevoir le pardon, aussi pour le péché de racisme, que de participer au sacrement qui nous unit avec tous nos frères et sœurs en Christ, y compris avec ceux que nous serions tentés de « mépriser » parce que nous les considérons comme inférieurs ?
D’après « Eglise et Racisme » (Rapport de la Commission pour la Théologie et les Relations entre les Eglises) – Eglise Luthérienne, Synode du Missouri, février 1994 –
[1] -Ernst Käseman, Commentaire de l’Epître aux Romains.
[2] -La généalogie de Matthieu (chapître 1) révèle entre autres que Jésus est de sang-mêlé, ses ancêtres étant notamment Tamar (la Cananéenne, donc une non israélite), Rahab (également une cananéenne), Ruth (une moabite donc non israélite) et Bathshéba (une Hittite, encore une non israélite). Selon les théories racistes, Jésus est donc un sang-mêlé.
[3] -Rudolf Siebert, « Le phénomène du racisme » in The Church and Racism, 4.
Article issu de la revue Amitiés Luthérienne n°82
NB : les titres intermédiaires ne sont pas dans le texte d’origine et permettent d’adapter le texte à la lecture à notre public.